La Crimée, un symbole de l'identité russe essentiel à Poutine
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La Crimée, un symbole de l'identité russe essentiel à Poutine
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par Andrew Osborn
SEBASTOPOL Ukraine (Reuters) - Lorsque le président russe Vladimir Poutine s'est rendu l'an dernier dans la ville portuaire de Sébastopol, en Crimée, il a effectué un pèlerinage dans différents lieux associés à la tumultueuse histoire de la Russie.
Vêtu d'un costume sombre, il a déposé une couronne de fleurs devant un imposant monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale, visité une cathédrale considérée comme le berceau de l'orthodoxie russe et passé en revue la flotte stationnée en mer Noire, rappelant l'époque glorieuse des Tsars et des Soviétiques.
Son parcours, minutieusement organisé par le Kremlin, explique en partie pourquoi Vladimir Poutine, qui veut incarner la renaissance de la puissance russe, entend contrôler la Crimée de manière formelle ou informelle.
Pour lui comme pour de nombreux Russes, la Crimée est une petite partie de la Russie, d'une importance symbolique et historique, piégée à l'intérieur d'un pays étranger depuis la chute de l'URSS en 1991, date de l'indépendance ukrainienne.
La Crimée, où mouille l'une des quatre flottes de la marine russe, est un enjeu crucial pour le président qui espère ainsi imposer la puissance russe en mer Noire, face à la Turquie membre de l'Otan, et par là même en Méditerranée.
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Mais pour cet ex-agent du KGB, l'importance de la Crimée a des racines plus profondes. S'il décide d'annexer la région, plusieurs de ses opposants seraient ainsi prêts à louer son action.
"Si Poutine fait revenir la Crimée dans le giron de la Russie sans effusion de sang, il apparaîtra comme une figure historique majeure et personne ne peut rien contre ça", estime Ksenia Sobchak, personnalité de l'opposition et de la télévision russe.
Avant le référendum prévu dimanche en Crimée sur le rattachement de la région à la Russie, des milliers de soldats russes, sans insigne distinctif sur leurs uniforme, ont pris le contrôle des points stratégiques de la péninsule. Des nationalistes russes ont également lancé une importante campagne pro-russe à quelques jours du vote. Pour ces derniers, l'Ukraine doit faire partie de l'empire russe qu'ils rêvent de voir se reconstituer.
"COUVERT DE SANG"
L'histoire de la Crimée, rattachée à la Russie à la fin du XVIIIe siècle par l'impératrice Catherine II, s'accorde parfaitement à l'histoire que le président russe et ses conseillers s'efforcent de façonner pour donner à la Russie post-soviétique de la valeur et une nouvelle identité nationale.
Cette histoire mêle des chapitres de l'histoire des Tsars et de l'époque soviétique, met l'accent sur les victoires militaires et promeut l'Eglise russe orthodoxe et ses valeurs conservatrices comme la source de la conduite morale nationale.
"Chaque centimètre de Sébastopol est couvert de sang", déclare à Reuters Nikolaï, un officier de la marine marchande de 35 ans qui entend voter en faveur du rattachement de la Crimée à la Russie.
"De nombreux soldats russes sont morts pour cette terre. Comment la Russie pourrait-elle laisser l'Ukraine gâcher cela ?"
Si Vladimir Poutine rejetait les demandes de rattachement de la péninsule, cela pourrait lui nuire, souligne Nikolaï.
"Regardez sa cote de popularité en ce moment. Elle est élevée. Mais s'il ne soutient pas le rattachement de la Crimée à la Russie, les gens lui tourneront le dos."
Cette péninsule de la mer Noire n'est ukrainienne que depuis 60 ans. Sous domination russe pendant des siècles, elle a été cédée en 1954 à l'Ukraine par Nikita Khrouchtchev.
Pour de nombreux Russes, le référendum de dimanche est une occasion idéale de réparer ce qu'ils considèrent comme une injustice historique.
"Dans les années qui viennent tout le monde remerciera Poutine pour ce qu'il a fait", estimait Fiodor, un habitant de Sébastopol, lors d'un rassemblement pro-russe où la foule scandait : "Russie, Russie et "Moscou est notre capitale".
"Poutine restera dans l'histoire comme celui qui aura présidé à la renaissance du pays. Il sera celui dont on se souvient car il nous aura soutenus et il aura unifié le peuple russe."
Les russophones, qui représentent 58% des deux millions d'habitants de la Crimée, estiment que le pouvoir ukrainien en veut à leur culture et à la langue russe, et bon nombre d'entre eux voient dans le président russe un libérateur.
"Poutine n'est pas sur un billet de 100 dollars. Tout le monde ne l'aime pas. Mais nous aimons Poutine. Et alors ?", a déclaré Julia, femme au foyer russophone de 44 ans qui a participé cette semaine au blocus du quartier général de la marine ukrainienne.
"Si Barack Obama n'apprécie pas Poutine c'est son problème", a-t-elle dit. "Obama pointe la Russie du doigt et dit que la Russie en paiera le prix. Pourquoi le devrait-elle ? Il n'y a aucune violation des normes internationales. Espérons qu'Obama a assez de bon sens pour ne pas déclencher une Troisième Guerre mondiale".
(Clémence Apetogbor pour le service français, édité par Eric Faye)
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