L'armée chinoise ébranlée par un scandale de corruption
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L'armée chinoise ébranlée par un scandale de corruption
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par Benjamin Kang Lim et Ben Blanchard
PEKIN (Reuters) - Un général chinois démis de ses fonctions pour corruption présumée est accusé d'avoir vendu des centaines de promotions à des officiers, ce qui pourrait constituer le plus grand scandale au sein de l'armée chinoise depuis une vingtaine d'années, a-t-on appris auprès de responsables politiques et militaires.
Le général Gu Junshan, 57 ans, limogé en 2012 de son poste de responsable adjoint de la logistique au sein de l'Armée populaire de libération (APL), a été inculpé de corruption, de prise de pots-de-vin, de détournement de fonds publics et d'abus de pouvoir, a rapporté lundi soir l'agence Chine nouvelle, sans plus de détails. Il sera jugé par un tribunal militaire.
S'exprimant sous le sceau de l'anonymat, trois sources proches de la direction ou de l'armée chinoises ont rapporté que l'une des principales accusations portées contre Gu Junshan portait sur la vente de promotions.
"Gu a vendu des centaines de postes", a dit l'une de ces sources.
Tous les officiers promus au cours des dernières années n'ont pas versé de pots-de-vin mais "si un colonel (ne pouvant prétendre à une promotion) voulait devenir général, il devait payer jusqu'à 30 millions de yuans" (3,5 millions d'euros), a ajouté cette même source.
Les grades moins élevés étaient vendus pour plusieurs centaines de milliers de yuans, ont dit ces sources.
Pour les officiers promus par le biais de pots-de-vin, la corruption est perçue comme une forme de retour sur investissement. Ils peuvent ainsi louer des terrains militaires à des entreprises privées, vendre des plaques d'immatriculation militaires, occuper de manière indue des logements de l'armée ou percevoir des dessous de table lors des approvisionnements en nourriture ou en équipements.
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PROTECTIONS
Les officiers qui ont versé de l'argent pour être promus ont été interrogés mais la direction du parti communiste (PCC) n'a toujours pas tranché leur sort car ils sont trop nombreux, a-t-on souligné de mêmes sources.
"Le moral est très bas. Beaucoup craignent des sanctions. Ceux qui sont compétents mais ignorés lors des promotions sont mécontents", a dit l'une de ces sources.
Le ministère de la Défense n'a pas répondu aux demandes de réaction.
Gu Junshan est sous le coup d'une enquête pour corruption depuis son limogeage en 2012. Les poursuites ont été retardées car ce général bénéficiait de "protections" de la part de personnalités plus puissantes, ont dit les mêmes sources à Reuters.
Des sources ont déclaré en mars à Reuters qu'un autre ancien militaire de haut rang, Xu Caihou, était placé de fait en résidence surveillée tout en contribuant à l'enquête sur Gu Junshan, qui a été l'un de ses protégés.
Xu Caihou, 70 ans, a quitté son poste de vice-président de la commission centrale militaire en 2013 et le bureau politique du PCC, l'organe de décision du parti, en 2012.
"Gu a impliqué Xu Caihou" durant ses interrogatoires par les enquêteurs, a dit l'une des trois sources.
Reuters n'a pas été en mesure de joindre Gu Junshan ou Xu Caihou, qui souffre d'un cancer, et on ignore s'ils disposent d'avocats.
Depuis son accession à la tête du parti communiste à l'automne 2012, Xi Jinping a brandi la lutte contre la corruption comme l'une de ses priorités. Le président chinois a prévenu qu'il s'attaquerait aussi bien aux "mouches" qu'aux "tigres".
L'affaire Gu Junshan pourrait dépasser en ampleur le scandale déclenché par la mise au jour à la fin des années 1990 d'un vaste réseau de trafiquants dans la ville côtière de Xiamen impliquant aussi bien des responsables de l'armée que de l'administration. Le chef de ce réseau, Lai Changxing, a été emprisonné à vie en 2012.
(Bertrand Boucey pour le service français, édité par Tangi Salaün)
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