La pénurie d'électricité menace le Brésil et sa présidente
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La pénurie d'électricité menace le Brésil et sa présidente
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par Jeb Blount
RIO DE JANEIRO (Reuters) - Le Brésil a engagé une course contre la montre pour éviter les coupures et le rationnement de son électricité en raison d'une sécheresse qui empêche le pays de recharger ses barrages hydroélectriques.
Le Brésil a profité d'une décennie de croissance pour diversifier sa production d'électricité mais le pays, qui dispose de 12% des réserves d'eau de la planète, reste très dépendant de l'énergie hydraulique.
Les réservoirs hydrauliques, desquels le Brésil puise les deux tiers de son électricité, sont à des niveaux historiquement bas et les centrales thermiques du pays tournent à plein régime pour que les usines puissent continu à fonctionner et les lumières rester allumées.
Le temps presse à l'approche de la Coupe du monde de football, qui verra 600.000 visiteurs déferler en juin.
La situation est déjà compliquée pour le gouvernement de Dilma Rousseff, qui se prépare à une élection présidentielle en octobre et a vu lundi Standard & Poor's abaisser la note de crédit brésilienne de BBB à BBB- (voir).
Le risque de rationnement et la hausse des prix de l'électricité entraînée par la sécheresse représentent une menace de plus sur la croissance et les investissements pour la première puissance économique d'Amérique latine, confrontée à des réajustements douloureux après une décennie de croissance accélérée;
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L'agence de conseil en énergie PSR estime à une chance sur quatre la probabilité de rationnements en électricité.
"Rationnement ou pas, l'impact de la sécheresse sur le Brésil sera fort", explique le directeur de PSR, José Rosenblatt.
LES PRIX FLAMBENT
Le gouvernement a annoncé le 13 mars dernier qu'il lui faudrait dépenser en 2014 12 milliards de reais (3,7 milliards d'euros) pour soutenir les prestataires d'énergie, obligés de compenser la rareté de l'électricité hydraulique bon marché en achetant bien plus cher de l'électrictité produite par des centrales alimentées par du gaz naturel, du pétrole ou du charbon.
Cela gonflera certainement cette année et en 2015 une inflation qui atteint déjà 6%, soit près de la limite maximale fixée par le gouvernement.
Quant à la croissance, la banque BTG Pactual estime, après avoir étudié les effets de la sécheresse de 2001-2002, qu'elle pourrait être ramenée à 1% en rythme annuel en 2014, soit nettement moins que la prévision gouvernementale d'une progression d'1,7%.
Le rationnement serait la pire des solutions parce qu'il entraînerait la fermeture d'usines et de magasins, prévient la banque. La hausse des prix de l'énergie n'est pas non plus sans conséquences, notamment sur les bénéfices des industries énergivores comme les aciéries ou les mines.
Pour Dilma Rousseff, l'enjeu est plus personnel, la sécheresse pouvant compromettre ses chances d'être réélue, même si elle mène pour l'instant dans les sondages.
"La crédibilité du gouvernement repose sur la gestion par Rousseff de la sécheresse", estime le juriste Guilherme Schmidt, partenaire du cabinet d'avocats L.O. Baptista, spécialisé dans les secteurs de l'industrie et de l'énergie.
Pour Joao Carlos Mello, président de la société de conseil Thymos Energia, les faibles précipitations ne sont qu'une partie du problème.
"Il s'agit tout autant de politiques ayant échoué que d'une mauvaise gestion", dit-il.
UN ENJEU PERSONNEL POUR DILMA ROUSSEFF
Les enjeux de la politique énergétique sont lourds au Brésil depuis la sécheresse de 2001-2002. Dilma Rousseff le sait mieux que personne.
Le mécontentement résultant des rationnements imposés par le gouvernement d'alors avait contribué à l'élection pour un premier mandat du prédécesseur de Dilma Rousseff, Luiz Inacio Lula da Silva.
En tant que ministre de l'Energie puis directrice de cabinet de Lula, Dilma Rousseff avait contribué à lutter contre le rationnement avec la construction de lignes électriques et de centrales hydrauliques, une politique qu'elle ne cesse de se rappeler dans sa campagne pour un deuxième mandat.
En septembre 2012, Dilma Rousseff avait lancé l'objectif de réduire de 20% les coûts de l'électricité pour les particuliers. Très populaire auprès de la population, cette mesure avait contraint les prestataires d'énergie, notamment le groupe public Eletrobras, a baisser leurs tarifs.
Certains s'inquiètent maintenant de la capacité de ces prestataires à réaliser les investissements nécessaires pour faire face à l'augmentation de la demande.
Après la présidentielle d'octobre, les tarifs de l'électricité pourraient augmenter de 20%, ce qui réduirait à néant les efforts de Dilma Rousseff pour augmenter la consommation, notamment de la part des Brésiliens les plus modestes.
La présidente a tout de même réussi sur un point : la diversification de la production d'énergie, désormais d'origine hydraulique à 68%, ce qui reste un des pourcentages les plus élevés au monde mais est sans comparaison avec les 80% de 2002.
Dilma Rousseff n'a cependant pas le pouvoir de faire pleuvoir et court désormais un risque politique majeur. BTG Pactual estime ainsi que le Brésil devra réduire sa production d'électricité de 5% entre mai et octobre, soit une période couvrant à la fois la Coupe du monde et la présidentielle.
"Ce qui devrait être un problème technique est maintenant un problème économique et politique", résume Sylvie D'Apote, directrice du cabinet d'études spécialisé dans l'énergie Prysma. "Rousseff fera tout pour en différer l'impact jusqu'au lendemain de la présidentielle."
(Patrick Vignal pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)
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