Des agents occidentaux en contact avec la Syrie, dit Damas
reuters.com
reuters.com
par William Maclean et Rania El Gamal
DUBAI (Reuters) - Des membres des services de renseignement de plusieurs pays occidentaux hostiles au président Bachar al Assad se sont rendus récemment à Damas pour solliciter la coopération du gouvernement, a assuré mercredi le vice-ministre syrien des Affaires étrangères.
Des responsables américains et français ont dit ne pas être au courant de tels contacts mais ne les ont pas démenti. Les Occidentaux s'inquiètent de plus en plus ouvertement de la montée en puissance des djihadistes étrangers dans les rangs des rebelles.
Le vice-ministre syrien, Fayçal Mekdad, a fait état de ces contacts au lendemain de la publication par le Wall Street Journal d'informations selon lesquelles les services de renseignement français et espagnols auraient pris langue avec le gouvernement de Bachar al Assad depuis novembre dernier.
En France, Le Figaro avait déjà écrit en décembre que des agents de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) s'étaient rendus à Damas pour parler de coopération en matière de lutte antiterroriste. Le gouvernement syrien s'y serait dit disposé à condition que Paris rouvre son ambassade à Damas, selon le quotidien.
"Je ne préciserai pas (de quel pays venaient les agents occidentaux), mais beaucoup d'entre eux sont venus à Damas, oui", a déclaré Fayçal Mekdad mercredi dans un entretien accordé à la BBC.
"Franchement, l'état d'esprit a changé. Quand ces pays nous demandent de coopérer dans le domaine de la sécurité, il me semble qu'il y a un schisme entre les responsables politiques et ceux des services de sécurité", a-t-il poursuivi.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

MUTISME DE FABIUS
Interrogé à ce sujet, John Kerry a dit ne pas être au courant de tels contacts. "Je ne sais rien à ce sujet", a dit le secrétaire d'Etat américain, affirmant que des échanges de ce type n'existeraient "certainement pas sous (ses) auspices".
A Paris, interrogé par Reuters en marge d'une conférence, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, n'a pas souhaité faire de commentaire. Informé des propos tenus par John Kerry, il a indiqué qu'il partageait "la même position" que son homologue américain.
Prié de dire par la BBC si les services de renseignement britanniques avaient pris contact avec les autorités syriennes, Fayçal Mekdad a répondu : "Je dis que beaucoup de ces pays nous ont contactés pour coordonner les mesures de sécurité".
S'ils soutiennent les opposants syriens, les pays occidentaux rechignent à leur fournir une aide matérielle, notamment des armes sophistiquées qui permettraient de rééquilibrer le rapport de forces sur le terrain, craignant que celles-ci ne tombent aux mains de mouvements djihadistes au sein desquels figurent de nombreux combattants européens.
ENGRENAGE DE LA RADICALISATION
Cette réticence a paradoxalement permis aux mouvements liés à Al Qaïda de renforcer leur influence, au départ très limitée, dans les zones contrôlées par les rebelles, grâce à un armement supérieur à celui des groupes plus modérés, comme l'Armée syrienne libre (ASL), branche militaire de la Coalition nationale syrienne (CNS) soutenue par les Occidentaux.
La montée en puissance des mouvements djihadistes, en particulier l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui combat aujourd'hui les autres rebelles, a à son tour attiré de plus en plus de djihadistes étrangers, en particulier européens, renforçant l'inquiétude des pays dont ils sont originaires.
Paris et Londres estiment à "plusieurs centaines" le nombre de leurs ressortissants qui se battent en Syrie. Selon l'ASL, l'EIIL compterait quelque 5.500 combattants étrangers, dont 250 Tchétchènes engagés sur le front d'Alep.
Cet engrenage de la radicalisation fait les affaires du président Assad, qui a qualifié dès le début de la contestation, au départ pacifique, ses opposants de "terroristes", tout en libérant de ses geôles plusieurs chefs djihadistes notoires qui ont aussitôt pris la tête des mouvements "rebelles" les plus radicaux.
Mercredi, l'agence de presse officielle Sana a cité le président syrien déclarant au chef de la diplomatie iranienne, son principal allié, chiite comme lui, qu'il avait maintes fois "prévenu que la pensée wahhabite était devenue une menace pour le monde entier, et pas seulement pour les pays de la région".
Le wahhabisme, également appelé salafisme, est la forme rigoriste de l'islam sunnite pratiquée en Arabie saoudite, principal soutien des brigades rebelles islamistes syriennes comme le Front al Nosra, proches d'Al Qaïda sur le plan idéologique mais rivales de l'EIIL.
Avec Marine Pennetier à Paris et Oliver Holmes à Beyrouth, Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser
reuters.com