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L'ère Valls enracinée malgré la division de son camp

reuters.com

Publié le 30 avril 2014 à 16:22 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:18

L'ère Valls enracinée malgré la division de son camp

L'ère Valls enracinée malgré la division de son camp

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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Même entaché par une quarantaine d'abstentions socialistes, le vote de l'Assemblée nationale sur le plan d'économies du gouvernement clarifie les positions et entérine une feuille de route ardue pour les trois ans à venir, estiment des analystes.

Le programme de stabilité de la France pour la période 2014-2017 a été approuvé par 265 voix pour, 232 contre et 67 abstentions, dont 41 dans le camp socialiste, un score qui aurait été encore plus serré si une majorité de centristes ne s'étaient pas abstenus.

"L'importance symbolique de ce vote est grand dans la mesure où, les votes étant nominatifs, il s'agissait pour l'exécutif d'entériner le fait qu'il y avait une majorité sans recourir à un changement de stratégie ou d'alliance, et donc sans changement de cap", analyse Stéphane Rozès, président de la société Conseils, analyses et perspectives (Cap).

Un feu vert d'autant plus important "que les deux années qui viennent seront compliquées pour le redressement du pays et du point de vue de l'environnement européen", ajoute l'ancien conseiller de François Hollande pendant la campagne électorale.

Certes, Manuel Valls aurait préféré obtenir une adhésion plus large du PS - il s'y est employé en dramatisant les enjeux et en faisant quelques concessions pour les plus modestes - et la mise en musique de son plan d'économies risque de relever du parcours d'obstacles lors des votes qui s'annoncent.

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Mais il a affiché sa détermination en lâchant très peu de lest, un avertissement aux frondeurs de son propre parti qui, s'ils avaient été écoutés, auraient dilué le programme au risque d'affaiblir la crédibilité des réformes promises.

"LES JALONS SONT POSÉS"

Pour Adélaïde Zulfikarpasic, directrice adjointe de BVA Opinion, les divisions de la majorité ne sauraient occulter le soutien de ses concitoyens à Manuel Valls.

"Ce qu'il faut avoir à l'esprit, c'est qu'une majorité de Français se déclare favorable à la plupart des positions comprises dans le plan du Premier ministre", dit-elle.

Plutôt que la crispation de son camp symbolisée par 41 abstentions, là où les prévisions les plus optimistes tablaient sur une vingtaine, Manuel Valls a préféré retenir un vote final "fondateur" obtenu "dans la clarté".

Il n'a pas craint de reléguer implicitement les frondeurs dans le camp d'une gauche archaïque dont le logiciel reste une politique de la demande qu'une France endettée et surveillée par ses partenaires européens peut difficilement financer.

"J'assume ce réformisme, j'assume cette social-démocratie ou, au fond, cette gauche profondément moderne, qui regarde la réalité en face et qui, en même temps, veut répondre à l'attente de justice sociale", a-t-il dit sur France Inter.

Adélaïde Zulfikarpasic juge "important pour Manuel Valls d'avoir ce vote-là maintenant, pour clarifier la suite".

"Il a proposé ce plan, il incarne une feuille de route relativement claire. Les jalons sont posés, on sait vers quoi il va, pas question de faire machine arrière : ce serait contre-productif en terme d'action et en terme d'image", dit-elle.

Manuel Valls capitalise par contraste avec "un début du quinquennat de François Hollande marqué par un sentiment de manque de cap clair et de volonté affirmée".

UN EFFET SUR HOLLANDE?

La forte cote de popularité enregistrée par le Premier ministre à son arrivée à Matignon il y a un mois ne s'érode pas.

Dans le dernier baromètre BVA pour l'Express, son niveau de bonnes opinions atteint 52%, contre 21% seulement pour François Hollande, en chute de sept points en un mois.

Hué la semaine dernière sur les terres de Jean Jaurès à Carmaux, le président ne profite pas de l'embellie à Matignon.

Mais "les choses peuvent évoluer", tempère Adélaïde Zulfikarpasic. "Si la confiance s'installe, si le pacte de responsabilité établit la confiance économique, cela aura un effet positif qui rayonnera au-delà du Premier ministre".

Pour l'heure, Manuel Valls doit composer avec une majorité divisée avant les votes importants comme sur la loi de finances rectificative en juin et sur le budget 2015, à l'automne.

Le Premier ministre a promis de poursuivre le dialogue avec une majorité rétive, sans toucher aux grandes lignes de son plan d'économies de 50 milliards d'euros destiné à ramener le déficit à 3% du PIB en 2015 et à financer des baisses de charges pour les entreprises afin de doper la croissance et l'emploi.

"Il est normal que, dans une majorité où le débat existe, et c'est mon devoir de les écouter, il y ait des expressions différentes. Mais après ce vote, c'est la responsabilité qui doit l'emporter", a-t-il déclaré sur France Inter.

LES FRONDEURS N'ENTENDENT PAS DÉSARMER

Même si les 41 abstentions se situent dans le haut de la fourchette envisagée par l'exécutif - "si c'est 40, c'est la cata", disait un député PS avant le vote, un membre du gouvernement voit dans le débat un signe de bonne santé d'un "Parlement qui est dans son rôle et ne joue pas les godillots".

S'il reconnaît le niveau "relativement élevé" d'abstentionnistes, l'entourage de François Hollande se réjouit que le texte ait été voté "par une majorité de gauche qui n'a pas eu besoin de l'appoint de la droite et des centristes et qui ne peut que se renforcer dans les votes postérieurs".

Plus alarmiste, une députée socialiste parie sur d'autres joutes sanglantes dans la famille socialiste. "Ma conviction c'est que cela va se reproduire", dit-elle, rappelant la menace de certains élus PS de former un groupe dissident à l'Assemblée.

Le député des Français de l'étranger Pouria Amirshahi voit dans le vote de mardi "le signe d'une exigence nouvelle, désireuse de renouer le fil de la confiance avec les citoyens".

"Ce sera demain d'autres choix budgétaires et donc des choix de société discutés, tournés vers l'avenir", espère-t-il.

Aux yeux d'Adélaïde Zulfikarpasic, ce débat a donné à l'aile gauche du PS une tribune inespérée. "C'est un moment fondateur, c'est un peu maintenant ou jamais qu'il fallait exprimer des réticences ou des divergences de vues".

(Avec Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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