L'UE prépare des sanctions ciblées contre la Russie
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par Adrian Croft et Jan Strupczewski
BRUXELLES (Reuters) - L'Union européenne doit mettre en oeuvre lundi la deuxième phase de sa "riposte graduée" aux actions russes en Ukraine en sanctionnant plusieurs dizaines de responsables russes et criméens, en réponse au rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie qu'elle juge illégal.
Les diplomates européens ont discuté tard dans la soirée de dimanche pour arrêter une première liste de 120 à 130 individus, parmi lesquels de hauts responsables militaires et politiques russes, visés par un gel des avoirs et une interdiction de visa en raison d'actions qui "menacent l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine".
La liste sera sans doute réduite avant la réunion des ministres des Affaires étrangères qui prendront une décision finale à Bruxelles dans la journée. Les chefs de la diplomatie de l'UE devraient également annuler un sommet UE-Russie prévu en juin à Sotchi, en Russie.
Après la prise de contrôle de la Crimée par l'armée russe début mars, en réaction à la destitution du président Viktor Ianoukovitch à Kiev une semaine plus tôt, les Européens ont suspendu le 6 mars leurs discussions avec Moscou sur un projet d'accord bilatéral de libéralisation des investissements et des visas. Les sanctions individuelles constituent une deuxième phase qui pourrait être suivie de mesures de rétorsion économiques, même si celles-ci divisent des pays membres aux intérêts divergents.
Le référendum organisé dimanche par les autorités pro-russes de Crimée n'a fait que renforcer la colère des Européens face à l'intervention militaire russe dans la région, en dépit des résultats montrant qu'une majorité écrasante d'habitants de la péninsule (plus de 95%) sont favorables à leur rattachement à la Russie, qui devrait être officialisé lundi.
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"TOTALEMENT INACCEPTABLE"
Dans un communiqué publié dimanche, l'Union européenne a redit que le référendum était illégal et illégitime et qu'elle ne reconnaîtrait pas son résultat.
"Il est très clair que le comportement de la Russie jusqu'à présent est totalement inacceptable", a déclaré le ministre néerlandais des Affaires étrangères Frans Timmermans, arrivé dès dimanche soir à Bruxelles pour une réunion des ministres socialistes des Affaires étrangères.
Frans Timmermans a dit s'attendre à des sanctions "relativement limitées" lundi, mais ajouté que d'autres mesures pourraient être prises rapidement, peut-être dès le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement jeudi et vendredi.
Le risque d'enclencher une escalade dommageable de sanctions et de représailles économiques entre l'Europe et la Russie dépend uniquement du Kremlin, a-t-il estimé.
Son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, accusant la Russie de préparer l'annexion de la Crimée, a jugé que Moscou n'avait pas accepté les moyens de sortie de crise qui lui avaient été offerts.
"Donc (lundi), nous devrons prendre les décisions qui afficheront clairement notre attitude face aux préparatifs de cette annexion", a-t-il dit sur l'antenne de la ZDF.
Le ministre allemand des Affaires étrangères a préconisé un processus de renforcement progressif des sanctions avec la possibilité d'arrêter à chaque étape.
Dans un communiqué, le secrétaire au Foreign Office britannique William Hague s'est dit favorable à l'envoi d'un "signal fort" à la Russie.
Quant au ministre français Laurent Fabius, il a invité la Russie "à prendre immédiatement des mesures permettant d'éviter une escalade inutile et dangereuse en Ukraine".
UN "RÉFÉRENDUM ILLÉGAL"
D'après le quotidien allemand Bild, les PDG des deux plus grands groupes russes - Alexei Miller de Gazprom et Igor Setchine de Rosneft - figureraient sur la liste des sanctions, une information démentie de sources diplomatiques.
Le président Vladimir Poutine et son chef de la diplomatie Sergueï Lavrov ne seront pas non plus concernés. Des parlementaires pourraient en revanche être visés.
Dans leur communiqué, les ministres européens condamneront un "référendum illégal" en Crimée qui s'est tenu "en présence visible de soldats armés", peut-on lire dans le projet à l'étude. Ils devraient dénoncer des actes d'intimidation contre des militants et journalistes, la fermeture en Crimée des chaînes de télévision ukrainiennes et le blocage de la libre circulation pour entrer ou sortir de la péninsule.
L'UE invitera de nouveau la Russie à engager des négociations directes avec le nouveau pouvoir à Kiev, que Moscou refuse de reconnaître, voyant dans la destitution de Viktor Ianoukovitch un coup de force mené par des "fascistes".
La crise ukrainienne a débuté fin novembre avec la décision de Ianoukovitch de ne pas signer un accord de libre-échange avec l'UE et de privilégier au contraire un rapprochement avec Moscou, ce qui a déclenché de vastes manifestations de rue en faveur de l'Europe, jusqu'à sa chute le 22 février.
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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