Le président ukrainien malade en pleine tourmente politique
reuters.com
reuters.com
par Richard Balmforth et Pavel Polityuk
KIEV (Reuters) - Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a été contraint au repos jeudi en raison de douleurs respiratoires aiguës et d'une forte fièvre, créant un vide politique dans un pays secoué depuis deux mois par de violentes manifestations antigouvernementales.
Après avoir annoncé sa maladie, le site internet de la présidence a cependant diffusé dans l'après-midi un appel du chef de l'Etat qui affirme que lui et son gouvernement ont rempli leurs obligations pour sortir de la crise et qui accuse l'opposition d'attiser les tensions.
"Nous avons rempli toutes les obligations qui incombent aux autorités. Pourtant, l'opposition continue d'attiser les tensions en demandant aux gens de rester dans le froid pour servir les ambitions politiques de quelques dirigeants. Je pense que c'est mal", affirme Viktor Ianoukovitch.
Le Premier ministre Mikola Azarov, un fidèle du président, a démissionné mardi après quatre ans de bons et loyaux services et son successeur n'a toujours pas été désigné. Serhiy Arbouzov, qui était premier vice-Premier ministre, a été chargé d'assurer l'intérim.
"Le président de l'Ukraine a été officiellement déclaré malade avec des douleurs respiratoires aiguës et une forte fièvre", a annoncé laconiquement dans la matinée la présidence sur son site internet.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

On ignore quand le chef de l'Etat, âgé de 63 ans, sera en mesure de reprendre ses activités.
"MALADIE DIPLOMATIQUE"
L'un de ses alliés, Mikhaïlo Tchetchetov, député du Parti des régions, a déclaré à Reuters que le président avait été mercredi soir à l'hôpital avant de se rendre à la Rada, le Parlement ukrainien, où une amnistie conditionnelle a été votée pour les manifestants arrêtés ces dernières semaines.
"Il avait l'air malade", a ajouté Mikhaïlo Tchetchetov.
Une vidéo prise mercredi soir au Parlement montre Viktor Ianoukovitch entouré de ses gardes du corps en train de monter un escalier, col de chemise ouvert.
"Il a une forte fièvre. Je ne suis pas médecin mais il est clair qu'une forte fièvre ne tombe pas en un jour", a déclaré un porte-parole de la présidence. "Les médecins vont faire tout leur possible pour qu'il se remette rapidement."
Du côté de l'opposition, on se demande si le président, pressé de toutes parts et qui a multiplié les concessions ces derniers jours, ne cherche pas avant tout à prendre un peu de recul - et de souffle.
"Ça a un petit goût de maladie diplomatique", déclare Rostislav Pavlenko, membre du parti Oudar de l'ancien boxeur Vitali Klitschko.
"Ça lui permet de ne pas promulguer les lois, de ne pas rencontrer l'opposition, de se défausser, de ne pas prendre les décisions nécessaires pour dénouer la crise", ajoute-t-il.
Le président doit notamment promulguer le texte abolissant la législation du 17 janvier qui restreignait fortement le droit de manifester et avait encore fait monter la tension.
AMNISTIE CONDITIONNELLE
A la mi-janvier, Viktor Ianoukovitch, mécontent de voir la crise s'éterniser, s'est séparé de son directeur de cabinet puis a remercié le chef de son service de presse. Il semble aujourd'hui assez isolé mais peut toujours compter sur sa majorité au Parlement.
Mercredi soir, la Rada dominée par les partisans du président a voté une amnistie pour les manifestants arrêtés lors des manifestations, à condition que les protestataires évacuent les bâtiments publics qu'ils occupent à Kiev et dans les régions.
La crise a débuté fin novembre quand Viktor Ianoukovitch a renoncé in extremis à un accord d'association et de libre-échange avec l'Union européenne pour se tourner vers la Russie.
Les concessions faites par le chef de l'Etat et sa majorité à l'opposition ont semé le doute sur la poursuite de l'aide financière de Moscou.
Mercredi, le président Vladimir Poutine a déclaré que son pays attendrait la formation d'un nouveau gouvernement ukrainien pour poursuivre le versement de l'aide financière de 15 milliards de dollars promise à Kiev.
Il a assuré que cette aide serait versée même si l'opposition pro-européenne arrive aux affaires. Le calendrier reste en revanche incertain.
A Kiev, plusieurs centaines de contestataires campent toujours sur Maïdan Nezalejnosti, la place de l'Indépendance. Les opposants occupent en outre de nombreux bâtiments administratifs à travers le pays, dont l'hôtel de ville de la capitale et le siège du ministère de l'Agriculture.
Bertrand Boucey et Guy Kerivel pour le service français
reuters.com