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Les Afghans votent pour élire leur nouveau président

reuters.com

Publié le 05 avril 2014 à 05:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:24

Les Afghans votent pour élire leur nouveau président

Les Afghans votent pour élire leur nouveau président

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par Hamid Shalizi et Jessica Donati

KABOUL/KANDAHAR (Reuters) - Les Afghans ont commencé à voter ce samedi pour élire un nouveau président, partagés entre la crainte des attentats islamistes et l'espoir de tourner une nouvelle page à un moment charnière de leur histoire.

Avec le retrait des forces étrangères à la fin de l'année s'achèvera le long chapitre de la présence américaine et des deux mandats d'Hamid Karzaï. La constitution lui interdit d'en briguer un troisième, mais il restera à n'en pas douter très influent.

Les taliban cherchent quant à eux à priver par la force le scrutin de toute légitimité, avec l'objectif ultime de reprendre le pouvoir à Kaboul, comme en 1996.

Après les nombreux attentats qui ont ensanglanté le pays ces dernières semaines, le scrutin s'est pour le moment déroulé sans incident majeur depuis l'ouverture des bureaux de vote à 07h00 locales (02h30 GMT), à l'exception d'une explosion qui a fait quatre blessés dans la province de Logar, au Sud-Est.

La police de la province de Faryab, dans le Nord, a dit de son côté avoir intercepté un kamikaze qui tentait d'entrer dans un bureau de vote, tandis que dans celle de Ghazni, au Sud-Est, les insurgés ont tiré des roquettes sans faire de victimes.

"J'appelle le peuple d'Afghanistan à démontrer aux ennemis de l'Afghanistan que rien ne peut les arrêter", a déclaré le président de la Commission électorale indépendante, Yousaf Nuristani, après avoir voté à Kaboul sous la pluie.

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Plus de 350.000 militaires ont été mobilisés pour assurer la sécurité des électeurs. Kaboul, où barrages et points de contrôles sont omniprésents, est coupée du reste du pays.

A Kandahar, berceau du mouvement taliban, les habitants ont été invités à rester chez eux même si les bureaux de vote sont ouverts.

"On essaie de ne pas y penser mais on est un peu inquiet", a témoigné Amina, une institutrice de 20 ans qui tient un bureau de vote pour femmes. Selon la jeune femme couverte d'un niqab noir qui ne laisse voir que ses yeux, une vingtaine de femmes ont voté pendant les deux premières heures du scrutin.

PEU D'OBSERVATEURS ÉTRANGERS

Avant de choisir leur bulletin, les électeurs vont inévitablement faire l'inventaire des progrès accomplis depuis l'intervention américaine de 2001, notamment dans la lutte contre une insécurité qui ne semble guère avoir reculé.

Au cours des 13 dernières années, 16.000 civils, 3.500 militaires étrangers et des milliers de soldats afghans ont été tués. Vendredi encore, un policier afghan a tué une journaliste de l'agence Associated Press et en a blessé une deuxième.

"Les modestes progrès réalisés dans le domaine des droits humains au cours des 12 dernières années en Afghanistan sont de plus en plus menacés par la recrudescence de la violence et le fait que les droits des femmes sont de nouveau dévalorisés", estime Amnesty International, qui dresse le bilan de la présidence d'Hamid Karzaï.

"D'indéniables progrès ont été réalisés sur certains points, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression et la protection des plus de 600.000 personnes déplacées à l'intérieur du pays. Mais d'autres problèmes n'ont pratiquement pas été pris en compte par les autorités, comme l'obligation de rendre des comptes pour les victimes civiles, ou la justice de transition", ajoute le mouvement de défense des droits de l'homme.

La plupart des observateurs étrangers ont décidé de quitter le pays après l'attaque, le 20 mars, de l'hôtel Serena, où résidaient la plupart des observateurs étrangers. La mission dépêchée par l'Union européenne est la seule délégation importante restée sur place.

Selon l'Afghanistan Analysts Network, le nombre d'électeurs est estimé de 10 à 12 millions mais 21 millions de cartes ont été imprimées.

PLUSIEURS MOIS D'ATTENTE

Il faudra plusieurs mois - peut-être jusqu'à octobre en cas de second tour - pour connaître le nom du nouveau chef de l'Etat. Six semaines seront déjà nécessaires pour annoncer le résultat du premier tour, le temps que 3.000 ânes rapatrient vers Kaboul les bulletins de vote en provenance des zones montagneuses les plus difficiles d'accès.

Les vaincus pourraient ensuite contester les chiffres, arguant de la violence - on estime que 10% au moins des bureaux de vote seront fermés pour raisons de sécurité.

Si aucun candidat n'obtient 50% des voix, le second tour aura lieu le 28 mai, prolongeant encore de plusieurs semaines l'issue du vote.

Un tel délai laissera peu de temps à Kaboul et Washington pour conclure un pacte de sécurité permettant le maintien d'un contingent de 10.000 soldats américains en Afghanistan après 2014, après le départ des dernières troupes de l'Otan - essentiellement américaines - aujourd'hui fortes de 23.500 hommes. Hamid Karzaï s'oppose à ce pacte mais les trois principaux candidats à sa succession se sont engagés à le signer.

Sans ce pacte, les fragiles forces afghanes seront livrées à elles-mêmes pour combattre les taliban.

"Le gouvernement ne serait pas capable de se mobiliser efficacement pour contrer l'insurrection", prédit Franz-Michael Mellbin, le représentant spécial de l'Union européenne en Afghanistan.

La somme des enjeux pourrait conduire les candidats les plus en vue à envisager un accord pour éviter un second tour et une élection à rallonge.

"Nous n'excluons pas d'autres scénarios, mais le plus probable, c'est une élection à un tour sans longue période d'incertitude", expliquait récemment Abdullah Abdullah, l'un des trois favoris.

L'ancien ministre des Affaires étrangères, ophtalmologue de formation, a été battu par Karzaï en 2009. Il est fermement soutenu par l'ethnie tadjike, très représentée dans le Nord.

Ses deux grands rivaux, l'anthropologue Ashraf Ghani Ahmadzaï et Zalmaï Rassoul, ex-chef de la diplomatie lui aussi, se disputeront les voix des Pachtounes, l'ethnie majoritaire.

(Avec Mirwais Harooni à Kaboul; Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français)

reuters.com

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