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Parmi les évacués de Homs, l'espoir et la crainte

reuters.com

Publié le 14 février 2014 à 16:47 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:38

Parmi les évacués de Homs, l'espoir et la crainte

Parmi les évacués de Homs, l'espoir et la crainte

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HOMS, Syrie (Reuters) - Grâce à la trêve, Hodouane al Masri a pu quitter la Vieille Ville de Homs, assiégée depuis plus d'un an par les forces du président syrien Bachar al Assad.

Aujourd'hui, dans une école de la ville nouvelle, partagé entre l'espoir et la crainte, il attend avec d'autres son tour pour être interrogé par les forces de sécurité syriennes.

Depuis une semaine, les équipes des Nations unies et du Croissant-Rouge arabe syrien ont pu évacuer du secteur encore tenu par les rebelles plus de 1.400 personnes, en majorité des femmes, des enfants et des vieillards.

Mais parmi ces évacués figurent aussi des hommes en âge de combattre, ce qui n'était pas prévu à l'origine par l'accord de cessez-le-feu.

Aucun d'eux n'avoue avoir combattu dans les rangs des insurgés - aucun, sauf Masri.

"Je suis connu en tant que commandant en chef d'une brigade. On peut voir mon visage partout sur les réseaux sociaux", dit-il.

En échange de sa franchise, il espère que les autorités syriennes lui pardonneront et le laisseront rejoindre ses enfants exilés en Jordanie. Il sait quels risques il a pris en acceptant de s'en remettre ainsi aux promesses des autorités.

"Qu'on m'accorde quarante-huit heures et je serai hors du pays. J'espère qu'ils me laisseront partir. J'espère que les Nations unies, ou une autre organisation, pourront me le garantir."

Son choix d'abandonner la lutte à Homs illustre le sentiment de découragement de bien des combattants rebelles, notamment dans le centre de la Syrie où les forces loyalistes n'ont cessé de marquer des points ces derniers mois.

"Nous sommes très inquiets du sort de ces hommes et de ces jeunes gens une fois qu'ils auront quitté le centre de regroupement installé dans l'école", a déclaré vendredi la porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR), Melissa Fleming.

Sur les 412 personnes encore retenues dans l'école, 381 sont des hommes et des jeunes gens, a-t-elle précisé. Cent soixante-dix autres évacués ont déjà pu partir.

"VOUS ÊTES TOUS NOS ENFANTS"

"Nos capacités de contrôle sont limitées. Nous n'arrêtons pas de demander au gouvernement de bien respecter le droit international et le droit humanitaire", a souligné Melissa Fleming.

"J'entends dire maintenant que tout le monde n'est pas relâché. Je ne sais pas ce qui m'attend", s'inquiète Masri. "S'ils me demandent pourquoi j'ai pris les armes, je leur répondrai que j'ai d'abord attendu pour cela que quatre de mes frères tombent en martyrs..."

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Alors que les hommes attendent, une couverture jetée sur le dos, le gouverneur de Homs, Talal al Barazi, s'adresse à eux par haut-parleur pour les rassurer.

"Patientez quelques jours ! Vous êtes sous la protection de l'Etat. Vous êtes tous nos enfants", lance-t-il. "Avez-vous peur de quelque chose ? Est-ce que la police vous a menacés ?", demande-t-il.

"Non", répondent les évacués à l'unisson, mais avec un ton et des expressions qui peuvent faire croire le contraire.

"Ceux qui violent la loi doivent répondre de leurs actes. Mais si vous venez à nous et si vous reconnaissez vos erreurs, alors ce sera réglé. Ne vous inquiétez pas", insiste le gouverneur.

"S'il pouvait dire vrai...", soupire un homme dans la foule.

Talal al Barazi a annoncé que le cessez-le-feu avait encore été prolongé de trois jours, jeudi, pour permettre la poursuite des évacuations.

Homs, dans le centre-ouest du pays, est l'une des premières villes où le soulèvement contre Assad, qui a débuté en mars 2011, s'est transformé en guerre ouverte.

Près de l'école, des soldats gouvernementaux injurient de nouveaux évacués, des hommes, qui descendent d'un car en provenance de la Vieille Ville. Pour les militaires, il ne fait aucun doute que ce sont des combattants rebelles.

Plusieurs soldats veulent prendre les nouveaux arrivants en photo avec leurs téléphones portables mais le gouverneur intervient aussitôt pour les en empêcher.

"DES TRAÎTRES"

Talal al Barazi a expliqué jeudi à Reuters que 220 des 1.400 personnes évacuées depuis une semaine étaient toujours retenues pour des contrôles de sécurité.

Selon lui, 70 autres ont obtenu jeudi l'autorisation de s'en aller et 111 autres étaient déjà parties les jours précédents. Ceux qui s'en vont saluent le drapeau syrien et prêtent serment d'allégeance au régime.

Parmi ceux qui restent, c'est l'incertitude. "Vous croyez qu'ils vont nous laisser partir comme cela, en faisant comme si rien ne s'était passé ?", dit l'un d'eux. "Bien sûr que non, on le sait bien", répond son voisin.

Edgar Vasquez, porte-parole du département américain d'Etat, a dit espérer que le gouvernement de Damas tiendrait sa promesse de laisser partir les évacués. "Mais forts des leçons du passé, nous devons nous méfier et surveiller ce qui se passe", a-t-il ajouté.

Selon les témoignages les plus récents, il reste environ 1.500 combattants rebelles dans la Vieille Ville assiégée, ainsi qu'un millier de civils.

Un des évacués, un homme d'une vingtaine d'années, parle des tensions entre ceux qui sont restés et ceux qui ont préféré partir. "Quand on s'en allait, ils nous criaient que nous étions des traîtres..."

Un autre affirme qu'il aurait volontiers quitté la Vieille Ville plus tôt mais que les rebelles lui faisaient peur et affirmaient que c'était du suicide, qu'il aurait été abattu sur le champ par les gouvernementaux.

Dans l'école, un soldat d'Assad, prié de dire s'il peut pardonner aux insurgés, sort son téléphone portable et montre une photo. "Vous voyez ce gars ? C'était mon ami. Ils l'ont tué, une balle en pleine tête. Ce sont eux qui l'ont tué, l'un d'entre eux", dit-il en montrant du doigt les évacués.

"Mais si la normalisation c'est la fin des combats et le retour à la vie d'avant, alors ça me va..."

L'identité du reporter est gardée secrète pour des raisons de sécurité; Guy Kerivel pour le service français, édité par Henri-Pierre André

reuters.com

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