Les adolescents écossais hésitent sur l'indépendance
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par Belinda Goldsmith et Paul Hackett
EDIMBOURG (Reuters) - Lorsque le gouvernement écossais a décidé d'abaisser exceptionnellement le droit de vote à 16 ans pour le référendum d'autodétermination à venir, il pensait favoriser ses projets séparatistes en tablant sur le radicalisme de la jeunesse, mais l'idée pourrait tenir de l'erreur de calcul.
Deux sondages récents montrent en effet que le Parti national écossais (SNP) du Premier ministre Alex Salmond n'est pas certain d'obtenir le soutien des plus jeunes le 18 septembre prochain.
"Même si je suis fier d'être Ecossais, je pense que nous sommes plus forts financièrement et économiquement au sein d'une organisation plus large", explique Charlotte Smith, 16 ans, interrogée par Reuters entre deux sessions de révisions avant les examens d'été.
"Mais je suis heureuse que l'âge du droit de vote ait été abaissé, ce qui me permet de participer", ajoute-t-elle, qualifiant ce scrutin d'historique.
Peu d'instituts de sondage ont spécifiquement demandé à ces adolescents de 16 et 17 ans s'ils allaient saisir cette chance historique de voter lors d'un référendum qui pourrait mettre fin à 307 ans d'union entre l'Ecosse et l'Angleterre.
Mais dans le cadre d'une enquête réalisée auprès de 1.000 jeunes Ecossais en mai dernier, des chercheurs de l'Université d'Edimbourg avaient déterminé que 60% des 14-17 ans étaient opposés à l'indépendance contre 21% de partisans.
Un autre sondage, réalisé cette année auprès de 1.500 étudiants de la Caledonian University de Glasgow, est parvenu à une conclusion similaire: 63% d'entre eux souhaiteraient rester au sein du Royaume-Uni.
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UN PARI RISQUÉ ?
"Je ne sais pas ce qui va se passer en cas de victoire du 'oui'", avoue Danny Hutcheson, 16 ans, qui vit dans l'Aberdeenshire, un région du nord-est de l'Ecosse.
Il s'inquiète de la future monnaie de l'Ecosse indépendante, de la défense et de la répartition des réserves de pétrole, des questions qui devront être débattues avec Londres entre la date du référendum et le 24 mars 2016, date officielle de l'indépendance en cas de victoire du 'oui'.
Pour Mark Shephard, expert en sciences politiques de l'université de Strathclyde qui a conduit un projet sur l'indépendance via les médias sociaux, ces inquiétudes sont partagées par de nombreux adolescents.
"La possibilité que le marché du travail soit incertain au moment même où les étudiants songent à y entrer pendant une période de difficultés économiques prolongées les influence", explique-t-il.
Plus de 98.000 jeunes âgés de 16 ou 17 ans sont déjà inscrits sur les listes électorales, soit près de 80% des jeunes de cette tranche d'âge et 3% des quatre millions de votants.
"Ce niveau d'intérêt montre clairement que le fait de donner le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans était la bonne chose à faire", assure Nicola Sturgeon, numéro deux du SNP.
INDÉPENDANCE
Megan McKay, 16 ans, a soutenu la campagne pour le "oui" lors du débat organisé dans son école à Banff, à 275 km au nord d'Edimbourg. La jeune fille estime que l'Ecosse, une fois indépendante, pourrait faire un meilleur usage des revenus provenant du pétrole.
Elle est également séduite par la perspective de voir le pays se débarrasser de l'arme nucléaire ou que soit maintenue la gratuité des frais de scolarité, qui s'élèvent à 11.000 euros par an en Angleterre.
L'indépendance "va offrir de meilleurs opportunités aux jeunes, dont les étudiants", dit-elle. "L'Ecosse va devenir une nation plus riche. Ça me pousse aussi à m'impliquer davantage dans la politique écossaise."
Mais Hannah Campbell, 16 ans elle aussi, craint que l'Ecosse indépendante ne perde de sa crédibilité sur la scène politique internationale et estime que le pays a plus à obtenir de l'Union européenne s'il reste au sein du Royaume-Uni.
Pour la classe politique écossaise, difficile de prévoir ce que feront finalement ces jeunes. A mesure qu'approche la date du scrutin, certains pensent que ces adolescents seront plus influençables que leurs aînés. Une donnée qui pourrait avoir son importance: vu le niveau des indécis, l'issue du référendum pourrait dépendre au final d'un petit noyau d'électeurs.
(Clémence Apetogbor pour le service français)
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