Erdogan accuse ses opposants de semer le chaos en Turquie
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par Daren Butler
ISTANBUL (Reuters) - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, à nouveau visé par la contestation populaire, accuse les manifestants qui se sont heurtés mercredi aux forces de l'ordre dans plusieurs villes de Turquie de chercher à provoquer le chaos à deux semaines des élections municipales.
Un homme âgé de 22 ans a été tué mercredi soir dans le quartier de Beyoglu à Istanbul après une dispute entre deux groupes rivaux. Un policier a succombé à une crise cardiaque dans la province de Tunceli, dans l'est du pays qui a lui aussi connu des rassemblements spontanés après la mort d'un adolescent blessé en juin lorsque faisait rage la contestation antigouvernementale.
A Istanbul, où plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées et ont tenté de rallier la place Taksim, symbole de l'opposition à Erdogan, des locaux du parti pour la Justice et le Développement (AKP) ont été "incendiés et détruits", a dit le chef du gouvernement.
"Vous êtes censés être des démocrates, des partisans de la liberté. Ce sont des charlatans, ils n'ont rien à voir avec la démocratie, ils ne croient pas au pouvoir des urnes", a commenté Erdogan lors de l'inauguration d'une ligne de métro à Istanbul.
"Ils se disent: 'Provoquons le chaos et nous verrons bien le résultat'. Mais mes frères à Ankara et en Turquie apporteront la réponse nécessaire le 30 mars", a-t-il ajouté.
Pour le Premier ministre, les violences qui ont accompagné les manifestations et les affaires de corruption qui touchent certains membres de son cabinet font partie d'un complot antigouvernemental.
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Il accuse notamment son ancien allié Fethullah Gulen, un religieux exilé aux Etats-Unis depuis 1999, d'user de son influence au sein de la police et de la justice pour affaiblir son autorité.
Gulen dément ces accusations et dénonce le style de plus en plus autoritaire imposé par Erdogan, qui compromet selon lui les réformes libérales engagées dans les années qui ont suivi son arrivée au pouvoir, il y a 11 ans.
RISQUE POUR L'AKP
Mercredi soir à Istanbul, la police anti-émeute a utilisé un canon à eau pour tenter de repousser un cortège qui approchait de la place Taksim, épicentre des manifestations l'été dernier.
Les manifestants entendaient dénoncer la mort d'un adolescent de 14 ans, victime d'un traumatisme crânien, décédé cette semaine après neuf mois passé dans le coma. L'enfant avait été blessé en juin dernier lors d'une bataille rangée entre manifestants et policiers alors qu'il allait acheter du pain.
Ses obsèques se sont déroulées mercredi dans un "cemevi", un lieu de culte de la minorité religieuse musulmane alévi, dans le quartier populaire d'Okmaydani, à Istanbul, où la foule a scandé des slogans comme "Tayyip (Erdogan) assassin!" et "Belkin est partout, la résistance est partout!".
Les alévis, qui ont une conception très libérale de l'islam, se sont souvent opposés aux politiques d'inspiration islamiste du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.
Malgré la contestation et les scandales de corruption l'AKP au pouvoir reste nettement en tête des intentions de vote.
"Les accusations de corruption (...) semblent avoir eu un impact limité sur la popularité électorale Erdogan et avoir tout au plus renforcé les divisions politiques dans une société déjà extrêmement polarisée", commente Wolfango Piccoli, directeur de la société de conseil Teneo Intelligence.
"(Mais) la mort d'un enfant qui allait acheter du pain pour sa famille transcende les clivages politiques et aura une résonance particulière dans les milieux populaires urbains et ruraux qui constituent la base du soutien d'Erdogan", ajoute-t-il.
Certains responsables de l'AKP sont apparemment conscients du risque. Selon les médias officiels, le vice-Premier ministre Bulent Aric a décidé qu'aucune musique ne serait jouée pendant sa campagne électorale par respect pour Berkin Elvan.
(Pierre Sérisier et Tangi Salaün pour le service français)
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