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Les banques reviennent en odeur de sainteté en Europe

reuters.com

Publié le 21 avril 2014 à 08:06 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:20

Les banques reviennent en odeur de sainteté en Europe

Les banques reviennent en odeur de sainteté en Europe

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par John O'Donnell

BRUXELLES (Reuters) - Jacques de Larosière se propose d'aider les banques à en finir définitivement avec la crise financière par le biais de la titrisation, méthode qui, de l'avis de certains experts, est loin d'être sans danger.

Directeur - entre autres choses - du groupe de réflexion parisien Eurofi, l'ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI) propose un système de titrisation des crédits montés lors des années fastes et devenus avec la crise un poids mort pour les bilans bancaires.

Ces titres seraient destinés à une clientèle d'assureurs, de fonds de pension voire même à la banque centrale européenne (BCE), et le procédé serait censé inciter des banques ainsi délestées de ces créances à prêter à des PME en mal de crédits.

Le projet, dont les grandes lignes ont été présentées en mars lors d'une conférence d'Eurofi en marge d'une réunion des grands argentiers européens à Athènes, pourrait jouer un rôle crucial si la BCE se lançait dans un programme d'assouplissement quantitatif (QE) l'autorisant à racheter de telles valeurs mobilières.

"Cela donnerait de l'air à un secteur financier qui suffoque", a dit Jacques de Larosière, 84 ans, à Reuters.

Le procédé a ses partisans. La Commission européenne a dit en mars qu'elle assouplirait la réglementation pour permettre aux assureurs et aux fonds de pension d'investir dans de la dette titrisée. La BCE elle-même accepte davantage de ce type de papier comme collatéral pour ses avances.

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Michel Barnier, le commissaire européen chargé du secteur financier, a annoncé de son côté qu'il réduirait le montant du capital que les investisseurs doivent constituer pour couvrir les pertes éventuelles sur de tels placements, un geste de bonne volonté envers des banques soucieuses de les vendre rapidement.

"BONNE ET MAUVAISE TITRISATION"

Les assureurs, affirme Michel Barnier, disposent de 84.000 milliards d'euros d'actifs et les fonds de pension de 37.000 milliards d'euros, soit suffisamment pour débloquer le crédit et apaiser l'électorat avant les élections européennes.

Lors de la conférence d'Eurofi à Athènes, le commissaire européen lui-même avait fait la distinction entre la "bonne et la mauvaise titrisation".

Pour surmonter l'image négative de la titrisation depuis la crise financière, il faut que les titres soient "très bons, bien notés, simples à comprendre", de l'avis de Jacques de Larosière.

Alors que Michel Barnier avait momentanément interdit tout contact entre hauts fonctionnaires et groupes de pression, il semble qu'il ait changé de braquet vis-à-vis des banques et ce pour une bonne raison, suivant Graham Bishop, économiste et conseiller de la Commission européenne : parce que les entreprises européennes ont besoin de leurs banques.

Alors même que les sociétés américaines lèvent pratiquement autant de fonds en émettant de la dette qu'en empruntant auprès des banques, leurs homologues européennes restent frileuses vis-à-vis des marchés. "Si on commence à taper sur les banquiers, c'est toute l'économie qui prend", commente Graham Bishop. "C'est pourquoi les politiques doivent prendre sur eux et recommencer à traiter avec le démon".

Le marché concerné par le projet de Jacques de Larosière est en soi vaste : les banques ont monté près de 4.000 milliards d'euros de prêts de moins d'un million d'euros, selon la BCE.

En décharger les banques pour qu'elles se consacrent à de saines activités de crédit fait sens pour beaucoup. Mais la titrisation renvoie aussi, dans l'esprit de beaucoup d'autres, à la crise des subprimes, ces crédits immobiliers américains sans aucune garantie dont le reconditionnement en titres négociables avait provoqué la crise financière de 2008 et la "Grande Récession".

"Pas question de laisser se reproduire une nouvelle catastrophe des subprimes", avait dit Michel Barnier le mois dernier.

"J'ÉCOUTE TOUT LE MONDE"

Rien n'est moins sûr pour la Française Pervenche Berès, ex-présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, qui se souvient d'un débat similaire lorsqu'elle avait à contrecoeur accepté une invitation à déjeuner de responsables de Goldman Sachs au siège new-yorkais de la banque en juin 2010.

"Pour eux, il n'y avait aucun doute : ils avaient tout fait correctement... ils aidaient l'économie", a dit l'élue socialiste à Reuters, rappelant de quelle manière les responsables de Goldman Sachs avaient alors plaidé la cause de la titrisation.

"Je suis très sceptique", a-t-elle ajouté. "Il reste à me convaincre qu'il existe une 'bonne titrisation'".

Au contraire, garder le contact avec les banques est une bonne chose selon Sylvie Goulard, autre députée européenne, car il ne s'agit pas que la régulation étouffe le crédit.

"Ce serait ridicule de refuser des invitations à leur parler de régulation bancaire lorsque l'on sait ce qui est en jeu pour le fonctionnement de nos économies", a déclaré la députée du Modem, défendant Jacques de Larosière qui, a-t-elle ajouté, a souvent adopté des positions contraires à celles des banques.

Michel Barnier se défend lui aussi d'être influencé par les banques. "Aucun lobbying ne m'impressionne", avait-il déclaré récemment à Reuters. "J'écoute tout le monde".

Pour ce qui est de la titrisation proprement dite, l'Europe a fait mieux que les Etats-Unis mais les experts restent circonspects.

"Pour juger de la qualité d'un prêt à une PME, il faut aller voir l'entreprise", dit Frédéric Hache, un ex-banquier de Finance Watch, organisme qui tente de faire contrepoids au lobby financier à Bruxelles. "Ce n'est pas quelque chose qui est à la portée de chaque investisseur; les investisseurs doivent se reposer sur l'évaluation du crédit des banques".

Mais en définitive, la volonté de faire redémarrer une économie européenne en panne et surendettée risque de l'emporter sur les soucis liés aux risques. "La finance est tellement au coeur de l'économie, surtout aux niveaux d'endettement actuels", rappelle Graham Bishop. "Les politiques s'en sont rendu compte; si on annihile ça, on s'annihile soi-même".

(Avec Paul Taylor à Paris, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)

reuters.com

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