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La trêve n'a tenu que quelques heures à Kiev, l'UE mobilisée

reuters.com

Publié le 20 février 2014 à 16:27 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:36

La trêve n'a tenu que quelques heures à Kiev, l'UE mobilisée

La trêve n'a tenu que quelques heures à Kiev, l'UE mobilisée

reuters.com

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par Richard Balmforth et Pavel Polityuk

KIEV (Reuters) - La trêve n'a tenu que quelques heures à Kiev, qui a de nouveau basculé jeudi dans la violence avec 39 morts au moins dans les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, désormais autorisées à utiliser des armes de combat.

Sur le plan diplomatique, Laurent Fabius et ses homologues allemand Frank-Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikorski ont prolongé leur mission dans la capitale ukrainienne. Après avoir rencontré pendant quatre heures le président Viktor Ianoukovitch, ils revoyaient en fin d'après-midi les chefs de file de la contestation.

Vladimir Poutine, qui a suspendu pour l'heure son aide financière à Kiev, a dépêché pour sa part un médiateur, son conseiller en matière de droits de l'homme Vladimir Loukine, chargé de faire la navette entre le pouvoir et l'opposition.

Depuis la reprise des affrontements mardi matin entre manifestants et forces de l'ordre, 67 personnes au moins ont été tuées et des centaines d'autres blessées dans ce qui constitue les pires violences qu'ait connues l'Ukraine depuis son indépendance, en 1991.

Mercredi soir pourtant, Ianoukovitch annonçait une "trêve" négociée avec les chefs de file de la contestation.

Mais de nouveaux affrontements ont éclaté en début de matinée dans le centre de la capitale, où des manifestants radicaux ont repris le contrôle de la place de l'Indépendance.

TIRS À L'ARME AUTOMATIQUE

Lançant des pierres et des bombes incendiaires, ils ont chargé en direction de secteurs de la place proches de la présidence et du parlement que les forces de l'ordre avaient repris dans l'assaut donné mardi soir.

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Des éléments de la "Berkout", la police anti-émeutes, ont tiré à l'arme automatique pour couvrir le repli de leurs collègues. D'autres ont été vus tirant sur la foule depuis un toit dominant la place. Un opposant casqué a été filmé en train de tirer à l'abri derrière un arbre.

La télévision ukrainienne a retransmis pour sa part des images où l'on voit des policiers emmenés de force par des hommes en tenue de combat. Soixante-sept policiers ont été pris en otage, a affirmé le ministère de l'Intérieur, qui a autorisé la "Berkout" à faire usage d'armes de combat.

"J'ai signé un décret et la police a reçu des armes de combat qui seront employées conformément à la loi", a dit le ministre de l'Intérieur, Vitali Zakharchenko.

D'après un bilan communiqué en fin d'après-midi par les services de santé de Kiev, on recensait 39 morts depuis 06h00 du matin, ce qui fait, et de loin, de la journée de jeudi la plus sanglante depuis le début de la contestation, fin novembre.

MÉDIATION EUROPÉENNE

Le Parlement aurait été un temps évacué, rapportent des médias ukrainiens, tandis que l'entretien prévu entre le président Viktor Ianoukovitch et les trois ministres européens dépêchés à Kiev n'a pu se tenir en temps voulu et comme prévu à la présidence.

"Fumée noire, détonations et coups de feu autour du palais présidentiel. Rencontre déplacée à un autre endroit. Responsables pris de panique", a twitté Radoslaw Sikorski, le ministre polonais des Affaires étrangères, arrivé à Kiev avec ses homologues français Laurent Fabius et allemand Frank-Walter Steinmeier.

Les trois ministres des Affaires étrangères se sont entretenus pendant plus de quatre heures avec Viktor Ianoukovitch.

En fin d'après-midi, ils revoyaient les trois chefs de file historiques de la contestation, l'ancien ministre de l'Economie Arseni Iatseniouk, l'ex-boxeur Vitali Klitschko qui dirige le parti libéral Oudar et le nationaliste Oleh Tiahnibok, qui ont paru débordé ces derniers temps par l'émergence de Praviy Sektor (Secteur droite), organisation d'extrême droite qui a appelé aux armes.

Sikorski a indiqué que cette nouvelle rencontre devait permettre de "tester l'accord proposé" sur une sortie de crise. Une source diplomatique indique pour sa part que le projet d'accord en cours de discussion inclut un gouvernement provisoire.

A Paris, une source diplomatique française s'est faite plus prudente: "Pour le moment on ne peut pas parler de projet d'accord sur le contenu, on discute des demandes des deux côtés, dont le gouvernement, les élections, la Constitution et la manière d'arrêter les violences."

De l'issue de la médiation du trio européen devait dépendre la décision de leurs collègues européens réunis à Bruxelles pour évoquer d'éventuelles sanctions contre des responsables ukrainiens jugés responsables des violences.

SANCTIONS EUROPÉENNES ET PRESSIONS RUSSES

Le projet de communiqué que Reuters s'est procuré évoque des "mesures ciblées contre les responsables de ces violences et de l'usage de la force excessive" et indique que "des Etats membres ont décidé d'appliquer un embargo sur les armes et une interdiction sur les équipements utilisés pour la répression intérieure".

Les responsables européens faisaient valoir qu'il ne s'agissait que d'une version de travail et que la décision reviendrait aux ministres du Conseil des affaires étrangères sur la base des informations relayées par le trio Fabius-Steinmeier-Sikorski.

D'après la ministre italienne Emma Bonino, les Européens ont décidé en fin d'après-midi d'imposer des privations de visas et le gel des avoirs d'un certain nombre de responsables ukrainiens.

Les Etats-Unis, qui ont d'ores et déjà imposé des interdictions de visas à l'encontre de 20 personnalités ukrainiennes, ont exigé pour leur part le retrait immédiat des forces de sécurité déployées dans le centre de Kiev.

"Nous sommes scandalisés par les images des forces de sécurité ukrainiennes utilisant des armes automatiques sur leur propre peuple", a commenté Jay Carney, porte-parole de la présidence américaine.

La Russie n'est pas restée inactive, accentuant la pression sur Ianoukovitch.

Vladimir Poutine s'était engagé à la mi-décembre à fournir une aide de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) et à réduire les tarifs du gaz vendu à l'Ukraine après la décision de Viktor Ianoukovitch de ne pas signer un accord d'association avec l'Union européenne.

Une première tranche a été débloquée à la veille de Noël. Mais selon une source connaissant le dossier, la décision du déblocage de l'aide a pris une dimension politique et ne relève plus du ministère russe de l'Economie.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a expliqué que Moscou ne pourrait traiter qu'avec "des autorités légitimes et compétentes, un gouvernement sur lequel le peuple ne s'essuie pas les pieds comme sur un paillasson".

Avec Natalya Zinetset Alessandra Prentice à Kiev, Francesco Guarascio et Adrian Croft à Bruxelles, Steve Gutterman à Moscou, John Irish et Marine Pennetier à Paris; Eric Faye, Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français

reuters.com

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