Veille de référendum sous haute tension à Marioupol
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Veille de référendum sous haute tension à Marioupol
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par Matt Robinson
MARIOUPOL Ukraine (Reuters) - L'homme au béret rouge jette à terre sa clé à molette avant de se loger à l'intérieur d'un véhicule de transport de troupes (VTT) abandonné, dont il tourne et incline le canon de 50 mm.
Derrière lui, des barricades dressées à l'aide de poubelles et de palettes en bois bloquent chaque entrée de la place centrale de Marioupol au lendemain d'une journée d'affrontements meurtriers.
Le port du sud-est de l'Ukraine a l'odeur nauséabonde d'une ville échappant à tout contrôle: les pneus enflammés crachent leur fumée noire dans le ciel.
De nombreux russophones dans cette agglomération industrielle de 500.000 habitants iront voter dimanche lors du référendum d'autodétermination organisé par les pro-Moscou, même si le vote paraît de plus en plus hors sujet: la bataille pour Marioupol semble bien se jouer au-delà des urnes.
"On ne sait pas ce qu'il s'est passé. On est venu ici pour savoir, mais ils ne nous disent rien", dit Tatiana, la soeur d'un policier nommé Mikhail, qui a été abattu vendredi lors d'un assaut des forces ukrainiennes contre un poste de police.
Le poste, dira Kiev, avait été attaqué par une soixantaine de miliciens pro-russes.
Le bilan des violences varie selon les sources, de sept à plus de vingt morts. Il y a eu des dizaines de blessés. Les troupes ont ouvert le feu sur le bâtiment à l'aide d'armes automatiques et de grenades RPG, à voir des images filmées par un caméraman de la chaîne de télévision ITN.
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Des civils ont été pris entre deux feux.
Le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, a déclaré que seuls des "terroristes" avaient péri. Le chef de la police aurait été enlevé.
Les VTT de l'armée ont ensuite parcouru la ville en sens inverse, les soldats se repliant en tirant en l'air face à une foule hostile. Un blindé est tombé en panne, les militaires l'ont abandonné. Des pro-russes l'ont incendié samedi.
Juché sur la carcasse, un homme crie: "La dernière fois que les chars étaient là, c'était en 43", par allusion à l'occupation de Marioupol par les nazis. "Maintenant, ils reviennent, envoyés par la junte (de Kiev)!"
ACCROCHAGES
Plus loin, des policiers en habits civils retirent hâtivement leurs uniformes des ruines encore fumantes du commissariat de police, ils les jettent dans le coffre de leur voiture et s'en vont.
"Je ne sais pas qui a tiré", dit l'un, refusant de donner son nom. "Je pourrais vous parler, mais quelqu'un se fera tirer dessus", dit un autre, qui se présente comme le chef du poste.
La police dans le bassin industriel et largement russophone du Donbass s'est rangée le plus souvent du côté des pro-russes dans la bataille pour le contrôle de la région qui se déroule depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch en février et l'annexion de la Crimée en mars.
Mais l'armée n'a pas renoncé à Marioupol, ville rythmée depuis ces derniers jours par des accrochages quasi quotidiens.
Quant au déroulement du référendum dans la deuxième plus grande ville de la région après Donetsk, cela reste encore un mystère.
Aucun observateur extérieur n'a été invité. Les bulletins de vote ne sont qu'une page imprimée en noir et blanc, facilement duplicable. Aucun quorum de participation n'a été fixé.
Des membres de la Garde nationale ukrainienne, épaulés par des soldats dans quatre blindés de transport de troupes, contrôlent les véhicules qui entrent et sortent de la ville, sur une route qui conduit à Donetsk et que les miliciens pro-russes devront emprunter s'ils veulent acheminer les bulletins dans la capitale régionale après les opérations de vote, censées prendre fin à 22h00 (19h00 GMT).
Les électeurs seront appelés à se prononcer sur un statut formulé de manière ambiguë, qui peut tout aussi bien signifier l'autonomie que l'indépendance. Le résultat de la consultation ne laisse guère entrevoir de solution.
"Kiev ne considérera pas le référendum comme légitime, mais ils sont arrivés au pouvoir de manière illégitime", déclare Slavik, un militant pro-russe. Prié de dire où le scrutin sera organisé dans la ville, il répond: "C'est un secret, c'est confidentiel, trop dangereux."
(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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