JO: Vladimir Poutine réveille l'esprit de Leonid Brejnev
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JO: Vladimir Poutine réveille l'esprit de Leonid Brejnev
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par Timothy Heritage
SOTCHY (Reuters) - Pour Sotchi 2014, lire Moscou 1980...
L'URSS a éclaté, la Guerre froide est finie depuis que la Russie a organisé ses premiers Jeux olympiques il y a 34 ans mais les Jeux d'hiver qui s'ouvrent vendredi à Sotchi rappellent étrangement les JO d'été de Moscou.
En remportant l'organisation des Jeux pour la Russie, Vladimir Poutine ne fait que suivre une tradition de l'Union soviétique qui voulait que le sport soit une arme pour en faire une superpuissance.
Poutine veut utiliser les Jeux pour présenter la Russie nouvelle comme un Etat moderne qui a grandement évolué par rapport à l'époque soviétique.
Sans surprise pour un homme qui est né et a passé son enfance au sein de l'URSS et qui a été agent du KGB, il trouve son inspiration dans les Jeux de 1980.
"Nous avons des souvenirs vivaces de l'enthousiasme, de l'émotion que nous avons éprouvés pendant les Jeux de Moscou en 1980", a-t-il déclaré cette semaine à Sotchi devant le CIO.
Pour le vieillissant Leonid Brejnev, le sport était déjà un des rares domaines où son pays perclus de pénuries et dont le niveau de vie était bien inférieur à celui de l'Ouest pouvait se poser en superpuissance.
Ce qu'il essayait de démontrer grâce aux Jeux de Moscou, c'était la supériorité du régime soviétique.
Manque de chance, l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS en 1979 a provoqué un boycottage des Jeux par les Etats-Unis et la plupart de leurs alliés.
Poutine a au moins évité pareil camouflet mais seulement après avoir affronté des appels au boycott lancés par les mouvements gays pour dénoncer une loi interdisant une "propagande homosexuelle" auprès des mineurs.
Manque de chance aussi pour Brejnev, célébrer la gloire du communisme en 1980 supposait de remplir les magasins de produits occidentaux pratiquement impossibles à trouver en URSS en temps normal, "les fruits du capitalisme".
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Cela supposait aussi de tenir les dissidents éloignés des visiteurs étrangers.
Pour ce faire, le KGB avait monté une opération tout aussi complexe que "la ceinture d'acier" censée empêcher les militants islamistes du Caucase de concrétiser leurs menaces d'attentat contre les Jeux de Sotchi.
Les Moscovites de 1980 ou en tout cas ceux qui étaient restés malgré les appels à quitter la ville pendant les Jeux ont peut-être été mal à l'aise devant la répression des dissidents mais ils ont certainement apprécié l'ambiance festive.
"CORNE D'ABONDANCE"
"Fanta et Pepsi Cola faisaient partie des produits exotiques qui ont fait leur apparition dans les magasins et des nourritures qui étaient difficiles à trouver comme des saucisses ou des fromages de qualité sont réapparues", se souvient Valentina Klimova, qui avait 24 ans en 1980 et travaillait comme interprète.
"Des produits, yaourts danois dans des pots en plastique, grosses olives espagnoles et grecques ont fait leur apparition sur les tables des athlètes dans le village olympique puis après les Jeux dans les magasins", ajoute-t-elle.
Disponibles aussi étaient soudain les cigarettes Marlboro. Elles étaient si populaires et si difficiles à trouver que les quelques Occidentaux qui travaillaient ou étudiaient à Moscou s'en servaient pour arrêter des voitures et payer leur voyage.
Comme Poutine à Sotchi, Brejnev a lancé à Moscou de grands programmes de construction pour impressionner les Occidentaux.
Un centre équestre, un vélodrome, un centre d'aviron et le stade du Dynamo de Moscou, baptisé le Palais des sports, une dizaine d'hôtels et le Stade olympique ont été construits.
Le village des athlètes, diamant du programme olympique, est toujours un quartier réservé à l'élite moscovite.
"Nous vivions dans des appartements confortables qui n'ont pas eu besoin de beaucoup de travaux après les Jeux", raconte Vladimir Salnikov, qui fut un des héros soviétiques des Jeux avec trois médailles d'or en natation.
"Dans la cafétéria, il y avait une corne d'abondance -poisson, saumon, caviar rouge, caviar noir, fromages, saucisses, confitures, jus de fruit dans un emballage en carton avec une paille..."
Dans les stades, l'URSS finit première du tableau des médailles avec 80 d'or, 69 d'argent et 46 de bronze. Les Etats-Unis firent aussi bien quatre ans plus tard aux Jeux de Los Angeles boycottés en représailles par l'URSS et ses alliés.
L'URSS a dominé les tableaux des médailles des Jeux d'hiver et d'été pas moins de 13 fois entre 1952, année de la naissance de Poutine, et 1991, année de l'éclatement de l'URSS.
Mais en 1980, Brejnev avait 74 ans et, loin d'affirmer la supériorité de l'URSS, il l'avait déjà plongée dans une "période de stagnation".
Une anecdote résume l'humeur de l'époque.
Au Stade olympique, Brejnev commence un discours. "O", dit-il -applaudissements. "O", enchaîne-t-il -nouveaux applaudissements. "O", encore plus d'applaudissements. "O", ovation. "O", le public se lève et applaudit debout. Un conseiller s'approche alors de Brejnev et lui glisse à l'oreille: 'Leonid Ilitch, ces O sont les anneaux olympiques vous n'avez pas besoin de les lire comme si c'était des lettres".
Poutine réussira-t-il mieux que le vieux chef soviétique à faire des Jeux le symbole du retour de la Russie au rang de superpuissance? Il a fait et fera tout pour réussir.
Certains en doutent pourtant en lui reprochant des atteintes aux principes démocratiques et aux droits de l'homme et en raison d'accusations de corruption et de malversations autour des Jeux dont le coût dépasse déjà les 50 milliards de dollars.
Jean-Paul Couret pour le service français
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