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La France forcée de revoir des objectifs mal calibrés en RCA

reuters.com

Publié le 17 février 2014 à 16:24 - Mis à jour le 18 février 2014 à 14:40

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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par Marine Pennetier et John Irish

PARIS (Reuters) - Près de trois mois après le lancement de Sangaris, qui devait être une opération "coup de poing", la France se retrouve prise au piège d'un conflit centrafricain qui s'éternise et dont elle reconnaît aujourd'hui avoir sous-estimé certains aspects.

Au lendemain de l'annonce d'un renfort de 400 soldats qui porte le contingent français à 2.000 hommes, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a indiqué samedi que l'intervention serait plus longue que prévu en raison du "niveau de haine et de violence" qui ont fait 2.000 morts et un million de déplacés.

"L'approche politique a été singulièrement déficiente, l'intervention s'est résumée à une dimension proprement militaire", souligne Roland Marchal, spécialiste de la République centrafricaine au Ceri-Sciences Po. "Ce qui me frappe, c'est qu'on n'a pas du tout considéré quelle pouvait être la situation de ce pays trois mois ou six mois après l'intervention, ça souligne la vacuité de l'analyse politique".

Invoquant une situation pré-génocidaire, la France a lancé le 5 décembre dernier l'opération Sangaris aux côtés des forces africaines pour tenter de rétablir la sécurité dans un pays plongé en plein chaos depuis le coup d'Etat des rebelles de la Séléka, majoritairement musulmans, en mars 2013.

Face aux exactions commises par la Séléka les mois suivant son arrivée au pouvoir, des groupes d'auto-défense chrétiens, les "anti-balaka", se sont constitués pour se défendre, commettant à leur tour des crimes et des pillages.

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Pour tenter de faire cesser les massacres, le Conseil de sécurité de l'Onu vote la résolution 2127 autorisant le recours à la force, ouvrant la voie à une intervention.

ANALYSE SIMPLISTE

A Paris, on parle alors d'une guerre courte, opération coup de poing visant à "rétablir un niveau de sécurité minimal en Centrafrique". François Hollande assure que l'intervention "n'a pas vocation à durer" et se dit "sûr de son succès", excluant tout déploiement supplémentaire de soldats français.

"Il y a eu une analyse politique extrêmement simpliste: il y a des méchants, la Séléka, il y a une population qui subit le joug de ces bandits, on va tirer sur les bandits, on va les cantonner et le reste s'enfuira", dit Roland Marchal.

"C'est une approche très militaire et cette approche nie les faits évidents, comme l'existence des anti-balaka, un phénomène assez compliqué derrière lesquels se cachent des acteurs politiques. Cela a été complètement nié au début, le seul problème, c'était la Séléka", ajoute-t-il.

Dès les premières opérations de désarmement menées à Bangui, l'armée française est accusée de passivité, voire de partialité, à l'égard des milices anti-balaka, nébuleuse de groupes aux profils et aux motivations variés.

Pour Donatella Rovera, conseillère d'Amnesty International pour les situations de crise, l'armée française et les forces africaines de la Misca ont semblé être prises de court par des scénarios pourtant prévisibles.

"Au moment où les forces de la Séléka se retiraient, il fallait être sur place pour ne pas laisser les anti-balaka s'établir en seigneurs de guerre comme ça a été le cas dans de nombreux endroits", indique-t-elle.

"Il fallait faire sortir les forces internationales de leurs casernes, les disperser là où il fallait, là où il y avait le besoin et non pas arriver après que le massacre a été commis".

FERMETÉ À RETARDEMENT

Dans ce qui a été perçu comme un tournant, le commandant de la force française Sangaris, le général Francisco Soriano, a estimé la semaine dernière que les anti-balaka représentaient les "principaux ennemis de la paix" en Centrafrique.

"Les annonces de fermeté qui sont faites depuis quelques jours étaient attendues depuis très longtemps, que les forces Sangaris et de la Misca prennent la décision de désarmer de manière autoritaire toutes ces forces négatives, qu'elles soient anti-balaka ou Séléka", dit l'ex-Premier ministre centrafricain, Anicet Dologuélé et candidat à l'élection présidentielle.

"Les choses ont commencé depuis plusieurs jours, j'espère qu'elles vont se poursuivre et s'intensifier, c'est la seule condition pour que la sécurité revienne rapidement".

Samedi, en indiquant que l'intervention serait plus longue que prévue, Jean-Yves Le Drian soulignait qu'une "opération militaire ne se décrète pas comme du papier à musique."

Sur la durée de l'opération Sangaris, une source diplomatique indique "avoir accepté l'idée que notre mandat devra au moins durer jusqu'à la transition, en février 2015".

"Ce n'est pas facile d'arrêter les anti-balaka parce que contrairement à la Séléka, ils font pas partie d'un mouvement organisé", explique-t-elle.

"ASSUMER SES RESPONSABILITÉS"

Passée dans un premier temps de 1.200 à 1.600 hommes, la force Sangaris en comptera désormais 2.000 dans le cadre d'un déploiement anticipé de la mission de l'Union européenne dont le nombre de soldats pourrait s'élever à au moins 500 hommes.

Pour le président de l'association de soutien à l'armée française, le général Henri Pinard Legry, il aurait fallu déployer entre 3.000 et 5.000 hommes, épaulés par des moyens d'appui et de transport.

"Le commandement avait bien évalué ce qu'il fallait mais c'est le politique qui fixe l'enveloppe", dit-il. "C'est évidemment insuffisant au vu de la taille de la RCA, il aurait fallu être plus nombreux sur Bangui et se déployer un peu partout."

Cette option de déployer un contingent modeste s'inscrit dans le cadre de la "doctrine Hollande" en matière d'opérations militaires en Afrique qui vise à tourner la page de la France "gendarme de l'Afrique" en redonnant aux forces africaines "la compétence première" en matière de sécurité.

"Il n'y a pas de naïveté, c'est un positionnement, je mets tant et le reste sera fourni par la communauté internationale", indique le général, qui s'inquiète des accusations de complicité de meurtres qui pourraient être lancées contre l'armée française 20 ans après le génocide rwandais.

"Il appartient aux politiques d'assumer leurs responsabilités, de définir ce que l'on veut faire, d'accepter de mettre les moyens suffisants", dit-il. L'actuelle situation en Centrafrique, "c'est du calcul politique qui risque de mettre en danger la crédibilité militaire et qui risque d'attiser des critiques qui desserviront la France".

reuters.com

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