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La Cour des comptes épingle Areva et les années Lauvergeon

reuters.com

Publié le 12 mai 2014 à 18:55 - Mis à jour le 13 mai 2014 à 17:20

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PARIS (Reuters) - La Cour des comptes fait le procès de la présidence d'Areva, groupe phare de la filière nucléaire française, par Anne Lauvergeon pendant les années 2006-2011 dans un pré-rapport dont le journal Les Echos publie mardi de larges extraits.

Tout y passe, de la stratégie générale d'Areva qualifiée de "fuite en avant" à la rémunération des dirigeants, en passant par la commercialisation du réacteur EPR et l'affaire Uramin -objet d'une enquête préliminaire.

"Un certain nombre de difficultés du groupe (...) dans la période antérieure à 2012, proviennent avant tout de la forte personnalité de la présidente du directoire", lit-on dans un des extraits publiés par Les Echos.

Deux ans après son départ d'Areva en 2011, Anne Lauvergeon s'est vue confier en 2013 par le gouvernement la présidence de la commission "Innovation 2030", chargée de repérer et aider les champions industriels de la France de demain.En avril 2014, elle est devenue présidente du conseil d'administration de SIGFOX, PME de 60 personnes spécialisée dans les infrastructures pour les objets connectés. Elle occupe aussi des postes d'administratrice dans plusieurs sociétés.

Elle n'a pas pu être contactée lundi soir. Interrogé, Areva, dont l'Etat français détient directement ou indirectement près de 87% du capital, n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat.

La Cour des comptes ne se borne pas à la période Lauvergeon mais s'étend aussi à l'organisation actuelle de sa gouvernance, jugée responsable de choix aujourd'hui critiqués.

"Dans le schéma actuel de gouvernance, le directoire a pu prendre seul la décision de signer le contrat de l'EPR finlandais OL3, source d'une perte de plus de trois milliards d'euros pour Areva", lit-on dans le document.

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La Cour estime à ce propos qu'"on ne peut plus croire" à une livraison du réacteur en 2014, comme Areva le promet toujours publiquement après plusieurs reports.

C'est avant 2012 que la transformation en société à conseil d'administration "aurait été la plus utile", ajoute la Cour, qui juge cependant le sujet toujours d'actualité.

Son pré-rapport est particulièrement sévère pour celle que l'on surnommait "Atomic Anne" et dont les rapports tendus avec le PDG d'EDF Henri Proglio ont défrayé la chronique.

MODÈLE CONTESTÉ, INVESTISSEMENTS IMPRUDENTS

La Cour estime ainsi que le "modèle intégré" défendu par Anne Lauvergeon, de l'extraction de l'uranium au retraitement des déchets en passant par la conception et la construction des réacteurs, "n'est pas définitivement convaincant".

Pendant la période concernée, Areva a financé ses investissements "majoritairement grâce à ses cessions" (d'actifs), faute de flux de trésorerie opérationnels suffisants, rappelle la Cour des comptes.

En 2007, Areva a en revanche acheté "de façon imprudente et à un prix très élevé" la société minière canadienne Uramin, qui détenait des droits sur trois gisements africains d'uranium, dont la valeur s'est avérée faible quatre ans plus tard.

Ce qui n'a pas empêché le groupe d'investir "dans la hâte" sans tenir compte de la chute du cours de l'uranium, souligne la Cour, selon laquelle cette affaire, "dont les tribunaux ont encore à connaître", fait apparaître "des fautes individuelles".

Globalement, la Cour des comptes juge le bilan financier des grands projets d'Areva "peu satisfaisant".

Le groupe a accusé en 2013 une perte pour la troisième année d'affilée, reflet d'une situation que le rapport juge d'autant plus inquiétante qu'Areva ne dispose plus d'actifs majeurs à céder.

"L'ouverture du capital souhaitée par les dirigeants, avec entrée de nouveaux investisseurs, sera difficile à réaliser sans signe probant (de) redressement", écrivent les auteurs du rapport. "La tutelle doit s'interroger sur les besoins capitalistiques du groupe tout en mettant en place, en collaboration avec Areva, un plan de retour à la rentabilité."

La Cour des comptes épingle enfin la rémunération des membres du conseil de surveillance du groupe sous la présidence Lauvergeon, sur la base de taux de réussite "contestables".

"La rémunération de l'ancienne présidente du directoire a connu une progression très rapide au cours de son second mandat (...) La découverte tardive de dossiers, dont la mauvaise gestion coûte aujourd'hui très cher au groupe, amène à critiquer une telle progression", estime-t-elle.

De même, la Cour critique les indemnités de départ d'Anne Lauvergeon, dont le niveau est jugé "excessif".

(Emmanuel Jarry et Gilles Guillaume, édité par Benoît Van Overstraeten)

reuters.com

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