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L'ombre des disparus de Syrie plane sur Genève II

reuters.com

Publié le 30 janvier 2014 à 09:58 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:42

L'ombre des disparus de Syrie plane sur Genève II

L'ombre des disparus de Syrie plane sur Genève II

reuters.com

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DAMAS (Reuters) - Il était 15h00 quand le téléphone de Lulu a cessé de fonctionner. Elle se trouvait alors dans l'est de Damas, près du siège des renseignements de l'armée de l'air, l'un des services de sécurité les plus redoutés de Syrie.

C'était en novembre. La jeune femme âgée de 30 ans faisait des courses dans le quartier d'Hamra, à un quart d'heure de chez elle. Elle n'est jamais rentrée.

Le cas de Lulu n'est pas isolé. Beaucoup d'autres disparitions auraient eu lieu à l'approche de la conférence internationale de Genève II, qui réunit pour la première fois des représentants du gouvernement et de l'opposition en exil.

Ces derniers réclament la libération de près de 50.000 détenus, qu'ils ont identifiés. A l'ouverture de la conférence, deux délégués de l'opposition ont brandi le portrait d'Abdelaziz al Khaïer, dissident de longue date dont on est sans nouvelles depuis deux ans.

Selon le gouvernement, la plupart des noms couchés sur cette liste sont ceux de citoyens qui n'ont jamais été détenus ou qui ont été libérés. A Damas, les arrestations arbitraires continuent pourtant à dévaster des familles qui n'ont aucun moyen de connaître le sort de leurs proches disparus.

Lorsqu'ils sont enfin relâchés, le calvaire n'en est pas terminé pour autant. Beaucoup sont priés de quitter le pays et ceux qui ne peuvent suivre ce "conseil" s'exposent à la cupidité de fonctionnaires corrompus.

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Aïman a été détenu pendant deux semaines en 2011, au début du soulèvement contre Bachar al Assad. Les autorités reprochaient à ce quinquagénaire d'avoir organisé des manifestations, ce qu'il nie.

Pendant son séjour dans les locaux d'une aile des services de renseignement connue sous le nom de Branche Palestine, il dit avoir été passé à tabac, humilié et soumis à des pressions psychologiques.

Son témoignage corrobore les nombreux cas cités par Human Rights Watch dans un rapport publié il y a trois mois. Selon l'ONG, qui parle de plusieurs dizaines de milliers de prisonniers politiques, arrestations arbitraires et torture font partie du quotidien des services de sécurité syriens.

A la veille de la conférence de Genève II, Damas a réfuté les conclusions d'un rapport faisant état d'un recours systématique à la torture et de la mort de 11.000 détenus en dénonçant une tentative de sabotage des négociations.

PARALYSÉ PAR LA PARANOÏA

Aïman n'a fait l'objet d'aucune poursuite après sa remise en liberté, mais il a, lui aussi, été sommé de quitter rapidement le pays. Retenu par son métier et sa famille, il n'a pu obtempérer.

"Je n'en ai pas fini avec eux. L'autre jour, ils ont appelé pour dire que je devrais venir les voir et boire un café, mais je ne l'ai pas fait", dit-il, interrogé à son domicile du centre de la capitale.

Régulièrement, à quelques mois d'intervalle, il reçoit la visite d'un membre des services de renseignements qu'il finit par soudoyer pour gagner du temps. "Je crois que j'ai dépensé 3.000 dollars en pots-de-vin depuis ma libération", estime Aïman.

Après 20 mois de détention, Mohamed, 28 ans, a préféré s'exiler au Liban.

"Je ne voulais pas vivre paralysé par la paranoïa, sans parler de la peur permanente de ma famille à mon sujet", explique-t-il. Arrêté lui aussi, son frère aîné est décédé derrière les barreaux.

"Ils m'ont dit que, tant que je serais en Syrie, ils ne pouvaient me garantir que je ne serais pas arrêté par une autre branche des renseignements, comme mon frère l'a été", poursuit Mohamed, qui dit vouloir demander à terme l'asile politique en Europe.

Trop effrayés pour évoquer leur calvaire, les proches des disparus ne peuvent en outre rien pour eux. Dans la famille de Lulu, son cas n'est jamais abordé dans les conversations téléphoniques ni avec des inconnus. Seul l'anonymat permet de rompre le silence. On refuse toutefois d'évoquer précisément les raisons de son arrestation, peut-être due à son implication dans des organisations caritatives que Damas soupçonne souvent de collusion avec l'opposition.

Comme beaucoup d'autres familles dans le même cas, celle de Lulu a été approchée par toutes sortes de prétendus intermédiaires qui proposent leur aide pour des tarifs mirobolants.

"Ils disent qu'ils peuvent lui fournir des vêtements et de la nourriture en plus, et qu'ils peuvent soudoyer l'interrogateur pour qu'il soit plus commode avec elle. Ils vous vendent la Lune. On paiera ce qu'il faudra pour qu'elle sorte, mais on ne sait pas à qui faire confiance. On ne sait pas où s'adresser", déplore son frère.

L'identité du reporter est tenue secrète par mesure de sécurité; Jean-Philippe Lefief pour le service français

reuters.com

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