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Poutine passe du terrain militaire à l'économie sur l'Ukraine

reuters.com

Publié le 04 mars 2014 à 12:22 - Mis à jour le 04 mars 2014 à 20:20

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par Vladimir Soldatkin et Alissa de Carbonnel

MOSCOU/KERTCH, Ukraine (Reuters) - Vladimir Poutine a temporairement écarté mardi l'idée d'une intervention armée en Ukraine, s'éloignant du terrain militaire pour se porter sur le terrain économique et répondre aux menaces occidentales de sanctions contre Moscou.

Le président russe, qui s'exprimait pour la première fois en public depuis la destitution de son allié Viktor Ianoukovitch le 22 février, a alterné la fermeté et ce qui peut apparaître comme le signe d'une détente après plusieurs jours de tensions.

Alors que le chef du Kremlin exposait son "évaluation" de la crise ukrainienne, le secrétaire d'Etat américain John Kerry est arrivé à Kiev et a annoncé une assistance économique et technique des Etats-Unis aux nouvelles autorités au pouvoir.

Un responsable américain, voyageant avec Kerry, a précisé que la Maison blanche travaillait avec le Congrès pour proposer des garanties de prêt d'un montant d'un milliard de dollars.

Le département du Trésor américain a promis l'envoi d'experts pour conseiller les dirigeants de la banque centrale ukrainienne et le ministère des Finances sur la manière de faire face aux défis économiques et de combattre la corruption.

Devant la presse, Vladimir Poutine a rappelé que la dette ukrainienne sur les livraisons de gaz russe atteindrait près de deux milliards de dollars si Kiev n'était pas en mesure de payer sa facture de février.

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Le passif actuel est compris entre 1,5 et 1,6 milliard de dollars et la société Gazprom a annoncé qu'elle allait supprimer en avril le tarif préférentiel consenti à l'Ukraine.

L'intervention en Crimée s'est répercutée sur la Bourse de Moscou qui a chuté de 10% lundi, soit une perte sèche de près de 60 milliards de dollars de la valeur des entreprises russes.

Vladimir Poutine a expliqué ce repli comme une décision "stratégique et temporaire" des investisseurs.

KIEV DEMANDE L'AIDE DU FMI

Les Occidentaux, peu tentés par une aventure militaire en Crimée, entendent afficher un soutien économique à une Ukraine au bord de l'asphyxie financière.

Le montage de cette assistance se ferait en concertation avec les partenaires de Washington et via un plan du Fonds monétaire international (FMI) dont une équipe d'experts est arrivée dans la capitale ukrainienne ce week-end.

Le nouveau gouvernement a demandé au FMI une aide d'au moins 15 milliards de dollars pour éviter la faillite.

"Les Etats-Unis sont prêts à fournir une assistance et un financement de nature à aider les entreprises ukrainiennes à trouver de nouveaux marchés à l'exportation et à faire face aux pressions commerciales afin d'améliorer l'efficacité énergétique et réduire la dépendance à l'égard des importations de gaz", a dit la présidence américaine.

Voulant éviter de se faire prendre de vitesse par les Occidentaux, comme cela a été le cas lors des négociations entre Viktor Ianoukovitch et l'opposition, Vladimir Poutine a dit que la Russie avait l'intention de contribuer aux mesures que proposerait le FMI.

Le président russe a rappelé que son pays avait promis en décembre une aide de 15 milliards de dollars à l'Ukraine après la volte-face de Viktor Ianoukovitch qui avait refusé de ratifier un partenariat négocié depuis plusieurs années avec l'Union européenne.

Moscou a déjà débloqué trois milliards de dollars en décembre et s'apprêtait à verser la deuxième tranche de deux milliards quand la situation s'est embrasée à Kiev.

"Sur le principe, nous étions prêts à envisager de nouvelles étapes pour débloquer des tranches supplémentaires", a commenté Vladimir Poutine. "Mais nos partenaires européens nous ont demandé de ne pas le faire", a-t-il ajouté.

"LECTURE"

Les déclarations du chef de l'Etat russe n'ont pas apaisé les Occidentaux qui maintiennent l'idée de sanctions économiques contre Moscou qui pourraient intervenir dans les prochains jours si la Russie ne choisit pas l'option de la "désescalade".

Pour Vladimir Poutine, la seule "lecture" qui peut être faite des événements politiques en Ukraine est celle d'un "coup d'Etat anticonstitutionnel". C'est à la lumière de cette évaluation que le président russe se réserve le droit d'une intervention armée, mais "absolument en dernier ressort".

Il a affirmé que les hommes armés qui ont pris position en Crimée ces derniers jours appartiennent à des "forces d'auto-défense" et non à l'armée russe qui a reçu l'ordre de cesser ses manoeuvres dans la partie occidentale de la Russie.

Une mission de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) est arrivée à Kiev et devrait se rendre en Crimée pour surveiller la situation dans la péninsule.

Souhaitant apaiser les tensions sur le terrain, Moscou a accepté de rencontrer mercredi des représentants de l'Otan dans le cadre d'une réunion du conseil Otan-Russie.

Des discussions entre ministres ukrainiens et russes ont par ailleurs débuté mardi, selon le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

Autre concession de Moscou, Vladimir Poutine a reconnu avoir discuté récemment avec Viktor Ianoukovitch, réfugié en Russie, et lui avoir expliqué qu'il n'avait plus d'avenir politique.

Washington a de son côté promis de former des observateurs ukrainiens pour assurer le bon déroulement de la présidentielle du 25 mai, un scrutin que Moscou ne reconnaîtra pas s'il se déroule dans l'actuel climat de "terreur".

Signe de la méfiance qui persiste dans la région, la Turquie a fait décoller d'urgence huit chasseurs F-16 après qu'un avion de surveillance russe a été signalé volant le long de sa côte sur la mer Noire.

(Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi Salaün)

reuters.com

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