Washington parie sur une lente guerre d'usure avec Moscou
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Washington parie sur une lente guerre d'usure avec Moscou
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par Steve Holland et Warren Strobel
WASHINGTON (Reuters) - Barack Obama inscrit les sanctions imposées par son administration à la Russie dans le contexte d'une lente guerre d'usure visant à saper la crédibilité de Vladimir Poutine tout en ménageant les alliés européens de Washington.
Cette politique menée en concertation avec l'autre rive de l'Atlantique s'enracine dans le style de gouvernement multilatéral du président américain et dans la conviction que les Etats-Unis ne peuvent pas aller trop loin dans une voie qui pourrait avoir de coûteuses conséquences.
Elle l'expose en retour aux critiques de ses opposants républicains, qui ne voient dans le troisième train de sanctions annoncé lundi en représailles à la politique de Moscou en Ukraine qu'une "tape sur la main" et estiment que le chef de la Maison blanche ne prend pas avec suffisamment de sérieux la plus grave crise entre l'Est et l'Ouest depuis la Guerre froide.
Washington a ajouté sept individus proches du maître du Kremlin et 17 entreprises russes à la liste des personnalités et entités déjà visées par un gel des avoirs et une interdiction de visas le mois dernier après l'annexion de la Crimée par Moscou.
L'administration Obama espère ainsi lentement accroître la pression sur le cercle rapproché de Vladimir Poutine et sur les sociétés qui bénéficient de leur proximité avec le président russe, afin de contraindre Moscou à calmer le jeu.
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Mais le président américain lui-même ne sait pas si cette stratégie sera couronnée de succès. "Ces sanctions représentent l'étape suivante de notre effort gradué pour changer le comportement de la Russie", a-t-il dit à Manille lors de sa tournée en Asie. "Nous ne savons pas encore si cela marchera."
PRUDENCE
Les voix républicaines les plus virulentes contre cette politique se font entendre, comme le sénateur du Tennessee Bob Corker, qui plaide pour que le patron du géant gazier Gazprom, jusqu'ici épargné, soit lui aussi sanctionné.
"Tant que Poutine ne sentira pas véritablement les sanctions, celles qui viseraient des entités comme Gazprom, que le Kremlin utilise pour une politique de coercition contre l'Ukraine et d'autres pays voisins, ou de grandes institutions financières, je crois que le diplomatie ne modifiera pas le comportement de la Russie et ne fera pas baisser la tension dans cette crise", dit-il.
Au sein de l'administration Obama, on n'exclut pas que Gazprom et Alexeï Miller soient un jour visés par des sanctions, mais les Etats-Unis prennent en compte la forte dépendance de l'Europe envers le gaz russe et jouent prudemment sur ce tableau.
"Je crois que notre objectif est d'avancer de manière prudente, d'une manière qui donnera à la Russie une occasion de changer sa politique", explique le secrétaire au Trésor Jack Lew, l'un des artisans de cette politique de sanctions, sur la chaîne NBC News. "Notre objectif n'est pas de nuire au peuple russe mais d'inciter Moscou à changer de politique."
Washington vise plus largement à miner petit à petit les piliers de la stratégie de Vladimir Poutine consistant à offrir au peuple russe la croissance économique et une influence retrouvée sur la scène mondiale en échange d'une paix sociale et politique.
ÉQUILIBRE
Les sanctions ont durement secoué les marchés d'actions russes, le rouble est actuellement la devise des puissances émergentes la plus malmenée et 60 milliards de dollars de capitaux sont déjà sortis du pays cette année, soit l'équivalent de l'ensemble de l'année 2013.
"A court terme, il y aura peut-être un regain de nationalisme en conséquence des actions en Crimée par exemple. Mais avec le temps, s'il ne tient pas ses promesses, le soutien dont il bénéficie ne durera pas", estime le conseiller adjoint à la sécurité nationale Tony Blinken.
Les responsables américains gardent en réserve des sanctions aux conséquences beaucoup plus lourdes, mais potentiellement risquées, qui viseraient des secteurs clés de l'économie russe comme l'énergie, la défense, les services financiers, les métaux, les mines et l'ingénierie.
Elles ne seraient imposées qu'en cas d'escalade majeure, que représenterait par exemple une invasion militaire de l'Ukraine. L'administration américaine est persuadée que les dirigeants européens avec lesquels Barack Obama s'est régulièrement entretenu ces dernières semaines seraient d'accord pour imposer ces mesures sectorielles dans un tel cas de figure.
"C'est progressif, c'est prudent, c'est très Obama-esque", déclare Judith Lee, une juriste spécialisée en commerce international qui conseille ses clients sur les conséquences des sanctions.
"L'administration américaine doit trouver un équilibre très délicat pour garder à ses côtés ses alliés européens. C'est une sorte de coalition des bonnes volontés", ajoute-t-elle en référence à l'expression employée par George W. Bush lors de la guerre d'Irak en 2003.
Tout en maintenant un front uni des deux côtés de l'Atlantique, Barack Obama se voit reprocher de manquer l'occasion de faire valoir son leadership mondial dans cette crise ukrainienne. Mais parmi les élus démocrates au Capitole, on reconnaît que le président américain n'est guère en mesure d'aller plus loin aujourd'hui en matière de sanctions.
"C'est ce que les Européens peuvent accepter pour l'instant", résume un assistant parlementaire démocrate.
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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