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L'Ukraine entrevoit une sortie de crise

reuters.com

Publié le 21 février 2014 à 13:06 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:36

L'accord de sortie de crise en Ukraine a été signé

L'accord de sortie de crise en Ukraine a été signé

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par Natalia Zinets et Richard Balmforth

KIEV (Reuters) - Le président Viktor Ianoukovitch et les trois chefs de file politiques de l'opposition ont signé vendredi un accord de sortie de crise en Ukraine après trois jours de violences meurtrières comme le pays n'en avait pas connu depuis son indépendance de l'Union soviétique en 1991.

Fruit d'une médiation européenne, cet accord prévoit une élection présidentielle anticipée, une révision de la Constitution afin de revenir à un régime plus parlementaire contenu dans la loi fondamentale de 2004 et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Ces points constituent autant de concessions de la part du chef de l'Etat mais la viabilité de l'accord dépend aussi de l'adhésion des occupants de la place de l'Indépendance à Kiev, troisième acteur de cette crise réputé nettement plus intransigeant que l'opposition politique.

Dans les heures qui ont suivi les parlementaires ukrainiens ont également procédé au limogeage du ministre de l'Intérieur Vitaly Zakhartchenko et à une réforme du code pénal ouvrant la voie à la libération de Ioula Timochenko, ancienne chef du gouvernement et farouche adversaire de Ianoukovitch.

Ces concessions peuvent être interprétées comme un succès de l'Union européenne dans la lutte d'influence qui l'oppose à la Russie dans cette région du monde.

Contrairement aux émissaires européens qui ont paraphé l'accord à titre de témoins, l'envoyé de Vladimir Poutine n'a pas apposé sa signature sur le document. Vladimir Loukine a reconnu que la Russie avait tardé à rejoindre la table des négociations.

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A Moscou, c'est le scepticisme qui prévaut après cette avancée, le Kremlin estimant que "des questions demeurent" et que "les consultations vont continuer".

Si le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a jugé qu'il s'agissait d'un "compromis nécessaire", Catherine Ashton représentante de la diplomatie européenne a admis que sa mise en oeuvre représentait un défi de taille.

OBAMA VA TÉLÉPHONER À POUTINE

Cette analyse est également celle de la Maison blanche qui a estimé vendredi que les choses n'étaient pas finies en Ukraine et qu'il fallait maintenant mettre en oeuvre les promesses.

Barack Obama a prévu de s'entretenir au téléphone de cette question avec Vladimir Poutine dans la journée, a précisé la présidence américaine.

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait 77 morts depuis mardi, a annoncé le ministère de la Santé, ce qui signifie qu'il y a eu au moins 47 morts lors de la seule journée de jeudi.

Le comité de "Maïdan", le surnom de la place de l'Indépendance, a néanmoins approuvé l'accord avant sa signature par le chef de l'Etat et les trois leaders de l'opposition, Arseni Iatseniouk, Vitali Klitschko et Oleh Tiahnibok.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui a conduit la médiation européenne avec ses homologues français Laurent Fabius et polonais Radoslaw Sikorski, a précisé que l'élection présidentielle, initialement prévue en mars 2015, aurait lieu dès cette année. Aucune date n'a été arrêtée cependant.

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a pour sa part déclaré que le projet d'accord prévoyait la rédaction d'une nouvelle Constitution d'ici la fin de l'été.

Son ministre des Affaires étrangères a parlé d'"un bon compromis pour l'Ukraine (...) ouvrant la voie à des réformes et à l'Europe".

Le président français François Hollande a quant à lui réclamé "la mise en oeuvre dans son intégralité et dans les meilleurs délais de l'accord qui vient d'être signé".

Un journaliste de Reuters ayant assisté à la signature de l'accord a rapporté que Viktor Ianoukovitch n'avait pas effectué le moindre sourire durant cette cérémonie de plusieurs minutes.

BAGARRES ENTRE DÉPUTÉS

En début de journée, le président avait énuméré les concessions qu'il était disposé à accepter pour mettre fin au mouvement de contestation, né en novembre de sa volte-face diplomatique l'ayant soudainement amené à tourner le dos à l'Union européenne pour se rapprocher de la Russie, l'ancienne puissance tutélaire.

"Il n'existe pas de mesures que nous ne devrions pas prendre pour rétablir la paix en Ukraine", a-t-il alors déclaré dans un communiqué. "J'annonce que j'amorce des élections anticipées.

"Je lance aussi le processus d'un retour à la Constitution de 2004 avec un rééquilibrage des pouvoirs vers une république parlementaire. J'appelle au lancement des procédures pour former un gouvernement d'unité nationale."

Dans l'après-midi, les députés ukrainiens ont adopté à une forte majorité une résolution appuyant un retour à la Constitution de 2004, qui limite les prérogatives du chef de l'Etat au profit du Parlement.

La Rada, le Parlement monocaméral dominé par le Parti des Régions de Viktor Ianoukovitch, a aussi voté une amnistie inconditionnelle pour toutes les personnes arrêtées ou susceptibles d'être poursuivies en raison de leur implication dans le mouvement de contestation actuel contre le président.

Dans la matinée, des députés en étaient venus aux mains lorsque le président de la Rada, Volodimir Ribak, avait tenté d'ajourner cette session extraordinaire du Parlement.

La police était alors brièvement entrée dans le bâtiment avant d'en être rapidement expulsée, a déclaré Arseni Iatseniouk.

Le président russe Vladimir Poutine avait envoyé son propre médiateur à Kiev à la demande de Viktor Ianoukovitch mais on ignore quel rôle a joué la délégation russe dans le processus ayant abouti à l'accord signé en début d'après-midi.

La Russie continue de différer le déblocage de la deuxième tranche du programme d'assistance financière d'un montant total de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) consenti mi-décembre par Vladimir Poutine.

Avec Alessandra Prentice, Vasily Fedosenko et Pavel Polityuk à Kiev, Marcin Goettig et Adrian Krajewski à Varsovie, Jean-Baptiste Vey à Paris, Alexandra Hudson à Berlin et Francesco Guarascio et Adrian Croft à Bruxelles; Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service français

reuters.com

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