Les ultranationalistes, casse-tête pour l'opposition ukrainienne
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Les ultranationalistes, casse-tête pour l'opposition ukrainienne
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par Pavel Polityuk et Richard Balmforth
KIEV (Reuters) - "Terroristes" aux yeux des autorités ukrainiennes, soutien aussi utile qu'incontrôlable pour les opposants au président Viktor Ianoukovitch, les membres du groupuscule ultranationaliste "Secteur Droit" imposent leurs méthodes violentes dans les rues de Kiev.
Ce groupe radical, omniprésent dans le mouvement hétéroclite de contestation contre le président Viktor Ianoukovitch, est issu des milieux nationalistes de supporters de football "ultras" - le mot "secteur", en russe, désigne les différentes rangées des gradins d'un stade.
Ils ont leur propre style : généralement par groupe de deux, ils s'attaquent casqués et masqués aux forces de l'ordre, armés de bâtons, de barres de fer et protégés par des boucliers pris aux policiers anti-émeute.
Ils ne prêtent allégeance à aucun parti politique. Ils n'ont pas de drapeau et ne brandissent aucune banderole. On ignore exactement combien ils sont. Certaines sources parlent de 300 militants ces jours-ci dans les rues de Kiev.
Ils ne sont pas isolés. Dans toute l'Ukraine, ils peuvent revendiquer plus de 100.000 abonnés sur le réseau social Vkontakte, où "Secteur Droit" exige non seulement la signature par le président Ianoukovitch d'un accord de libre échange avec l'Union européenne - dossier qui a provoqué la crise actuelle - mais prône une offensive "révolutionnaire" pour balayer "ce régime d'occupation".
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Alliés pour la circonstance aux libéraux, ces "gros bras" - on compte toutefois quelques femmes dans leurs rangs - ne cachent pas leur dégoût pour les manifestations pacifiques et comptent surtout sur les cocktails Molotov et les pavés pour imposer leurs vues, comme l'ont prouvé les manifestations des derniers jours.
Pour les autres composantes de l'opposition, ce choix de la violence risque de fournir aux autorités tous les arguments pour mener une répression encore plus redoutable face aux "terroristes".
Quand les dirigeants de l'opposition sont sortis jeudi soir les mains vides de leurs discussions avec le président Ianoukovitch, après un mince espoir de compromis, ce sont les militants de "Secteur Droit" qui ont aussitôt commencé à diriger l'érection de nouvelles barricades.
"DÉFENDRE LES FAIBLES"
Le centre névralgique des manifestations s'est déplacé de la place de l'Indépendance vers une rue un kilomètre plus loin, en direction du siège du gouvernement, où les affrontements sont quotidiens entre protestataires et forces de sécurité.
Non loin de là s'élève le stade du Dynamo de Kiev, un nouveau théâtre d'opérations où un no man's land de 40 mètres sépare les deux camps.
Jeudi, les manifestants ont incendié des piles de pneus - une épaisse fumée noire s'est élevée au-dessus du quartier - et ont offert aux policiers anti-émeute un concert martial, tapant sur de la tôle avec des barres de fer, comme des tambours battant la charge contre l'ennemi.
"Secteur Droit, c'est une structure autonome mais en rapport avec tous les groupes d'extrême droite qui se disent prêts à défendre les intérêts de la nation ukrainienne, l''âme' de l'Ukraine", déclare l'un des manifestants qui ne donne que son surnom, "Zalizniak" ("Homme de fer") et se présente comme l'"aumônier" du groupe.
"Beaucoup de gens estiment inutile de rester sur la place de l'Indépendance à écouter des politiciens qui nous disent que nos armes, ce sont uniquement nos lumières", explique-t-il en faisant allusion à l'habitude prise par les manifestants de brandir leurs téléphones portables allumés pour marquer leur esprit de résistance - une méthode qu'il juge apparemment dérisoire.
"Zalizniak", la cinquantaine, les cheveux grisonnants et le regard perçant, affirme que l'attitude des forces de sécurité, fortement armées, justifie pleinement la colère des militants de "Secteur Droit".
"Quand ils tirent sur la foule, sur des enfants, quand ils piétinent des femmes enceintes, il est tout à fait normal de réagir et de défendre les faibles", dit-il.
Il s'insurge contre la direction tricéphale du mouvement de contestation - l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko, l'ex-ministre de l'Economie Arseni Iatseniouk et le nationaliste Oleh Tiahnibok.
"RÉACTION SPONTANÉE"
"Il ne faut qu'un seul chef. Et ce chef, nous ne le connaissons pas encore mais il viendra un jour", ajoute l'"homme de fer".
Quant aux véritables aspirations de "Secteur Droit", elles restent floues. Si le groupe défend un accord d'association avec l'UE, il ne veut pourtant pas d'une adhésion de l'Ukraine au bloc européen. Son opposition à toute association avec la Russie est plus affirmée, au nom de l'indépendance ukrainienne.
Les plus jeunes militants se voient volontiers comme des "Robin des bois" romantiques, voués à réparer les injustices de la société ukrainienne.
"Ils sont toujours en première ligne face à la Berkout (la police anti-émeute), qui les craint car ils sont capables de tout", déclare Serhiy, un étudiant d'opposition de 21 ans qui dit bien connaître les méthodes des ultranationalistes.
"Il y a jusqu'à 300 personnes dans l'organisation. Ils suivent des formations et sont bien meilleurs que nous. Leur devise, c'est 'l'Ukraine au-dessus de tout'".
"L'organisation n'est pas centralisée. Pas de listes de membres, anonymat complet... C'est une réaction spontanée à l'attitude du gouvernement", explique Vasil, 33 ans, venu de Voline, dans l'ouest du pays, et qui a eu l'occasion de discuter avec des membres de "Secteur Droit".
Selon lui, le groupe reçoit des dons des citoyens - une de ses militantes a même recueilli l'équivalent de mille dollars en une seule journée.
Pour les chefs de l'opposition, la question est de savoir comment continuer à tirer bénéfice de "Secteur Droit" sans s'aliéner les franges les plus modérées de l'opposition effrayées par la violence.
"La radicalisation incontrôlée des manifestations est un vrai problème. Le danger, c'est que 'Secteur Droit' n'a pas d'objectifs précis, en dehors de la bagarre... Pour l'opposition, c'est de plus en plus difficile de contrôler ces militants", admet l'analyste politique Volodimir Fesenko.
Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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