Etrange négociation au sommet d'une colline de Crimée
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Etrange négociation au sommet d'une colline de Crimée
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par Andrew Osborn
BASE AERIENNE DE BELBEK Ukraine (Reuters) - Juchée sur une colline de Crimée donnant sur la mer Noire, la base aérienne de Belbek en Ukraine est tombée en fin de semaine dernière aux mains des forces pro-russes, et avec elle ses avions de chasse MiG-29.
Mardi, les militaires ukrainiens qui volaient encore récemment à bord de ces appareils ont essayé de les récupérer, en vain. Leur tentative de négociation a même donné lieu à des scènes étranges, mêlant chants patriotiques, partie de football et tirs de sommation.
Commandant du 204e groupement tactique de l'armée de l'air ukrainienne, le colonel Iouli Mamtchour a pris mardi matin la tête d'une colonne de plusieurs centaines d'hommes partie gravir la route sinueuse menant de la caserne située au pied de la colline jusqu'à la piste d'envol posée au sommet.
Brandissant le drapeau bleu et jaune de l'Ukraine ainsi qu'une bannière rouge de l'époque soviétique, ses hommes ne portaient pas d'armes même s'ils pensaient avoir affaire à plus de 300 soldats russes.
Durant leur marche, tout en passant à côté d'une antenne radar rouillée et de la carcasse abandonnée d'un hélicoptère soviétique, ils ont entonné l'hymne national ukrainien.
"Marchez. Nous sommes les maîtres ici! L'Amérique est à nos côtés!", a hurlé une voix tandis que les soldats ukrainiens, dont beaucoup portaient des coiffes fourrées, progressaient vers un lieu où ils savaient que les Russes bloquaient l'accès à l'aérodrome.
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Ils s'y sont rendus avec une proposition: pouvoir garder leur propre base avec les hommes de Moscou et remplir leurs devoirs habituels.
NEZ À NEZ AVEC UN "TIGRE"
Sur l'étroite route goudronnée, ils sont bientôt tombés sur un "Tigre", l'équivalent blindé russe du Humvee américain.
Devant le véhicule se tenaient trois hommes armés de kalachnikovs. Sur la gauche, des tireurs avaient pris position derrière une crête. Des armes étaient aussi pointées en direction des militaires ukrainiens sur la droite.
Les trois hommes armés postés devant le "Tigre" leur ont crié de s'arrêter. Les Ukrainiens ont continué à avancer.
L'un des trois hommes a alors levé son fusil d'assaut et tiré une salve en l'air. "Stop, je vous dis, sinon je serai obligé de vous tirer dans les jambes", a-t-il crié.
Si certains se sont couchés au sol en entendant le crépitement de la kalachnikov, les Ukrainiens ont continué à avancer avant de s'arrêter face aux hommes en armes.
Le colonel Iouli Mamtchour a alors fait un pas en avant. Les pourparlers ont pu commencer. Ils se sont toutefois éternisés au point que, dans une scène surréaliste, des militaires ukrainiens ont décidé de passer le temps en entamant une partie de football sur la pelouse bordant la route, sous le regard des hommes en armes.
La confrontation a pris fin dans le calme. Au bout de plusieurs heures, de longues palabres et de nombreux appels téléphoniques, Iouli Mamtchour a déclaré aux journalistes qu'il avait décidé de ramener ses hommes en bas de la colline en attendant de savoir si les Russes allaient le laisser reprendre possession de sa base.
"L'aérodrome est entièrement contrôlé par les Russes", a-t-il dit. "Je leur ai dit que j'allais ramener mes hommes en bas et attendre qu'ils m'appellent."
Il a tout de même arraché une concession: qu'une dizaine de ses hommes restent sur place pour participer à la garde du site.
Au pied de la colline, les épouses de certains militaires ukrainiens ont veillé toute la nuit devant la caserne.
Prié de dire combien de temps durerait cette situation, le colonel Mamtchour a répondu: "Dieu seul sait."
(Bertrand Boucey pour le service français)
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