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L'affaire des écoutes de Sarkozy se retourne contre la majorité

reuters.com

Publié le 12 mars 2014 à 15:09 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:31

L'affaire des écoutes de Sarkozy se retourne contre la majorité

L'affaire des écoutes de Sarkozy se retourne contre la majorité

reuters.com

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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - L'affaire de la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy par la justice revient comme un boomerang sur l'exécutif socialiste, empêtré dans les explications sur ce que savaient les autorités dans un dossier à haut pouvoir polluant pour François Hollande.

Contredite la veille sur France 2 par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, la ministre de la Justice Christiane Taubira a écarté mercredi toute idée de démission, réclamée par l'opposition, niant avoir menti au sujet de sa connaissance des écoutes de l'ancien président Nicolas Sarkozy et de son avocat Thierry Herzog.

La garde des Sceaux s'est invitée au compte rendu du conseil des ministres pour défendre sa cause, tandis que dans la cour de l'Elysée, Jean-Marc Ayrault prenait la défense de celle qui a "toute sa place au gouvernement".

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, affirme pour sa part qu'il n'était au courant de rien, contrairement à ce qu'affirme le Canard enchaîné dans son édition de mercredi.

Quant à François Hollande, à qui le président de l'UMP Jean-François Copé demande de s'expliquer sur une "affaire d'Etat qui s'apparente à un véritable espionnage politique", il n'aurait selon Manuel Valls été mis au courant des écoutes que le 4 mars, trois jours avant les révélations du Monde.

Confronté à une fronde des avocats, le président s'est posé en garant de l'indépendance de la justice tout en se disant prêt à recevoir le bâtonnier de Paris, qui proteste contre ces écoutes, et le président de l'Union syndicale de la magistrature (USM), qui soutient les magistrats instructeurs.

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"LES AFFAIRES REPRENNENT"

"Les affaires, elles reprennent", a dit mardi François Hollande en forme de boutade devant quelques journalistes après un discours à l'Elysée.

De soupçons de mensonges en approximations sur fond d'attaques en règle de la droite, les derniers jours ont été difficiles pour l'exécutif, pris dans une tourmente qui ne bousculait au départ que le seul Nicolas Sarkozy.

Dans son éditorial du jour, Le Monde salue la "performance" de "'l'équipe Sarkozy', qui a réussi à inverser la charge des soupçons et à faire oublier, pour l'heure, ceux qui pesaient pour elle".

"Maintenant, le film se déroule à gauche", renchérit François Miquet-Marty, de l'institut Viavoice.

"En partant d'une affaire qui touche l'ancien président et ses relations, on tombe de Charybde en Scylla, les choses dégénèrent et se diluent dans le discrédit de la classe politique, sans qu'on y voie plus clair", a-t-il dit à Reuters.

Le politologue y voit une nouvelle preuve de l'incapacité de l'actuelle majorité à communiquer de façon claire.

"Il y a une impression de flou et d'incertitude dans les réactions avec à la fois un manque de précision en amont et des interventions pas forcément concertées", souligne-t-il.

DISCRÉDIT SUR LA CLASSE POLITIQUE

Il fait un parallèle avec l'épisode Leonarda Dibrani, jeune Rom d'origine kosovare expulsée de France avec sa famille, dont le sort a défrayé la chronique l'automne dernier.

"Comme dans l'affaire Leonarda, on voit un exécutif qui peine à avoir une action homogène et claire sur un événement important de l'actualité", remarque-t-il.

L'affaire des écoutes a exacerbé les relations droite-gauche en pleine campagne pour les élections municipales des 23 et 30 mars.

Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, a traité l'exécutif d'"équipe de fieffés menteurs", conduisant Jean-Marc Ayrault à affirmer n'avoir aucune "leçon" à recevoir de "pyromanes qui crient au feu".

A 15 jours d'un scrutin où l'abstention pourrait être forte, cette affaire jette un nouveau discrédit sur la classe politique dans un pays angoissé par la crise, rejetant au second plan médiatique les questions du chômage, dont la baisse s'amorce, et les négociations sur le "pacte de responsabilité" voulu par François Hollande pour relancer l'économie.

"Il y a une séparation entre de la vie quotidienne des Français et un monde politique en vase clos avec ses affaires et ses difficultés qui n'ont rien à voir avec celles des gens. Ce sont deux mondes qui se referment", note François Miquet-Marty.

Il juge peu probable une intervention présidentielle, qui pourrait pourtant avoir du sens "tant les enjeux sont importants et sensibles".

"François Hollande pourrait vouloir siffler la fin de la partie mais à 15 jours des municipales, c'est compliqué. Sa parole pourrait être discréditée car politiquement interprétée".

(Avec Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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