La bataille de Marseille, un enjeu national
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par Jean-François Rosnoblet
MARSEILLE (Reuters) - La bataille de Marseille entre le maire UMP sortant Jean-Claude Gaudin, qui brigue un quatrième mandat, et le socialiste Patrick Mennucci, vainqueur de primaires houleuses, s'annonce indécise et attise autant les appétits locaux que nationaux.
Dans l'ombre des deux favoris, le Front national promet un "tremblement de terre" dans la deuxième ville de France, où pourrait se jouer le sort électoral du PS et de l'UMP.
Les ténors du Parti socialiste ne cachent pas qu'une victoire à Marseille leur permettrait de masquer un possible désaveu à la mesure de l'impopularité de l'exécutif.
A droite, une défaite dans la cité phocéenne serait un cataclysme équivalent à la perte de Paris en 2001.
Pour le Front national, qui se pose en arbitre de cette confrontation, c'est l'occasion d'une implantation durable sur le terreau favorable de quartiers durement frappés par la crise, où le sentiment d'insécurité domine.
La sécurité reste un thème important de la campagne, mais les transports, la propreté ou l'emploi figurent aussi en bonne place.
Les candidats militent, tous bords confondus, pour un accroissement des moyens de la police municipale et pour un déploiement de la vidéosurveillance sur l'ensemble de la ville.
"Selon certains, Marseille serait la capitale de l'insécurité. C'est tout simplement faux", a souligné en janvier le procureur de Marseille, Brice Robin.
"On est certes dans le peloton de tête, mais on n'est pas plus en insécurité à Marseille qu'à Paris, Lyon, Nice ou Toulouse", a-t-il ajouté en faisant état d'une baisse de 4,12% de la délinquance à Marseille en 2013.
LE 3E SECTEUR, CLÉ DU SCRUTIN ?
Jean-Claude Gaudin, 74 ans, s'appuie autant sur sa faconde, son bilan et sa passion de la ville pour conserver un fief conquis en 1995 après 42 ans de règne de la gauche.
"Ce n'est pas le moment de revenir en arrière.? Maintenant, plus que jamais, il faut garder le bon cap?", martèle-t-il.
A l'inverse, les socialistes veulent croire que le temps de l'alternance a sonné.
Patrick Mennucci n'a pas de mots assez durs pour dénoncer le bilan qu'il juge "catastrophique" de la municipalité sortante, coupable selon lui "d'immobilisme et de renoncements".
Les sondages donnent pourtant l'avantage au maire sortant, mais avec une marge d'incertitude qui rend le scrutin indécis.
Selon le dernier sondage en date, une enquête BVA publiée le 10 mars, la droite l'emporterait au second tour avec 44% des voix, contre 36% à la gauche et 16% au Front national.
Le mode de scrutin particulier de Marseille, identique à celui de Paris et Lyon, nuance toutefois les statistiques. Dans ces trois villes, il ne suffit pas pour l'emporter d'engranger le plus de voix, mais de remporter le maximum d'arrondissements et de préférence les plus peuplés.
Les seize arrondissements marseillais sont répartis en huit secteurs électoraux. Droite et gauche en détiennent aujourd'hui chacune quatre pour un conseil municipal comptant 51 conseillers de droite, 49 de gauche et un élu Front national.
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Le basculement d'un secteur peut sceller le sort de l'élection. Or le sondage BVA donne Marie-Arlette Carlotti, ministre dans le gouvernement de Jean-Marc Aurault, en tête dans le 3e secteur, sésame vers l'Hôtel de Ville.
LE FN ATTEND SON HEURE
Vainqueur d'une primaire socialiste qui a réuni plus de 24.000 participants mais a aussi été marquée par des déchirures internes, Patrick Mennucci a obtenu le ralliement des écologistes d'EELV et de la gauche du MoDem marseillais.
Mais il devra composer avec la concurrence du Front de gauche et de deux listes de la société civile.
La première est conduite par l'ex-président de l'OM Pape Diouf, avec plusieurs élus verts dissidents, la seconde est menée par un professeur de médecine affilié au Parti radical de gauche (PRG). Une liste que le puissant président du conseil général Jean-Noël Guérini, en rupture de ban au PS, est fortement soupçonné d'avoir inspirée.
A droite, la candidature dissidente de Robert Assante, ex-adjoint de Jean-Claude Gaudin et maire du 6e secteur dans les quartiers Est, pourrait s'avérer problématique si ce dernier parvenait à franchir le premier tour, ce que semblent lui promettre les sondages. Une quadrangulaire s'imposerait alors.
Dans une ville qui a donné plus de 21% de ses suffrages à Marine Le Pen lors du premier tour de la présidentielle de 2012, le Front national a choisi d'investir des candidats pour la plupart inconnus du grand public.
Galvanisé par les sondages qui prédisent une poussée national du parti, le chef de file marseillais Stéphane Ravier veut croire à un séisme électoral.
Il ambitionne de conquérir l'un des huit secteurs pour ôter toute chance de victoire à la gauche et condamner la droite à une majorité relative.
Les sondages créditent le Front national d'un score compris entre 16 et 22% des intentions de vote. Les plus récents le situent autour de 17% sur l'ensemble de la ville.
Le taux d'abstention pourrait être son meilleur allié. En 2008, l'abstention avait atteint 42,26% au premier tour, 36,48% au second tour.
(Edité par Sophie Louet)
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