Vladimir Poutine confronté à des choix difficiles sur l'Ukraine
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par Timothy Heritage
KIEV (Reuters) - Les bouleversements politiques en Ukraine, où un nouveau pouvoir pro-européen vient de succéder au président Viktor Ianoukovitch que soutenait le Kremlin, place Vladimir Poutine devant des choix difficiles.
La chute de Ianoukovitch prive le maître du Kremlin d'un allié crucial, qui lui permettait de maintenir l'Ukraine, berceau de la civilisation russe, dans ce qu'il considère comme l'orbite de Moscou.
Son grand rêve de mettre en place un gigantesque espace économique regroupant autant que possible d'anciennes républiques soviétiques pour contrer la puissance de la Chine et des Etats-Unis est peut-être bien réduit à néant.
Se lancer dans une surenchère avec l'Union européenne pour garder les faveurs de l'Ukraine serait risqué. Moscou peut difficilement proposer plus que le plan de 15 milliards de dollars offert à Kiev en décembre dernier. Et des mesures plus énergiques, comme la prise de contrôle des régions russophones de l'Est ukrainien, risqueraient de déclencher un conflit bien plus grave.
Pour l'heure, Vladimir Poutine n'a fait aucune déclaration publique, même s'il a eu au téléphone le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel. Le maître du Kremlin a veillé à rester silencieux jusqu'à la clôture, dimanche soir, des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi, en territoire russe.
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De leur côté, les manifestants de la place de l'Indépendance, à Kiev, attendent anxieusement de savoir ce qu'il va faire.
"Nous savons tous que Poutine aime l'ingérence", déclare un manifestant de 25 ans, Alexeï Tsitoulski, originaire de Crimée, une région qui était russe avant d'être donnée à l'Ukraine en 1953 par Nikita Khrouchtchev, lequel était ukrainien.
"S'il décide de chercher à s'emparer de régions comme la Crimée ou d'autres régions de l'Est, nous irons nous battre. Nous ne permettrons pas que l'Ukraine soit scindée en deux", dit-il.
L'UE PROMET UNE AIDE IMPORTANTE
Pareille déclaration illustre à quel point les enjeux sont importants au moment où Poutine cherche à sauver la face dans la partie d'échecs géopolitique en cours en Ukraine, partie que, jusqu'à la semaine qui vient de s'écouler, il semblait en train de gagner.
Washington a prévenu dimanche que l'envoi de troupes russes en Ukraine serait une "grave erreur".
Vladimir Poutine avait remporté une victoire décisive en novembre dernier quand Viktor Ianoukovitch avait refusé de signer un accord de partenariat avec l'Union européenne et avait préféré renforcer les relations économiques de l'Ukraine avec Moscou.
C'est à ce moment-là que la Russie a débloqué un plan d'aide de 15 milliards de dollars pour une Ukraine fortement endettée et s'est engagée à baisser les prix du gaz russe exporté vers Kiev.
Mais Ianoukovitch était la cheville ouvrière de cet accord et sa chute le remet en question. Les dirigeants de ce qui était jusqu'à ces derniers jours l'opposition ukrainienne, comme nombre des manifestants de Kiev, veulent un rapprochement avec l'Union européenne et redoutent d'être de nouveau "aspirés" vers la Russie.
Moscou peut, comme moyen de pression pour maintenir Kiev dans son orbite, bloquer les fonds d'aide; ces derniers jours, la Russie a laissé entendre de plus en plus ouvertement que cela pourrait être le cas. L'autre moyen de pression serait d'augmenter les droits de douane sur les produits importés d'Ukraine.
Le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a déclaré dimanche que Moscou ne débloquerait la deuxième tranche du plan d'aide, tranche d'un montant de deux milliards de dollars, que lorsqu'un nouveau gouvernement serait en place à Kiev.
Par la voix du commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn, l'UE a répliqué en promettant une "aide importante" si le prochain gouvernement ukrainien se tourne vers l'ouest plutôt que vers l'est.
L'AVERTISSEMENT DE BORIS NEMTSOV
Le chef du Foreign Office britannique, William Hague, a lancé cette mise en garde: "S'il y a plan d'aide économique, il sera essentiel que la Russie ne fasse rien qui soit susceptible de le saper", a-t-il dit à la BBC-télévision.
Moscou a adressé un autre signal en dépêchant le député Alexeï Pouchkov, un fidèle de Vladimir Poutine, à la réunion des dirigeants des régions russophones qui s'est tenue samedi à Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine.
Les dirigeants de ces régions ont annoncé qu'ils ne reconnaissaient plus les décisions prises par le parlement national, défi qui pourrait abonder dans le sens de la Russie si le Kremlin a des velléités d'annexion.
Car Vladimir Poutine peut-il accepter une défaite aussi humiliante alors qu'il semblait l'emporter il y a quelques jours encore en Ukraine? Cela serait un coup particulièrement dur pour lui alors même que son grand succès diplomatique de 2013 -l'accord obtenu de la Syrie qu'elle livrerait ses armes chimiques- semble désormais contrecarré par la lenteur de l'évacuation de ces stocks d'armes.
Si l'Ukraine se tourne effectivement résolument vers l'UE, un tel revers diplomatique pour le maître du Kremlin pourrait jouer sérieusement en sa défaveur en Russie même.
La participation de l'Ukraine, avec son grand marché et ses ressources minérales, est en effet capitale à la réussite du projet d'Union eurasienne auquel tient Poutine.
Une perte d'influence de Moscou en Ukraine serait difficile à accepter pour les Russes, qui considèrent ce pays ni plus ni moins comme un vassal de Moscou.
Et la victoire des manifestants de la place de l'Indépendance à Kiev est suivie avec grand intérêt par les adversaires politiques de Poutine, dont les grandes manifestations de l'hiver 2011-2012, pour protester contre le résultat des législatives, s'étaient essoufflées peu à peu.
Avertissant que ces manifestants-là pourraient tôt ou tard redescendre dans la rue, l'un des chefs de file de l'opposition russe, Boris Nemtsov, écrit ceci: "Poutine a davantage de moyens financiers (que Ianoukovitch) et les gens, ici, sont patients. Mais leur patience n'est pas non plus infinie".
Eric Faye pour le service français
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