Avec ou sans Bouteflika, la stabilité de mise en Algérie
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Avec ou sans Bouteflika, la stabilité de mise en Algérie
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par Lamine Chikhi et Patrick Markey
ALGER/TUNIS (Reuters) - Il n'y a pas de plan B en Algérie et Abdelaziz Bouteflika se présentera à l'élection présidentielle d'avril, assurent les proches du chef de l'Etat.
Mais, quoi qu'il arrive, l'élite politique et militaire du pays cherchera avant tout à éviter toute instabilité, ajoutent les observateurs.
Abdelaziz Bouteflika, 76 ans, est rentré jeudi en Algérie après avoir été hospitalisé lundi en France, où, selon la présidence, il a effectué une "visite médicale routinière de contrôle" prévue de longue date.
Le chef de l'Etat algérien avait déjà été hospitalisé à Paris de la fin avril à la mi-juillet 2013 à la suite d'un accident vasculaire cérébral. Il a poursuivi sa convalescence dans son pays et n'est que rarement apparu en public depuis.
Arrivé au pouvoir en 1999, Abdelaziz Bouteflika est présenté par ses partisans comme l'homme de la pacification de l'Algérie après la décennie de guerre civile qui a fait 200.000 morts dans les années 1990. Lui-même n'a pas encore dit s'il serait candidat à un quatrième mandat en avril, qu'il serait sûr de remporter étant donné la position dominante du Front de libération nationale (FLN) sur la vie politique algérienne.
Or malgré la santé défaillante du chef de l'Etat, la direction du FLN l'a déjà désigné comme son candidat pour la présidentielle.
"Bouteflika doit finir le travail et, plus important encore, il représente un facteur de stabilité dans un environnement régional très instable", disait une source dans sa garde rapprochée, juste avant sa dernière hospitalisation à Paris.
Un changement de président en Algérie, important producteur d'hydrocarbures, renforcerait le climat d'incertitude politique en Afrique du Nord trois ans après le début des révolutions inachevées en Tunisie, en Egypte et en Libye.
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Le temps presse cependant. La campagne officielle pour l'élection des 16 et 17 avril débute vendredi et la date limite pour le dépôt des candidatures se situe en février.
OPACITÉ
"Bouteflika sera candidat à un quatrième mandat, cela ne fait aucun doute à moins d'une énorme surprise à la toute dernière minute. L'annonce officielle est attendue dans le courant de la première semaine de février", dit cette même source proche du chef de l'Etat.
Abdelaziz Bouteflika lui-même ne laisse rien transparaître de ses intentions et les avis divergent dans les cercles politiques, économiques et militaires au pouvoir à Alger.
Annonçant jeudi son retour au pays, une source proche de la présidence a assuré qu'il était en bonne santé.
Ses adversaires politiques n'en croient pas un mot.
"C'est ridicule de parler d'une candidature de Bouteflika à un quatrième mandat. L'homme n'est pas en mesure de gouverner, l'homme est malade mais son premier cercle continue de dire qu'il peut être candidat", juge Abderrazak Mokri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principal parti islamiste d'Algérie.
"S'il est allé à Paris seulement pour une visite de contrôle, pourquoi ne l'a-t-il pas faite ici en Algérie?", s'interroge-t-il.
L'opacité de la vie politique algérienne rend tout pronostic hasardeux. Une chose paraît toutefois certaine aux yeux des observateurs: la suite des événements se décidera en coulisses dans les jeux d'alliance entre les cadres du FLN, qui dirige le pays depuis son indépendance en 1962, et le puissant Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), les services de renseignement militaires incontournables depuis la guerre des années 1990 contre les rebelles islamistes.
Tous partagent un même objectif: éviter l'instabilité.
CRÉATION DE VICE-PRÉSIDENTS?
"Une transition en douceur est essentielle", souligne Geoff Porter, directeur de North Africa Risk Consulting. "Même si l'élite politique algérienne a des divergences quant à la politique à mener et soutient des candidats différents, ils conviennent que le pays ne peut pas prendre le risque de l'instabilité dans cette période."
Abdelaziz Bouteflika paraît lui-même vouloir peser sur le processus.
Selon une source des milieux d'affaires proches du pouvoir, le chef de l'Etat envisage de se représenter et de désigner deux vice-présidents, un poste qui reste à créer, pour l'aider dans la campagne électorale.
Une telle innovation institutionnelle lui permettrait de placer ses alliés en position de force dans d'éventuelles négociations avec l'armée pour désigner son successeur.
Abdelaziz Bouteflika a en outre retiré certaines responsabilités au DRS fin 2013, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité. La semaine dernière, deux généraux et un colonel du DRS ont été limogés, portant à quatre le nombre de généraux mis à l'écart en moins d'un an.
Le nom du Premier ministre Abdelmalek Sellal est régulièrement avancé comme un possible vice-président. Ce technocrate a géré le pays durant l'absence d'Abdelaziz Bouteflika en 2013 et il est aussi considéré comme un homme de "consensus" en vue d'une possible transition.
Le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, l'ancien chef du gouvernement Mouloud Hamrouche ou encore Ali Benflis, qui bénéficie de soutiens influents au FLN, paraissent aussi dans le jeu.
Spécialiste de l'Afrique du Nord à Eurasia Group, Riccardo Fabiani pense qu'il ne faut s'attendre à aucun changement majeur avec la présidentielle.
"J'imagine que le prochain président sera quelqu'un de proche du camp présidentiel mais acceptable par le DRS", dit-il. "Même s'il est aussi possible qu'une personnalité politique relativement mise à l'écart -quelqu'un mis à la marge de la politique algérienne depuis dix ou quinze ans- devienne le prochain chef de l'Etat."
Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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