Les séparatistes ukrainiens ignorent l'appel de Vladimir Poutine
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Les séparatistes ukrainiens maintiennent le référendum dimanche
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Les séparatistes ukrainiens maintiennent le référendum dimanche
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par Matt Robinson
DONETSK Ukraine (Reuters) - Les séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine ont annoncé jeudi le maintien à la date de dimanche de leur référendum d'autodétermination malgré l'appel à un report de ce scrutin lancé la veille par Vladimir Poutine.
A Donetsk comme à Louhansk, les deux régions administratives formant le Donbass, les chefs de file du mouvement séparatiste n'ont pas tenu compte de la demande du président russe.
"Nous venons juste de voter au Conseil populaire (...) La date du référendum a été approuvée à 100%. Le référendum aura lieu le 11 mai", a déclaré Denis Pouchiline, chef de la "République populaire de Donetsk", s'adressant à des journalistes en présence d'un homme armé.
"Des millions de personnes veulent voter. Le référendum aurait eu lieu même si nous avions voté contre. La guerre civile a déjà commencé. Le référendum peut y mettre fin et permettre l'ouverture d'un processus politique", a-t-il ajouté.
Le scrutin aura également lieu à Louhansk, a confirmé l'Armée du Sud-Est citée par l'agence de presse RIA.
Les bulletins de vote, imprimés à Donetsk, ont été acheminées vers les bureaux où, selon Roman Liaguine, le président de la commission électorale de la "République populaire de Donetsk", plus de trois millions de personnes pourront prendre part au scrutin.
"Vous n'avez pas idée du nombre d'hommes armés qui se trouvent à présent à Donetsk. Nul homme ne peut repousser ce référendum", a-t-il ajouté.
A Moscou, les autorités russes ont réagi avec prudence à ce qui peut apparaître comme une rebuffade, attendant, selon le porte-parole du Kremlin, davantage d'informations.
TRADUIRE LES DISCOURS PAR DES ACTES
Les Européens, alliés des autorités en place à Kiev depuis la chute de Viktor Ianoukovitch, ont pour leur part pressé le président russe de mettre en accord ses déclarations et les opérations sur le terrain.
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Notant que "les récentes déclarations du président Poutine semblent aller dans la bonne direction", le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a indiqué dans un communiqué que "ces perspectives doivent maintenant se traduire sur le terrain".
"L'urgence, a-t-il insisté, est l'arrêt des violences et un dialogue national incluant toutes les parties, dans la perspective des élections présidentielles du 25 mai."
Son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier a jugé pour sa part que les déclarations de Poutine constituaient "peut-être un tournant" dans la crise, susceptible de redonner une chance à la diplomatie. "Je salue le ton constructif du président Poutine après sa rencontre avec le président de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Ce qui a été débattu à Moscou doit à présent se traduire en acte sans délai", a-t-il dit.
Avant même son rejet par les séparatistes du Donbass, l'appel lancé par Poutine à un report du référendum n'avait pas convaincu les autorités de Kiev.
Dans la matinée, Andriy Paroubi, qui préside le Conseil de sécurité et de défense, promettait la poursuite de l'offensive lancée pour restaurer l'autorité de Kiev dans l'Est "quelle que soit la décision des groupes terroristes des régions de Donetsk et de Louhansk", prévenait-il lors d'une conférence de presse organisée dans la capitale.
POUTINE PEUT DÉMONTRER QU'IL N'EXERCE AUCUN CONTRÔLE
C'est ce point que Moscou semble vouloir mettre en avant pour expliquer la décision des séparatistes du Donbass.
"D'abord Kiev a déclaré qu'il ne lèverait pas ses opérations punitives puis il y a eu cette déclaration selon laquelle le référendum ne sera pas remis à plus tard", a souligné Dmitri Peskov, le porte-parole de Poutine.
Le ministère des Affaires étrangères a observé pour sa part que l'attitude du pouvoir central avait remis en cause les perspectives d'un dialogue entre les parties impliquées dans la crise ukrainienne, ce même dialogue invoqué la veille par Poutine pour appeler à un report du scrutin.
Mercredi, plusieurs observateurs, dont le politologue Evguéni Mintchenko, proche du Kremlin, estimaient que selon toute vraisemblance, les chefs de file du mouvement séparatiste accéderaient à la demande du maître du Kremlin. "Ils savent que sans le soutien de la Russie et, de fait, de l'armée russe, ils pourraient être soumis à des frappes militaires sévères", expliquait ainsi Mintchenko.
D'autres observateurs jugent au contraire plausible que Poutine ait anticipé le refus des séparatistes de Donetsk et de Louhansk. Dans cette perspective, le rejet de sa demande démontrerait que, contrairement à ce qu'affirment Kiev et les Occidentaux, il ne les contrôle pas.
Ce rejet, analyse Maria Lipman, du Carnegie Center de Moscou, "peut être utilisé pour démontrer que les gens de l'Est ukrainien ne sont pas des Russes, qu'ils ne reçoivent pas leurs ordres de la Russie, que la Russie n'exerce aucun contrôle sur eux et qu'ils font ce que bon leur semble".
Il permet aussi à Moscou de prendre ses distances avec une consultation qui ne sera de toute façon pas reconnue par l'Occident. Et de relancer ses propres critiques à l'encontre de l'élection présidentielle anticipée qui doit se tenir le 25 mai dans toute l'Ukraine.
Il serait "insensé" que ce scrutin ait lieu sans un arrêt préalable des opérations de l'armée ukrainienne et l'ouverture d'un dialogue national, a estimé le ministère russe des Affaires étrangères.
(avec Elizabeth Piper et Gabriela Baczynska à Moscou; Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)
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