Les fantômes de la guerre resurgissent en Ukraine
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par Timothy Heritage
KIEV (Reuters) - Près de soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les fantômes du conflit ressurgissent dans la bataille pour l'avenir de l'Ukraine.
Dans un pays longtemps soumis au joug stalinien et occupé par l'Allemagne nazie, les mots "communiste" et "fasciste" ne sont d'ordinaire pas employés à la légère.
Mais après trois mois de crise à Kiev et l'épreuve de force engagée par Moscou avec les Occidentaux sur le sort de la Crimée, l'étiquette "fasciste" est désormais régulièrement brandie, principalement par la Russie, parfois aussi par les Occidentaux.
L'objectif du Kremlin est de discréditer les nouvelles autorités de Kiev en les assimilant à l'extrême droite et de fournir une justification à une éventuelle intervention militaire.
Les affiches apparues à Sébastopol, port d'attache de la Flotte russe de la mer Noire, en vue du référendum de dimanche sur le rattachement de la Crimée à la Russie, puisent dans la rhétorique de ce que l'Union soviétique baptisa la Grande Guerre patriotique.
L'une montre deux cartes de la Crimée, la première recouverte du drapeau russe, l'autre barrée de la croix gammée, pour résumer le choix offert aux habitants de la région.
Une autre affiche exhorte la population à barrer la route au fascisme et aux ultranationalistes de Secteur Droit, un mouvement paramilitaire d'extrême droite minoritaire mais très actif durant les manifestations antigouvernementales à Kiev.
Le référendum, suggère encore un autre slogan, permettra d'écarter la menace de l'UPA, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne qui combattit contre l'URSS et collabora avec les nazis pendant la guerre.
LE "RETOUR DES NAZIS"
Ce langage fait écho à celui employé par Viktor Ianoukovitch, le président destitué par le parlement de Kiev le 22 février, qui déclarait dans une interview télévisée après sa chute: "Nous assistons au retour des nazis, l'époque où dans les années 1930, les nazis sont arrivés au pouvoir en Allemagne et en Autriche. C'est la même chose aujourd'hui."
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La pire insulte est de qualifier un rival de "banderovets", un mot forgé à partir de Stepan Bandera, chef du mouvement nationaliste ukrainien né dans l'ouest de l'Ukraine et accusé par la Russie de s'être rangé aux côtés de l'Allemagne nazie.
"Selon la version russe des événements, une bataille est en cours entre le bien et le fascisto-bandérovisme", note Taras Berezovets, consultant en communication politique à Kiev.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a parlé de pogrom pour qualifier les événements à Kiev, tandis que Vladimir Poutine met en garde contre le danger de l'ultranationalisme, du néofascisme et de l'antisémitisme en Ukraine.
La Russie n'est pas la seule à convoquer l'histoire. L'ancienne secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a comparé les actions de Moscou en Crimée aux annexions de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie par Adolf Hitler en 1938-39.
"Le terme 'fascisme' est aujourd'hui très employé en Russie mais aussi contre la Russie - beaucoup d'analogies sont établies dans les médias occidentaux avec la période de l'entre-deux-guerres et Poutine est comparé au dirigeant de l'Allemagne nazie", note Volodimir Fessenko, du think tank ukrainien Penta.
Le communisme est aussi devenu un gros mot dans certaines régions de l'Ukraine, où des statues de Lénine ont été déboulonnées, même s'il est toujours respecté dans d'autres.
Pour Dunja Mijatovic, responsable de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la rhétorique aujourd'hui employée à propos de l'Ukraine, ces références permanentes à la Seconde Guerre mondiale, rappellent la période qui précéda la guerre civile dans sa Bosnie natale entre 1992 et 1995.
"C'est terrible. Pour moi, c'est une impression de déjà vu."
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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