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L'Iran de plus en plus impliqué dans le conflit syrien

reuters.com

Publié le 21 février 2014 à 11:33 - Mis à jour le 22 février 2014 à 16:40

Le Quotidien Numérique

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par Jonathan Saul et Parisa Hafezi

LONDRES/ANKARA (Reuters) - L'aide de l'Iran au régime de Bachar al Assad s'est accrue ces derniers mois avec l'envoi de troupes d'élite chargées du renseignement et de la formation des forces syriennes, a-t-on appris de sources informées de l'évolution du conflit.

Plusieurs centaines de militaires iraniens auraient ainsi été déployés en Syrie et parmi eux se trouveraient des cadres de l'unité Al Qods, branche des Gardiens de la Révolution opérant à l'étranger.

Interrogé sur ces informations, obtenues de sources informées des mouvements militaires, auprès de l'opposition syrienne et d'experts des questions de sécurité, un représentant du ministère iranien des Affaires étrangères a répondu que Téhéran n'avait jamais fait mystère de son engagement aux côtés de Damas, mais a nié toute implication sur le terrain.

"L'Iran ne s'est jamais impliqué en Syrie en fournissant des armes, des fonds ou des troupes", a-t-il assuré, ce qu'un ancien membre de l'administration iranienne proche des Gardiens de la Révolution conteste.

Selon ce dernier, "la force Al Qods se charge de l'essentiel de la collecte de renseignements dans toute la Syrie. Mais, évidemment, les gens haut placés ne s'impliquent pas dans les combats. Nous avons toujours quelques centaines de commandants (de la force Al Qods et des Gardiens) en Syrie. La Syrie est notre première priorité en ce moment."

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D'après un ancien haut gradé des Gardiens à la retraite depuis peu, le nombre d'officiers supérieurs de la force Al Qods présents en Syrie se situe en permanence aux alentours de 60 ou 70.

"Ces commandants conseillent directement l'armée d'Assad et ses dirigeants. En gros, ils forment les cadres militaires d'Assad.

"Ensuite, il y a les Gardiens de la Révolution qui dirigent les combats et suivent les instructions des commandants de la force Al Qods, en aidant notamment les responsables militaires d'Assad et les membres des services de renseignement sur le terrain", explique-t-il.

A ces officiers s'ajoutent plusieurs centaines de "bassidji", des paramilitaires iraniens, ainsi que des miliciens arabophones issus notamment de la communauté chiite irakienne, poursuit l'ancien officier des Gardiens.

"UN MOTIF D'INQUIÉTUDE"

"Des volontaires (bassidji) se rendent en Syrie, tous reçoivent des cartes d'identité syriennes et sont impliqués dans les combats contre l'opposition syrienne. Ils sont sous le commandement de la force Al Qods. Ce corps est formé en partie de combattants venant d'Irak, du Liban et d'Afghanistan", dit-il.

Il s'agit de plusieurs milliers d'hommes, selon l'ancien fonctionnaire iranien et un membre de l'opposition syrienne ayant requis l'anonymat.

Ces estimations n'ont pas pu être vérifiées sur le terrain, même si la mort d'au moins deux commandants des Gardiens a été publiquement signalée.

Les services de renseignement européens et américains évaluaient leur nombre à quelques centaines et les pensaient cantonnés à des missions de conseil, de formation ou de commandement.

"La présence iranienne en Syrie était et reste un motif d'inquiétude étant donné les ressources dont Téhéran dispose et le soutien inconditionnel qu'il apporte au régime d'Assad", souligne un membre anonyme de l'administration américaine.

Pour Scott Lucas, d'EA Worldview, un site internet consacré à l'Iran, tout indique que plusieurs centaines de conseillers et de formateurs iraniens se trouvent en permanence en Syrie.

"Depuis septembre 2012, lorsque le soutien a été publiquement annoncé par les Gardiens de Révolution, l'Iran a pu faire tourner plusieurs milliers d'hommes en Syrie", poursuit-il.

"Ils essaient de coopérer avec les Syriens pour accroître les effectifs sur le terrain et pour s'assurer qu'ils tiennent leurs positions et mènent certaines opérations offensives."

Ces effectifs, dit-on de sources proches des oppositions syrienne et iranienne, arrivent en Syrie via la Turquie, qui ne demande pas de visa aux ressortissants iraniens. D'autres passeraient par l'Irak, tandis que les cadres gagneraient Damas par les airs.

"Tout le monde était tellement focalisé sur les préparatifs de (la conférence internationale) de Genève II que c'est passé inaperçu et l'Iran en a profité pour aider davantage Assad", ajoute l'ancien membre de l'administration iranienne.

UNE AIDE CRUCIALE

"Cela s'est intensifié ces derniers mois", confirme un responsable turc. "Selon nous, ils voulaient donner l'avantage à Assad avant Genève II. Nous en avons informé le gouvernement iranien, mais je dois souligner que la plupart des Iraniens étaient porteurs de passeports non-iraniens", ajoute-t-il.

Pour certains observateurs, ce soutien accru a conduit Bachar al Assad à ne pas juger nécessaire de faire la moindre concession lors des pourparlers de Genève.

Selon un membre de l'opposition syrienne, des unités des forces gouvernementales commandées par des Iraniens opèrent depuis quelques mois dans les zones côtières, notamment à Tartous et à Lattaquié, ce qui n'a pas pu être confirmé de sources indépendantes ou iraniennes.

"Ils sont là pour sécuriser les routes côtières étant donné l'importance des ports et des réserves offshore de pétrole et de gaz. Ils ont tous des cartes d'identité locales, ils portent des uniformes de l'armée syrienne et travaillent en particulier avec les services de renseignement de l'armée de l'air", précise-t-il.

D'après Reuel Marc Gerecht, ancien agent de la CIA au Moyen-Orient, l'Iran cherche à éviter une implication directe dans les combats, notamment parce que la plupart de ses hommes présents en Syrie ne parlent pas arabe.

"Il serait difficile d'intégrer des Iraniens dans des combats et ils devraient mener leurs propres opérations parce qu'ils rechignent à se placer sous les ordres d'alaouites.

"Je suppose qu'il revient au Hezbollah d'assurer la liaison et de soutenir les miliciens, tandis que les Iraniens ont la tâche plus facile de s'occuper de l'armée syrienne. Le Hezbollah est bien plus efficace avec d'autres arabes, en particulier ceux qui ne sont pas formés", juge-t-il.

Le rôle de l'Iran en matière de formation et de coordination est essentiel à la survie du régime, estime quant à lui Torbjorn Solvedt, consultant chez Maplecroft, une société d'analyse du risque.

"L'implication de membres des Gardiens de la Révolution et de milices chiites telles que le Hezbollah reste crucial dans l'effort de guerre du régime syrien", dit-il.

Jean-Philippe Lefief pour le service français; édité par Bertrand Boucey

reuters.com

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