Le procès des tueurs présumés de Rafic Hariri s'ouvre jeudi
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par Dominic Evans
BEYROUTH (Reuters) - Neuf ans après sa mort, le procès de quatre des assassins présumés de Rafic Hariri s'ouvre jeudi à La Haye, mais les accusés sont en fuite, Beyrouth est de nouveau le théâtre d'attentats et la nouvelle ère de justice qu'il devait ouvrir au Liban tarde à se matérialiser.
L'ancien Premier ministre libanais et chef de file de la communauté sunnite ainsi que 21 autres personnes ont péri dans l'explosion d'une camionnette bourrée de 2,5 tonnes de matières hautement explosives le 14 février 2005 rue Minet el Hosn, non loin de la Corniche, en plein Beyrouth.
A la suite de l'attentat suicide, un million de personnes, le quart de la population libanaise, étaient descendues dans les rues, dénonçant la mort d'Hariri et la mainmise de la Syrie sur la vie politique libanaise. Damas avait fini par retirer ses troupes après 29 années de présence militaire.
L'émotion suscitée par l'attentat a également conduit à la création d'un Tribunal spécial pour le Liban, soutenu par les Nations unies et qui siège près de La Haye.
Pour les alliés occidentaux d'Hariri, ce tribunal devait être une chance de mettre fin à l'impunité des poseurs de bombe et des acteurs des violences de la guerre civile de 1975-1990.
Ce procès, estime ainsi le président libanais, Michel Sleimane, est "un pas franchi vers l'établissement des responsabilités et une leçon pour ceux qui conspirent pour commettre de nouveaux crimes".
SITUATION PIRE QU'EN 2005 ?
Mais sur fond de guerre civile en Syrie voisine, et de résurgence des tensions entre sunnites et chiites, le Liban a replongé ces derniers temps dans les violences.
Fin décembre, Mohamed Chatah, proche conseiller du fils de Rafic Hariri, a été tué dans un attentat à la voiture piégée à quelques centaines de mètres des lieux de l'attaque de 2005. Quelques jours plus tard, un kamikaze s'est fait exploser dans un bastion du Hezbollah chiite dans le sud de la capitale.
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"Après quasiment neuf ans, il semble que la situation empire de nouveau, et qu'elle est même pire qu'à cette époque", dit Nara Haoui, fille de George Haoui, un opposant communiste au président syrien Bachar al Assad assassiné cinq mois après Hariri et dont la mort relève également des compétences du Tribunal spécial.
Les quatre hommes visés par l'acte d'accusation du procureur du TSL, confondus par l'examen d'un réseau de téléphones portables et l'analyse de données d'appel et de localisation, sont membres du Hezbollah.
Parmi eux figure Moustafa Amine Badreddine, 52 ans, personnalité influente du Parti de Dieu et beau-frère d'un commandant assassiné du mouvement chiite armé, Imad Moughniyeh. Les trois autres sont Salim Jamil Ayyash, 50 ans, Hussein Hassan Oneissi, 39 ans, et Assad Hassan Sabra, 37 ans.
INSTRUMENT AU SERVICE D'ISRAËL
Mais trois ans après leur inculpation, dont l'annonce, en 2010, avait été précédée par une crise gouvernementale et la chute du gouvernement dirigé par Saad Hariri, le fils de Rafic, les autorités libanaises ne les ont pas retrouvés. Le quatuor sera jugé par contumace, défendu par des avocats commis d'office.
Le Hezbollah, qui dément toute implication dans la mort de Rafic Hariri, a refusé pour sa part de coopérer avec le Tribunal spécial, qualifié d'instrument au service d'Israël.
Le mouvement chiite accuse l'Etat hébreu d'avoir fabriqué les données téléphoniques qui étayent les accusations portées contre ses quatre membres.
"Toute main portée sur eux sera tranchée", a prévenu Hassan Nasrallah, le chef de l'organisation, en 2010.
Le procès se déroulera dans l'ancien siège des services néerlandais du renseignement à Leidschendam, un faubourg de La Haye. Il pourrait durer des années.
L'identité du kamikaze n'a pas été établie.
Avec Thomas Escritt à La Haye, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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