L'aide à l'Ukraine ne suffira pas si elle perd l'Est, juge le FMI
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par Anna Yukhananov et Ilaria Polleschi
WASHINGTON (Reuters) - Le Fonds monétaire international a prévenu jeudi qu'il pourrait avoir à réviser son plan d'aide financière de 17 milliards de dollars à l'Ukraine dans le cas où le gouvernement de Kiev perdrait le contrôle des régions de l'Est du pays, où les séparatistes pro-russes étendent leur emprise.
Le FMI, dont le conseil d'administration a approuvé mercredi le versement d'une aide sur deux ans au pays au bord de la banqueroute, a ajouté qu'une dégradation des relations entre Kiev et la Russie, qui achète un quart des exportations ukrainiennes, pourrait également contraindre au versement d'une aide supplémentaire.
Dans l'immédiat, la décision prise mercredi ouvre la voie au déblocage immédiat d'une première tranche d'aide de 3,2 milliards de dollars, dont les deux tiers renforceront le budget ukrainien. Elle devrait éloigner à court terme les perspectives d'un défaut ukrainien sur sa dette.
La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a admis que la mise en oeuvre de ce plan comportait des risques géopolitiques, ainsi que des incertitudes liées à la capacité du gouvernement de Kiev de mener à bien des réformes impopulaires réclamées par l'institution internationale.
"Nous prenons toutes les précautions afin d'atténuer ces risques", a-t-elle déclaré à la presse.
Le déblocage des deuxième et troisième tranches dépendra de l'évaluation des progrès réalisés par le gouvernement de Kiev dans la mise en oeuvre du programme d'ajustement convenu avec les négociateurs du FMI.
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AIDE SUPPLÉMENTAIRE?
Le conseil d'administration du FMI, qui comprend 24 membres dont des représentants des Etats-Unis et de la Russie, a décidé de se réunir tous les deux mois en préalable aux deux prochains réexamens du programme, plutôt que les trois mois habituels, afin de suivre étroitement l'application par Kiev de ses engagements.
Cette assistance du FMI était jugée indispensable pour remettre à flot les finances publiques de l'Ukraine. Deux précédents programmes du FMI en faveur de Kiev ont été suspendus faute de mise en oeuvre des réformes promises.
Le pays, qui traverse la crise économique la plus grave depuis l'indépendance, en 1991, est également au coeur d'une lourde crise politique et géopolitique: les régions de l'Est échappent de plus en plus aux nouvelles autorités en place depuis la chute de Viktor Ianoukovitch, le 22 février dernier.
Dans un rapport publié jeudi, le FMI a reconnu que la perte de ces régions industrielles et productrices de charbon le contraindrait à réviser son plan d'aide et à débloquer une aide supplémentaire.
"Une perturbation durable des relations avec la Russie qui affecterait les exportations, l'investissement et la croissance, ou la perte de contrôle économique sur l'Est, qui réduirait les rentrées budgétaires, nécessiteraient un recalibrage important du plan d'aide et des financements supplémentaires, y compris de la part des partenaires bilatéraux de l'Ukraine", lit-on dans le rapport.
HAUSSE DU PRIX DU GAZ
L'aide du FMI doit permettre indirectement le déblocage d'autres sources de crédits, qui pourraient atteindre au total 15 milliards de dollars supplémentaires.
D'après les nouvelles autorités, le produit intérieur brut de l'Ukraine devrait se contracter de 3% cette année. Sur le premier trimestre, il a reculé de 1,1%.
En échange de cette aide, le FMI attend de l'Ukraine la mise en oeuvre de réformes majeures dans les secteurs de l'énergie et de la finance. Dont une augmentation des tarifs du gaz pour les particuliers, une mesure particulièrement impopulaire dans un pays qui a longtemps bénéficié de conditions d'importation particulièrement avantageuses et doit désormais faire face en outre à une augmentation très forte des prix imposés par le géant gazier russe Gazprom.
Le gouvernement de Kiev a promis de relever de plus de 50% le prix du gaz à partir de ce jeudi.
"L'Ukraine a fait la preuve ces dernières semaines de sa capacité à entreprendre des réformes et répondu à certaines questions en suspens depuis longtemps. Nous sommes persuadés que l'Ukraine a une occasion à saisir, celle de rompre avec les pratiques du passé, à la fois sur le plan budgétaire, monétaire et de la gouvernance", a déclaré Christine Lagarde.
"Le programme économique des autorités soutenu par le FMI vise à rétablir la stabilité macroéconomique, renforcer la gouvernance économique et la transparence et libérer une croissance économique solide et soutenable tout en protégeant les plus vulnérables", écrit le Fonds dans un communiqué.
(Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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