Une femme commissaire de police en Afghanistan, une première
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par Jessica Donati et Hamid Shalizi
KABOUL (Reuters) - La police afghane a vécu un événement inédit cette semaine avec l'entrée en fonction d'une femme à la tête du commissariat d'un important quartier commerçant de Kaboul.
Le colonel Djamila Bayaz, 50 ans, mère de cinq enfants, s'est installée dans le commissariat du premier district de la capitale afghane, espérant que sa promotion incitera d'autres femmes à suivre son exemple.
Cette nomination, décidée par le ministère de l'Intérieur et inédite dans un pays où les droits des femmes sont le plus souvent niés, est assortie de quelques précautions.
Le colonel Bayaz, qui a rejoint la police afghane il y a trente ans, bénéficie de quatre gardes du corps (contre deux habituellement alloués à ses homologues masculins) et d'une voiture blindée.
"Je sais qu'il y a des risques et des menaces liés à ce travail mais je ne m'en préoccupe pas. Je me concentre sur mon travail et sur la manière d'améliorer les choses", explique-t-elle assise dans son bureau, décoré de bouquets de fleurs envoyés par des sympathisants.
A peine entrée en fonction, Djamila Bayaz a eu l'occasion de se réjouir puisqu'une jeune femme a déjà poussé la porte de son bureau pour lui proposer de rejoindre son service.
"Elle était très enthousiaste et elle m'a expliqué qu'elle m'avait vue à la télévision et que ça l'avait incitée à s'engager dans la police. Ça m'a surprise", raconte-t-elle.
99% D'HOMMES
Intégrer des femmes aux forces de police constitue une avancée importante dans la promotion de l'égalité homme-femme en Afghanistan depuis la chute des taliban en 2001.
Lorsque les islamistes dirigeaient le pays, les femmes devaient porter le voile intégral, n'avaient pas le droit de sortir seule de chez elles et n'étaient pas autorisées à être scolarisées.
Elles sont environ 1.700 aujourd'hui dans les rangs de la police, loin des 5.000 que souhaitait le président Hamid Karzaï à la fin de 2014.
Bayaz a jadis travaillé dans une brigade d'intervention criminelle chargée de traquer les contrebandiers. Comme la plupart de ses collègues féminines, elle ne portait alors pas d'uniforme, évitant ainsi d'attirer sur elle une attention indésirable. Aujourd'hui, elle est sanglée dans une tenue réglementaire bleu-gris.
"Avoir une femme à la tête d'un commissariat est simplement formidable. Cela envoie un signal fort à toutes les policières de Kaboul et à tous les policiers", se félicite Elizabeth Cameron, de l'ONG Oxfam, qui y voit aussi un moyen de faciliter les démarches des femmes victimes d'abus.
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Car les femmes hésitent le plus souvent à signaler les violences ou atteintes dont elles sont victimes à la police, corps d'Etat composé d'hommes à 99%. Les policiers continuent en outre d'obéir à une sorte de culture de l'impunité en terme de harcèlement.
"Personne n'est poursuivi, c'est sûr. Ce qui se passe d'ordinaire est que les femmes sont soumises à d'énormes pressions pour qu'elles retirent leur plainte", poursuit Elizabeth Cameron.
Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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