A Sébastopol, les marins ukrainiens assiégés
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A Sébastopol, les marins ukrainiens assiégés
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par Andrew Osborn
SEBASTOPOL Ukraine (Reuters) - Le nouveau chef de la marine ukrainienne était en fonction depuis seulement un jour lorsqu'il s'est retrouvé bloqué derrière les murs blancs de son quartier général à Sébastopol, cerné par des soldats russes et des manifestants hostiles aux autorités issues de l'insurrection à Kiev.
Durant le week-end, les forces russes appuyées par leurs partisans ont pris le contrôle des points stratégiques de Crimée sans avoir à tirer un seul coup de feu. Cette République autonome, cédée par la Russie à l'Ukraine en 1954, est peuplée à près de 60% par de Russes de souche.
Le port de Sébastopol, dont une grande partie des installations est louée à la Russie, abrite la plupart des navires de la Flotte russe de la mer Noire.
Le contre-amiral ukrainien Serhiy Haïdouk a annoncé lundi matin à ses hommes que son prédécesseur, Denis Berezovski, avait été relevé de ses fonctions et devrait répondre de haute trahison pour voir refusé de reconnaître le nouveau gouvernement de Kiev.
Les marins au garde-à-vous avaient alors entonné l'hymne national ukrainien.
Quelques heures plus tard, l'amiral Haïdouk était confiné dans son QG.
Deux navires seulement - sur la dizaine de bâtiments de la marine ukrainienne basés à Sébastopol près de la flotte russe - restent sous son commandement. Pas plus que leur chef, ils ne sont libres de leurs mouvements: un dragueur de mines russe s'est opportunément placé devant leur poste d'amarrage pour les empêcher de prendre la mer.
"Un officier russe est monté à bord des deux navires pour discuter. Les bateaux ukrainiens ont voulu appareiller mais ils en ont été empêchés, ils sont bloqués par le dragueur de mines", explique un guide qui fait normalement visiter le port aux touristes.
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DRAPEAUX RUSSES
Depuis l'éclatement de l'Union soviétique en 1991, les deux flottes cohabitaient sans problèmes mais la décision de Moscou de prendre le contrôle de la Crimée, officiellement pour assurer la sécurité des ressortissants russes et de ses installations militaires, a été considérée par le nouveau pouvoir à Kiev comme une "déclaration de guerre".
Dans la ville de Sébastopol, deux jeunes hommes en tenue camouflée, présentés par les militants pro-Kremlin comme des soldats russes, se tiennent devant les grilles de la base navale ukrainienne.
Le visage en partie caché par une cagoule, ils refusent d'être pris en photo. L'un d'eux est armé d'un fusil-mitrailleur, l'autre d'un fusil d'assaut Kalachnikov.
Plus loin, le long de l'enceinte, six autres soldats sont en faction.
Un militant pro-russe qui refuse de donner son nom veut que l'amiral Haïdouk sorte de la base et se déclare "du côté du peuple" et non des "putschistes" de Kiev.
"Il se cache là-dedans. Nous ne demandons pas aux soldats à l'intérieur de rendre leurs armes mais nous voulons savoir qu'ils sont avec nous", dit-il.
Les manifestants sont environ deux cents, certains membres du "Bloc russe", parti criméen favorable au Kremlin. Ils brandissent des drapeaux tricolores blanc-bleu-rouge et le vieux pavillon de la marine russe, blanc frappé d'une croix de saint André bleue, ainsi que des bannières datant de l'époque soviétique.
"LE FASCISME NE PASSERA PAS"
Sur les murs de la base ukrainienne, une affiche proclame que "le fascisme ne passera pas", une autre appelle l'armée ukrainienne à se ranger du côté du peuple.
Une forte odeur d'alcool flotte dans l'air. Martial, rappelant l'héroïsme de la "Grande Guerre patriotique" menée contre les nazis, l'hymne national russe retentit. Deux manifestants retiennent difficilement des chiens d'attaque qui tirent furieusement sur leur laisse.
"Tout ce que nous voulons, c'est que les gars qui sont enfermés là-dedans viennent avec nous, avec le peuple", dit Vladimir Branec, un mécanicien de 38 ans. "C'est une manifestation pacifique... Tout ce qu'ils ont à faire, c'est de tourner le dos à l'Ukraine et de jurer fidélité au peuple de Crimée."
Les manifestants ont garé trois voitures devant les grilles de la base.
A la nuit tombée, un jeune homme dont le frère, un marin ukrainien, est bloqué à l'intérieur, s'en prend aux militants pro-russes. "Pourquoi faites-vous cela ? Les soldats russes assurent déjà la sécurité, on n'a pas besoin de vous!"
Mikhaïl, un homme d'affaires de 34 ans, explique que les militaires russes veulent protéger la base ukrainienne contre d'éventuels "provocateurs".
"Si les soldats russes s'en vont, n'importe qui pourra s'approcher en voiture et ouvrir le feu. Imaginez qu'un journaliste soit là 'par hasard' et filme, le tollé que ça fera, on mettra ça sur le compte des Russes, ça pourrait servir de prétexte à une intervention internationale..."
(Guy Kerivel pour le service français)
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