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Comment les séparatistes ont offert la Crimée à Moscou

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Publié le 13 mars 2014 à 14:33 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:31

Comment les séparatistes ont offert la Crimée à Moscou

Comment les séparatistes ont offert la Crimée à Moscou

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par Alissa de Carbonnel

SIMFEROPOL Ukraine (Reuters) - Il n'a fallu qu'une semaine à Sergueï Aksionov, élu chef du gouvernement de la république autonome de Crimée, pour faire voter une motion réclamant le rattachement à la Russie de la péninsule ukrainienne. "Un grand spectacle, un spectacle tragique", selon Leonid Pilounski, élu régional opposé à la manoeuvre.

En 2010, le parti d'Aksionov n'avait pourtant remporté que 4% des voix aux élections régionales, soit trois des 100 sièges de l'assemblée. Mais ce séparatiste russe de 41 ans a su retourner le parlement régional à coups de votes truqués et d'intimidations, dénoncent ses opposants.

Pour les nouvelles autorités de Kiev, il ne fait aucun doute, au vu de la rapidité des événements qui se sont déroulés en Crimée, que cet ancien homme d'affaires reconverti en politique est l'homme lige d'une campagne minutieusement orchestrée depuis Moscou.

La Russie soutient elle que ce qui se passe dans la péninsule, où les Russes de souche sont majoritaires, est la conséquence du "coup d'Etat anticonstitutionnel" qui a conduit à la chute du président Viktor Ianoukovitch.

Mais même des sources proches du Kremlin assurent qu'Aksionov a été choisi par la Russie.

"Moscou a toujours parié sur Ianoukovitch. Mais après le coup d'Etat du 22 février à Kiev, Moscou a décidé qu'il était nécessaire de soutenir la sécession de la Crimée. On a alors regardé qui pourrait prendre la tête de ce mouvement. C'est Aksionov qui a été choisi", affirme Sergueï Markov, un politologue généralement bien disposé à l'égard du Kremlin.

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"ILS NOUS ONT SUPPLIÉS, IMPLORÉS, MENACÉS"    Dans les quatre jours qui suivent la chute de Ianoukovitch à Kiev, tandis que les télévisions russes annoncent que des nationalistes ukrainiens vont marcher sur la Crimée, des groupes pro-russes de la péninsule battent le rappel: des volontaires rejoignent des milices d'autodéfense.

Le 26 février, des milliers de manifestants pro-russes se regroupent devant le siège du parlement régional. Des incidents éclatent avec des partisans de l'unité avec Kiev.

A l'intérieur, les élus régionaux doivent débattre de la tenue d'un référendum sur une plus grande autonomie vis-à-vis du pouvoir central. Le quorum n'est pas atteint, Leonid Pilounski et un autre élu refusant de signer la feuille d'émargement. "Ils nous ont suppliés, implorés, menacés", dit le premier.

Le lendemain avant le lever du soleil, des hommes armés entrent dans le bâtiment dont l'accès sera désormais interdit aux journalistes. Les téléphones portables de certains élus sont confisqués à l'entrée. Il ne sera plus possible de vérifier que le quorum est respecté.

Anatoli Moguiliov, Premier ministre régional désigné par Ianoukovitch, dont le Parti des régions contrôle 80 des 100 sièges du parlement de Simféropol, est bloqué à l'extérieur. Dans la nuit, le site internet du parlement annonce que 53 députés ont voté son remplacement par Aksionov, puis que 61 se sont prononcés pour la tenue d'un référendum sur la "souveraineté".

Pour le Kremlin, la procédure a été intégralement respectée.

Mais un député du Parti des régions alimente les doutes. Il confie à l'agence Reuters que sa voix a été comptabilisée alors qu'il ne se trouvait même pas à Simféropol et assure connaître au moins dix autres cas similaires au sien.

Sous couvert d'anonymat - il dit avoir reçu des menaces par SMS -, il explique que les doubles de cartes électorales qui permettent aux députés de voter ont été dérobés dans le coffre-fort du parlement afin de faire voter les absents.

"Laissez-moi vous expliquer comment ils ont fait peur aux gens: après ce premier vote truqué, ils nous ont informés qu'ils ouvriraient des enquêtes criminelles contre tous ceux qui oseraient parler."

Et comme les élus régionaux sont plus des hommes d'affaires que des politiciens de métier, il est très facile de faire pression sur eux. "Ils ont beaucoup à perdre."

UN VISITEUR DU KREMLIN

Par son statut particulier - seul territoire d'Ukraine peuplé majoritairement de Russes de souche, base de la Flotte russe de la mer Noire -, la Crimée est suivie de très près par Moscou.

Rendu public par WikiLeaks, un câble diplomatique adressé à Washington par l'ambassade américaine à Kiev en 2006 indique que des agents de Moscou sont de nouveau actifs dans la péninsule, moins de deux ans après la "Révolution orange" de l'hiver 2004-2005 qui a porté au pouvoir une classe politique antirusse.L'ambassade désigne notamment la Société russe de Crimée, une association dont le dirigeant, Sergueï Tsekov, est aujourd'hui vice-président du parlement régional de Simféropol et l'un des principaux lieutenants d'Aksionov.

L'objectif de la Société russe de Crimée et de sa branche politique, Unité russe, qu'Aksionov conduit aux élections de 2010 avec le succès que l'on sait, est clair: "L'avenir de la Crimée et de l'Ukraine réside dans une union avec la Russie."

A mesure que le pouvoir de Ianoukovitch semble se fragiliser, la présence du Kremlin en Crimée se fait plus visible.

Alors que Sergueï Glaziev, conseiller de la présidence russe, expose l'idée d'une "fédéralisation" de l'Ukraine et d'une décentralisation des pouvoirs, les médias locaux signalent début février la venue en Crimée d'un des plus proches conseillers de Vladimir Poutine, Vladislav Sourkov, un temps présenté comme l'"éminence grise" du président russe et spécialiste des régions séparatistes pro-russes comme l'Abkhazie ou l'Ossétie du Sud, en Géorgie.

Le 6 mars, un nouveau vote se tient à l'assemblée de Simféropol à l'instigation de Sergueï Aksionov et de ses alliés. Les députés se prononcent en faveur d'un rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie.

Une fois encore, un certain nombre d'élus disent qu'ils n'étaient pas présents. Aucun journaliste n'a assisté à la séance. La question n'était pas à l'ordre du jour.

Dans une vidéo fournie par le service de presse du gouvernement régional, on voit le président de l'assemblée, Vladimir Konstantinov, s'adresser à une dizaine de députés éparpillés sur les deux premiers rangs du parlement.

Lorsque la décision est annoncée, la foule réunie devant le Parlement scande des "Rossiya! Rossiya!" et agite le drapeau russe.

Le Parlement affirme que 78 députés ont voté la motion qui sera soumise ce dimanche à référendum.

(avec Alessandra Prentice et Aleksandar Vasovic à Simferopol, Peter Graff à Kiev; Henri-Pierre André pour le service français; édité par Jean-Philippe Lefief)

reuters.com

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