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En Turquie, Erdogan promet de "liquider" ses ennemis

reuters.com

Publié le 08 avril 2014 à 09:32 - Mis à jour le 09 avril 2014 à 11:20

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par Jonny Hogg et Gulsen Solaker

ANKARA (Reuters) - Recep Tayyip Erdogan a déclaré mardi qu'il disposait désormais, avec la large victoire de son parti aux élections municipales du 30 mars en Turquie, d'un mandat pour "liquider" ses ennemis cherchant à l'affaiblir via un scandale de corruption.

S'exprimant devant les parlementaires de son Parti de la Justice et du Développement (AKP), le Premier ministre turc a ajouté que les "traîtres" répandant des accusations de corruption et responsables de la mise sur écoute illégale de milliers de téléphones auraient à rendre des comptes. Il a prévenu qu'il s'attaquerait à leurs activités à l'étranger et à leurs sources de financement.

Recep Tayyip Erdogan soupçonne le prédicateur musulman Fethullah Gülen, son ancien allié désormais installé aux Etats-Unis, de fabriquer de toutes pièces un scandale de corruption par le biais de son réseau Hizmet, qui revendique des millions de disciples et jouit d'une influence au sein de la police et de l'appareil judiciaire.

Il accuse cette organisation de diriger un "Etat parallèle" ayant espionné des milliers de responsables depuis des années.

"Le 30 mars est le jour où la page de la tutelle a été tournée, où les monuments de l'orgueil ont été abattus et les privilèges (d'une élite) perdus pour toujours", a dit Recep Tayyip Erdogan.

"La nation nous a donné un mandat pour la liquidation de l'Etat parallèle. Nous n'aurons pas la moindre hésitation. Nous n'oublierons jamais la trahison", a-t-il poursuivi.

Il a annoncé que son gouvernement s'attaquerait aux ramifications internationales du réseau et enquêterait sur tous "l'argent et les dons collectés illégalement".

Le réseau de Fethullah Gülen, également appelé Cemaat (la Communauté), est depuis des décennies le fer de lance de l'influence culturelle et du développement commercial de la Turquie à l'étranger, notamment depuis que l'AKP est parvenue au pouvoir en 2002.

Il affirme que le gouvernement turc exerce déjà des pressions sur des pays étrangers pour obtenir la fermeture sur leur territoire des écoles de Hizmet, vecteurs d'influence et de revenus importants pour le réseau.

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Ce dernier récuse les accusations du Premier ministre selon lesquelles il est à l'origine, via ses relais dans la police et la justice, de l'enquête pour corruption visant l'entourage de Recep Tayyip Erdogan, des ministres et des hommes d'affaires proches du pouvoir.

AMBITION PRÉSIDENTIELLE

L'AKP, qui plonge ses racines dans l'islamisme, s'est appuyé sur Hizmet pour desserrer l'emprise de l'armée sur la vie politique turque. Recep Tayyip Erdogan présente désormais sa lutte contre le réseau de Fethullah Gülen comme une poursuite de la bataille contre toute forme de tutelle sur les institutions.

"Ils répondront devant les tribunaux. Mais pas devant leurs tribunaux parallèles, ils répondront devant le tribunal du peuple", a lancé le Premier ministre.

Depuis que les premières accusations de corruption ont fait surface en décembre, le gouvernement turc a limogé ou muté des milliers de policiers et renforcé son contrôle de l'appareil judiciaire et d'internet, via lequel ont été diffusés des enregistrements jugés compromettants pour le pouvoir.

L'accès à Twitter a été bloqué le 21 mars mais l'autorité de régulation des télécommunications l'a rétabli deux semaines plus tard à la suite d'une décision de la Cour constitutionnelle. Cette dernière a jugé que l'interdiction de Twitter portait atteinte à la liberté d'expression.

"Le jugement de la Cour constitutionnelle sur Twitter n'a pas servi la justice. Ce jugement devrait être corrigé", a dit Recep Tayyip Erdogan devant les élus de l'AKP.

La Turquie est plongée dans une intense période électorale. Après les municipales, un scrutin présidentiel est prévu en août avant des législatives en 2015.

L'élection présidentielle sera marquée par un changement institutionnel puisque le prochain chef de l'Etat ne sera pas élu par le Parlement mais directement par les citoyens turcs.

Après trois mandats de Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan dissimule à peine son intention de se présenter à ce scrutin présidentiel. Il considère que le changement de scrutin va renforcer le statut du président, dont le rôle était jusqu'à présent essentiellement honorifique.

"Le président sera élu par le peuple pour la première fois, en ce sens c'est important", a-t-il dit dans une interview publiée mardi par le journal Sabah.

"Les responsabilités seront différentes après cette élection. Il ne s'agira pas d'un président pour le protocole, mais d'un président qui sue, se démène et travaille dur", a-t-il ajouté.

(Avec Ayse Sarioglu à Ankara, Ece Toksabay et Seda Sezer à Istanbul; Bertrand Boucey pour le service français)

reuters.com

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