Vigilance à la frontière entre l'Ukraine et la Russie
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par Alastair Macdonald
FRONTIERE RUSSO-UKRAINIENNE (Reuters) - L'Ukraine a renforcé ses défenses après le coup de force de Moscou en Crimée mais au poste-frontière de Novoazovsk, dans l'est du pays, les gardes ukrainiens préfèrent minimiser la menace d'une invasion russe.
"Je pense que tout ira bien au bout du compte", déclare le sergent Olexi Romanenko, en levant la barrière pour laisser passer quelques véhicules en provenance de Russie, même s'il se dit prêt à "défendre son pays".
A ce poste-frontière situé sur l'autoroute M14, qui relie Rostov-sur-le-Don en Russie à la presqu'île criméenne 350 km plus à l'ouest en longeant les rives de la mer d'Azov, une chicane anti-chars constituée de hauts blocs de béton a été installée ces derniers jours.
Des pelleteuses ont également creusé une tranchée et édifié un rempart de terre sur plusieurs centaines de mètres.
Les autorités ukrainiennes ont médiatisé cette opération pour afficher leur détermination à repousser les Russes.
Kiev a annoncé la mort d'un soldat lors d'une fusillade mardi sur une base des faubourgs de Simféropol, la capitale de Crimée, et le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a estimé que le conflit avec la Russie était passé d'un niveau politique à un niveau militaire.
Mais les forces ukrainiennes sont largement inférieures en nombre et en armement à l'armée russe et hormis de petits détachements de camions militaires et quelques véhicules blindés aperçus dans la région ces derniers jours, aucun mouvement de troupes massif n'a été constaté.
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"MERCI M. GORBATCHEV"
Au poste de Novoazovsk, les gardes-frontières veillent avant tout à empêcher l'entrée de ceux que Kiev nomme les "agents du Kremlin", chargés de provoquer des affrontements dans les villes russophones de Donetsk ou Kharkiv afin de justifier une intervention russe, comme en Crimée.
Le capitaine Igor Lizohoub, commandant adjoint du poste, est chargé de vérifier les motifs des visiteurs russes. "Ceux qui donnent délibérément de fausses informations sont refoulés."
L'officier relativise en revanche les tensions avec les forces russes présentes de l'autre côté de la route, précisant que les deux postes-frontières maintiennent un contact par téléphone.
Quant aux automobilistes qui franchissent la frontière, seulement une vingtaine en une heure, ils s'inquiètent de cette situation, redoutant davantage la menace de difficultés économiques que celle d'un conflit militaire.
"Personne ne veut la guerre", déclare Sergueï Alexandrovitch, un homme d'affaires russe de 40 ans originaire de Rostov, qui vient rendre visite à des proches en Ukraine. "Nous avons de très bonnes relations économiques. La fermeture de la frontière serait très mauvaise pour les affaires."
Mais beaucoup d'habitants de l'est de l'Ukraine sont russophones et se sentent plus proches des Russes qui vivent de l'autre côté de la frontière que des ukrainophones de l'ouest du pays. Certains estiment, comme Vladimir Poutine, que le nouveau gouvernement de Kiev, qui comprend des ultranationalistes d'extrême droite, est à la fois illégal et fascisant.
Même si le président russe a promis mardi qu'il n'avait pas l'intention d'annexer d'autres régions ukrainiennes que la Crimée, il est commun d'entendre ces habitants souhaiter eux aussi un référendum sur le rattachement à la Russie. Dans cette région de Donetsk, l'effondrement de l'URSS sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev en 1991 reste un souvenir amer.
"Donnez-nous un référendum", lance Guennadi, 47 ans, tenancier d'un café près du poste-frontière, dont la seule existence le met en colère. "Il n'y avait pas de frontière ici du temps de l'Union soviétique. Merci, M. Gorbatchev."
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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