Moscou décidé à faire payer économiquement l'Ukraine
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par Alessandra Prentice
KIEV (Reuters) - Ulcérée par le tournant pro-européen de l'Ukraine, la Russie va sans doute utiliser toutes les armes de son arsenal économique pour punir son voisin slave, qui peine à redresser ses finances malgré la perspective de milliards de dollars d'aide occidentale.
Moscou "a le droit d'user de mesures sélectives pour se protéger si l'Ukraine met en place une zone de libre échange avec un pays tiers ou avec l'Union européenne, par exemple", a déclaré à Reuters un porte-parole du ministère russe de l'Economie, s'appuyant sur un accord passé avec Kiev en 2011.
Il n'a pas précisé quelle pourrait être la nature de ces mesures "sélectives".
Après des mois de manifestations qui ont conduit à la chute de Viktor Ianoukovitch et de son gouvernement taxé de corruption et d'incurie, l'Ukraine est au bord de la faillite, avec un déficit des comptes courants supérieur à 9% du Produit intérieur brut (PIB).
Le Fonds monétaire international (FMI) et Kiev discutent actuellement du versement d'une première tranche de trois milliards de dollars, tirée du programme de renflouement de 14 à 18 milliards de dollars annoncé jeudi.
Ce rapprochement entre l'Ukraine et l'Europe contrecarre le grand projet d'union eurasienne caressé par le président russe Vladimir Poutine en vue de rassembler d'anciens Etats du bloc soviétique.
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Kiev commence déjà à ressentir les conséquences économiques et commerciales de la colère russe.
SAVOIR S'ADAPTER
Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a déclaré mercredi que le prix payé par Kiev pour le gaz russe pourrait faire un bond de près de 80% dès le 1er avril. Ce gaz russe représente plus de la moitié des importations totales de gaz en Ukraine.
Le groupe russe Gazprom laisse également planer la menace d'une nouvelle "guerre du gaz", comme celles de 2006 et de 2009, qui avaient perturbé les livraisons à l'Ukraine et à l'Europe de l'Ouest.
Pour Nicu Popescu, analyste à l'Institut d'études de sécurité, une agence de l'UE, le Kremlin s'est fixé comme priorité de "perturber politiquement et économiquement la transition en Ukraine".
L'annexion de la Crimée par la Russie devrait coûter à l'Ukraine une baisse de 5% de son PIB en 2014, estime Simon Mandel, de la société de courtage Auerbach Grayson.
Les exportations vers la Russie représentent près du quart du commerce extérieur de l'Ukraine et environ 8% de son PIB.
Un embargo commercial russe coûterait très cher à de nombreuses sociétés ukrainiennes, a déclaré à Reuters le vice-président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), Andras Simor. "Il leur faudra beaucoup de souplesse pour s'adapter aux circonstances mais nous serons là pour les aider de notre mieux", dit-il.
Le projet d'accord de libre échange entre Kiev et l'UE qui devrait entrer en vigueur dans le courant de l'année, après l'élection présidentielle du 25 mai, a déjà provoqué une levée de boucliers en Russie.
Le secteur laitier russe a réclamé un embargo sur les produits ukrainiens, dont la qualité est surveillée avec beaucoup de zèle par l'agence vétérinaire Rosselkhoznadzor.
LOURDS INVESTISSEMENTS NÉCESSAIRES
"Il n'est pas prévu pour le moment d'imposer des restrictions commerciales mais cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous y préparer le cas échéant, comme par exemple si l'Ukraine n'est pas en mesure de respecter ses engagements", explique Alex Alexeenko, numéro deux de Rosselkhoznadzor.
Pour le fer et l'acier, la Russie représente 13% des exportations ukrainiennes et la crise politique a déjà perturbé cette année les livraisons.
Les ventes par l'Ukraine aux pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) de barres utilisées pour le béton armé ont chuté de 70% à 45.000 tonnes en janvier, par rapport à la moyenne mensuelle au premier semestre 2013.
Réorienter l'industrie vers le marché européen sera pratiquement impossible sans de très lourds investissements, "ce qui induira une baisse de la production et des exportations dans le court terme", écrivent des analystes du groupe de consultants Nomura.
A plus long terme, les avantages de l'accord avec l'UE devraient néanmoins apparaître, sur fond de modernisation et de plus grande compétitivité.
La majeure partie des industries lourdes de l'Ukraine sont situées dans l'est du pays, où vivent de nombreux russophones hostiles au nouveau pouvoir à Kiev.
"Des tensions sociales pourraient apparaître si les entreprises sont contraintes de réduire la production", s'inquiète Lydia Chynkarouk, de l'Institut de prospective économique à Kiev.
(Avec Natalia Zinets à Kiev et Andrey Kuzmin à Moscou; Guy Kerivel pour le service français)
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