Victoria Nuland prise au mot
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par Arshad Mohammed
WASHINGTON (Reuters) - Victoria Nuland, secrétaire d'Etat adjointe chargée des relations avec l'Europe qui a tenu des propos très crus à l'égard de l'Union dans une conversation enregistrée à son insu, connaît parfaitement le poids des mots.
L'Américaine, qui parle couramment russe et français, se trouve depuis des années dans les plus hautes sphères de la diplomatie américaine et a même exercé le poste à hauts risques de porte-parole du département d'Etat.
Dans l'enregistrement, on l'entend évoquer avec l'ambassadeur américain à Kiev Geoffrey Pyatt les perspectives de transition politique en Ukraine et les mérites comparés des différents chefs de la contestation.
Elle s'y prononce notamment contre l'entrée au gouvernement de Vitali Klitschko, ancien boxeur qui dirige le parti libéral Oudar et pour l'implication de l'Onu.
"Ce serait bien je pense de contribuer à rassembler et d'amener l'Onu à contribuer à ce rassemblement et puis tu sais, que l'UE aille se faire foutre", dit-elle. La chancelière allemande Angela Merkel a jugé ses propos "totalement inacceptables". L'authenticité de l'enregistrement n'a pas été démentie côté américain.
De tels propos ne sont pas rares en privé et pourraient même lui valoir des applaudissements, dit-on de source proche de l'administration américaine, mais leur diffusion sur YouTube a plongé le département d'Etat dans l'embarras, sans toutefois la mettre personnellement en péril.
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"Je ne ferai pas de commentaire au sujet de conversations diplomatiques privées, mais le savoir-faire est impressionnant. L'enregistrement est très clair", a-t-elle relevé vendredi, ajoutant que les chefs de file de l'opposition ukrainienne savaient parfaitement à quoi s'en tenir quant à la position des Etats-Unis.
A Washington, on impute la diffusion de cet enregistrement à la Russie, où Victoria Nuland a exercé au début de sa carrière. Elle n'y a pas laissé que des bons souvenir, à en juger par une anecdote rapportée en septembre par le secrétaire d'Etat John Kerry.
La scène se déroule peu après l'arrivée de ce dernier à la tête du département d'Etat, lors d'une entrevue avec son homologue russe Sergueï Lavrov. Victoria Nuland venait de quitter son poste de porte-parole et ne se trouvait pas à sa place habituelle autour de la table.
LA CONFIANCE DES DÉMOCRATES COMME DES RÉPUBLICAINS
"Lavrov a jeté un coup d'oeil a mon équipe et m'a dit: 'John, je vois que vous avez finalement viré cette Toria Nuland", a-t-il rapporté lorsque l'intéressée a pris ses fonctions de secrétaire d'Etat adjointe.
Et d'ajouter: "J'ai pris un grand plaisir à lui répondre: 'Non, je l'ai promue'".
Diplomate de carrière, Victoria Nuland a passé plusieurs mois à bord d'un chalutier russe pour peaufiner sa maîtrise de la langue. Elle a par la suite coopéré aussi bien avec le conservateur Dick Cheney lorsqu'il était vice-président qu'avec la démocrate Hillary Clinton, quant elle dirigeait le département d'Etat.
"En tant que membre éminente de l'unique -certains diraient même improbable- association Cheney-Hillary, elle a gagné la confiance des démocrates comme des républicains", a souligné John Kerry.
Chef de cabinet du secrétaire d'Etat adjoint Strobe Talbot (1993-1995) au début de sa carrière, elle a également exercé en tant qu'ambassadrice des Etats-Unis à l'Otan de 2005 à 2008.
Son expérience la plus formatrice, elle dit l'avoir vécue en août 1991 sous la pluie moscovite alors que 250.000 personnes étaient rassemblées pour faire échec à la tentative de coup d'Etat contre Mikhaïl Gorbatchev.
Victoria Nuland est issue d'une famille d'éminents intellectuels. Son père, professeur de chirurgie clinique à Yale, est l'auteur de "How We Die: Reflections of Life's Final Chapter" (Comment nous mourrons: Réflexions sur le dernier chapitre de la vie), lauréat du prestigieux National Book Award.
Son beau-père, Donald Kagan, professeur d'histoire, enseignait également à Yale. Son époux Robert Kagan, historien et éditorialiste conservateur, s'est lui aussi attiré les foudres européennes en 2002 avec un essai dans lequel il affirmait que "les Américains viennent de Mars et les Européens de Vénus".
"Il est mon Mars et je suis sa Vénus", a ironisé Victoria Nuland, lors de son investiture.
Jean-Philippe Lefief pour le service français
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