Les oligarques de l'Est ukrainien parient sur Kiev contre Moscou
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Les oligarques de l'Est ukrainien parient sur Kiev contre Moscou
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par Alastair Macdonald
DONETSK Ukraine (Reuters) - Au vu de la coopération qui s'instaure entre le pouvoir ukrainien et les oligarques de l'Est russophone, il sera plus difficile à Moscou de présenter une éventuelle intervention militaire comme une opération humanitaire destinée à protéger les populations de souche russe.
Le drapeau russe flotte en Crimée, dans le sud-est, mais dans l'Est ukrainien, il y a eu, dit un homme politique du bassin houiller du Donbass, "un accord entre les élites et le gouvernement régional de l'Est et le gouvernement central". Cet accord, ajoute-t-on, prévoit une décentralisation au profit des régions et des modifications constitutionnelles pour renforcer les droits linguistiques des russophones.
"Cela va contribuer à l'unité du pays", affirme-t-on.
Sans toutefois exclure une intervention de la Russie dans l'Est, Volodimir Kipen, analyste politique à Donetsk, souligne que les oligarques, soucieux de stabilité pour leurs affaires montées grâce à l'acquisition d'anciens biens soviétiques publics dans les années 90, sont en train de se rallier à ceux qui à Kiev ont renversé le pro-russe Viktor Ianoukovitch.
Et de souligner que les partisans du Kremlin qui avaient pris le parlement régional au début du mois et fait flotter le drapeau russe sur le bâtiment pendant près d'une semaine, n'ont pas réussi à s'imposer.
"Le modèle criméen a échoué dans le Donbass", affirme l'analyste.
Les rassemblements du week-end exigeant l'union avec la Russie n'ont attiré que quelques milliers de personnes et se sont terminés sans incident malgré les cris de "Crimée-Donbass-Russie" et les drapeaux russes agités sous les bureaux du gouverneur de Donetsk lors d'un face-à-face avec la police.
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La manifestation n'a pas empêché le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier de rencontrer l'homme le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov.
"Nous avons entendu ici, aujourd'hui, le très net désir de voir la nouvelle Ukraine comme une Ukraine unie et qu'il n'y ait pas de démantèlement", a déclaré Frank-Walter Steinmeier à l'issue de sa rencontre avec Rinat Akhmetov et avec le nouveau gouverneur de Donetsk, le magnat de l'acier Serhiy Tarouta.
Frank-Walter Steinmeier a également rencontré le Premier ministre ukrainien par intérim, Arseni Iatseniouk, et salué le "signal", envoyé à ceux de l'Est, par son discours prononcé en russe.
COMPLIQUER LA VIE
Le gouverneur Serhiy Tarouta, tout en critiquant les erreurs de Kiev qui expliquent en partie la perte de la Crimée, a déclaré à Reuters que le pouvoir qui l'a nommé allait dans la bonne direction. Les négociations sur le partage du pouvoir seront difficiles, a-t-il concédé. Il a souligné que lui-même travaillait à s'assurer de la loyauté de la police et à empêcher les "provocateurs" de l'autre côté de la frontière d'entrer en Ukraine.
Le maire de Donetsk, Oleksander Loukiantchenko, a pour sa part déclaré vendredi lors d'un congrès régional du Parti des régions de l'ex-président Ianoukovitch que sa formation soutenait la "décentralisation" proposée par les nouveaux maîtres de Kiev.
Il a précisé à Reuters que l'ex-parti du pouvoir voulait pour les régions un pouvoir accru en matière budgétaire ainsi que la gestion de services tels que la police et la justice.
Alexandre Boukalov, du réseau russe de défense des droits de l'homme Memorial, dit n'avoir constaté que peu de preuve d'une discrimination à l'encontre des russophones quand il a travaillé sur la question à Donetsk.
Pour lui, les manifestations qui se sont multipliées depuis la chute de Viktor Ianoukovitch sont plutôt le signe d'une "crise politique" de populations qui n'ont toujours pas digéré la fin du communisme et du ressentiment envers les oligarques.
"Le pire est derrière nous", estime Alexandre Boukalov qui estime que la Russie a manqué le coche. "Il fallait qu'elle soit plus rapide. Elle a perdu du temps et les gens ont eu le temps de réfléchir."
Pour Oleksi Garan, spécialiste en sciences politiques à Kiev, Vladimir Poutine ne laissera pas la nouvelle Ukraine tranquille, ne voulant pas d'un exemple de révolution réussie à sa porte.
"Si le plan de scission de l'Ukraine ne marche pas - et il semble que ce soit le cas - (la Russie) va essayer de compliquer la vie du gouvernement central et de promouvoir le fédéralisme", dit-il. "Pour elle, il est important qu'il n'y ait pas en Ukraine de transformation qui réussisse aux frontières. C'est ce dont elle a peur."
(Avec Lina Kushch et Sabine Siebold; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Eric Faye)
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