En Crimée, Ukrainiens et Russes attendent
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En Crimée, Ukrainiens et Russes attendent
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par Alissa de Carbonnel
KERTCH Ukraine (Reuters) - Entre les militaires ukrainiens coincés dans leurs casernes et les Russes qui les encerclent, une "drôle de guerre" s'est installée en Crimée.
Depuis que les Russes ont pris sans coup férir le contrôle de la péninsule ukrainienne, chacun attend. Pas de mort, pas de véritable affrontement.
Des militaires ukrainiens ont bien tenté de reprendre certains sites mais les Russes ont repoussé sans problème ces tentatives isolées, en prenant soin de ne pas vraiment recourir à la force.
Des navires de guerre russes bloquent le détroit de Kertch, qui, entre la mer Noire et la mer d'Azov, sépare l'Ukraine et la Russie. Pour les responsables ukrainiens, les Russes tentent ainsi de renforcer l'isolement des militaires ukrainiens pour les amener à se rendre ou à changer de camp.
"Ils essaient de nous briser", marmonne un officier ukrainien à Kertch, la ville qui a donné son nom au détroit.
Des ultimatums ont été lancés aux soldats ukrainiens pour qu'ils prêtent allégeance au nouvel exécutif de Crimée, région autonome d'Ukraine désormais passée de facto sous la tutelle de Moscou. Ils ont expiré sans que rien ne se passe.
La Russie, dont la Flotte de la mer Noire est basée en Crimée, a déployé sur la péninsule 16.000 soldats supplémentaires en plus de ses forces déjà présentes sur place, estiment les autorités ukrainiennes. L'Ukraine compte pour sa part moins de 20.000 militaires en Crimée, où ils sont désormais bloqués par ceux-là mêmes avec lesquels ils ont longtemps cohabité.
Les pères et les grands-pères de certains de ces hommes ont combattu ensemble au sein de l'armée soviétique avant l'éclatement de l'URSS en 1991.
"ON DIRAIT DES ROBOTS"
Lorsque des hommes armés s'exprimant en russe et vêtus de noir sont entrés de force dans un poste-frontière ukrainien à Kertch dans la nuit de lundi, il n'y a pas eu de combat.
"Le premier coup de feu tiré ferait dégénérer le conflit, nous avons décidé de ne pas utiliser nos armes pour défendre la base", dit le capitaine Sergueï Chamchourov, adjoint au commandant du poste-frontière.
A Kertch, militaires ukrainiens et russes se côtoient nonchalamment, leurs armes non chargées.
"Nous sommes avec eux comme avec les nôtres", dit un jeune Ukrainien en tenue de combat, la tête couverte d'une coiffe en fourrure.
Des tirs de sommation ont certes retenti lorsque des pilotes de l'aviation ukrainienne ont voulu en vain récupérer leurs appareils sur l'aérodrome de Belbek, de l'autre côté de la péninsule. Il semble que ces coups de feu aient été les seuls tirés jusqu'à présent.
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Durant les pourparlers à l'aérodrome de Belbek, qui se sont achevés par un retour des pilotes dans leurs baraquements, des militaires ukrainiens ont tué le temps en jouant au football. Les soldats russes les ont simplement regardés, sans manifester la moindre émotion.
"On dirait des robots. Quand on essaie de leur parler, ils sortent des blagues. On a laissé tomber", dit Sergueï Chamchourov, resté au poste-frontière de Kertch où les Ukrainiens laissent les intrus utiliser leurs toilettes.
"On continue de faire ce qu'on faisait tous les jours et à lever les couleurs (...) Nous ne nous sommes pas rendus. Nous n'avons pas trahi notre serment."
OBÉIR AUX ORDRES
Certains militaires ukrainiens considèrent même que leurs homologues russes leur servent de protection, pas contre les nationalistes ukrainiens comme le prétendent les médias et les responsables russes, mais contre des foules pro-russes qui ont encerclé leurs bases.
"La présence de l'armée d'un pays voisin est contrariante mais pour le moment, elle se trouve entre nous et nos compatriotes qui désirent une sorte de changement radical", souligne le commandant Alexeï Nikiforov, de la marine ukrainienne, en choisissant avec soin chacun de ses mots.
Combien de temps les Ukrainiens vont-ils tenir ainsi? Jusqu'où ira la patience des Russes?
La prochaine grande échéance pourrait être le référendum que les nouvelles autorités pro-russes de Crimée entendent organiser le 30 mars sur l'avenir de la péninsule.
"Nous espérons que nos dirigeants politiques vont mettre de côté leurs ambitions et ne nous forceront pas à nous tirer dessus", dit Alexeï Nikiforov. "Au bout du compte, nous sommes des individus qui obéissons aux ordres. Aujourd'hui nous sourions, mais demain nous pourrions recevoir l'ordre de tirer."
(Bertrand Boucey pour le service français)
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