Les inquiétudes de la Géorgie face à la crise en Ukraine
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par Margarita Antidze
TBILISSI (Reuters) - Six ans après la guerre éclair perdue face à la Russie, la Géorgie suit de très près la crise en Ukraine, dont l'issue pourrait décider de son propre sort, et espère que l'Otan et l'Union européenne vont accélérer le processus de son intégration dans le giron occidental.
La Géorgie est la seule des ex-républiques soviétiques du Caucase à avoir amorcé une politique de rapprochement avec l'Ouest et elle se sent proche des Ukrainiens qui ont renversé le mois dernier le président pro-russe Viktor Ianoukovitch à la faveur d'un mouvement de contestation né du refus de ce dernier de signer un accord d'association avec l'Union européenne.
Moscou a depuis annexé la Crimée, dont la population avait voté à une écrasante majorité en faveur d'un rattachement à la Fédération de Russie lors d'un référendum dénoncé comme illégal par les nouvelles autorités de Kiev et leurs alliés occidentaux.
"L'issue de la crise en Ukraine définira l'avenir de la liberté, de la sécurité et de la souveraineté de la Géorgie", avance l'analyste politique Helen Khochtaria, convaincue que Moscou tente de reconstituer l'Union soviétique, moins le communisme.
"Cette crise va déterminer si la Russie peut réussir ou non à imposer une sphère exclusive d'influence et créer des lignes de division en Europe", ajoute-t-elle.
"Si la communauté internationale ne parvient pas à stopper les actions de la Russie et à les inverser, le message adressé à la Russie sera clair: malgré le bruit provoqué, ses actions n'impliqueront pas de coûts véritables et cela encouragera la Russie à finaliser la création de l'"Union soviétique" en y traînant la Géorgie", dit-elle.
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UNE MENACE SÉRIEUSE
A l'instar de l'Ukraine, la Géorgie entretient des relations tendues avec Moscou depuis son indépendance, acquise en 1991 après l'éclatement de l'URSS.
Sanctions commerciales, soutiens aux séparatistes ossètes et abkhazes, Moscou a tenté de maintenir le pays dans sa sphère traditionnelle d'influence.
Les tensions ont culminé à l'été 2008, quand les armées des deux pays se sont fait face pendant cinq jours, le temps pour la Russie de s'installer durablement en Ossétie du Sud et en Abkhazie.
L'élection présidentielle d'octobre dernier a marqué la fin de l'ère de Mikheïl Saakachvili, qui ne pouvait briguer de troisième mandat. Pendant dix ans, Saakachvili, porté au pouvoir par la "révolution des roses", a forgé une relation étroite avec les Etats-Unis et engagé la Géorgie sur la voie d'un rapprochement avec l'Europe.
Son successeur, Georgy Margvelachvili, et le nouveau Premier ministre, Irakly Garibachvili, ont réaffirmé l'aspiration de la Géorgie à rejoindre l'Union européenne et l'Otan mais s'appliquent à consolider dans le même temps les liens avec Moscou.
Cet exercice d'équilibrisme explique pourquoi, dans un premier temps, les autorités géorgiennes ont réagi avec prudence aux événements en cours en Ukraine.
Mais le 6 mars, alors que le parlement régional de Crimée votait le rattachement à la Russie et décidait de soumettre le projet à référendum, le Parlement géorgien a adopté une résolution critiquant les "actes agressifs" de la Russie, qui constituent "une menace sérieuse non seulement pour l'Ukraine mais aussi pour la Géorgie et pour toute l'Europe".
Les députés ont également réclamé à l'UE et à l'Otan une accélération du processus d'intégration du pays.
En déplacement à Washington, où il a pris la parole devant l'Atlantic Council, un centre d'études et de recherches, Irakly Garibachvili a espéré que les capitales étrangères adresseraient un message clair sur la Crimée qui, a précisé le chef du gouvernement géorgien, "soutiendra le concept qu'aucun parti tiers ne peut influencer les aspirations des pays de la région qui cherchent à réaliser leurs décisions concernant les alliances extérieures".
La Géorgie, de même que la Moldavie, ont paraphé en novembre dernier à Vilnius un accord de coopération avec l'Union européenne.
Le texte devait entrer en vigueur à la fin de l'année. Les Européens se sont mis d'accord pour accélérer le processus, qui devrait désormais être bouclé à la fin juin.
Les relations avec l'Otan sont moins avancées. La question sera abordée lors du prochain sommet des pays de l'Alliance atlantique, en septembre.
(Henri-Pierre André pour le service français)
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