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Paris redoute la jonction entre Boko Haram et d'autres mouvements

reuters.com

Publié le 16 mai 2014 à 18:32 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:14

Paris redoute la jonction entre Boko Haram et d'autres mouvements

Paris redoute la jonction entre Boko Haram et d'autres mouvements

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par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Confinée jusqu'à présent dans le nord-est du Nigeria, la secte islamiste Boko Haram se serait rapprochée depuis un an de mouvements islamistes armés régionaux, une évolution suivie de près par Paris, qui redoute une contagion sur fond de conflit centrafricain et de "trou noir" sécuritaire dans le sud-libyen.

La France accueille samedi à Paris un sommet international pour la sécurité du Nigeria qui doit arrêter une stratégie commune contre ce groupe.

Depuis l'opération militaire française au Mali contre des groupes islamistes armés en janvier 2013, "on a constaté un soutien d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) de plus en marqué en terme de financement et de formation, on trouve notamment des personnels arabes aujourd'hui dans les camps d'entraînement", souligne une source militaire française.

"Il y a une certaine porosité qui s'est établie entre djihadisme saharien et mouvements nigérians", ajoute cette source, à l'heure où la France prévoit de déployer 3.000 de ses soldats dans la bande sahélo-saharienne pour lutter contre le terrorisme à l'échelle régionale.

Pour Paris, la multiplication des attaques qui ont fait plus de 1.000 morts entre le 1er janvier et la mi-mars dans des actions menées par Boko Haram, un chiffre quatre fois supérieur à celui enregistré sur la même période l'année dernière, pourrait trouver son origine dans le rapprochement de la secte islamiste avec d'autres mouvements.

CONTAMINATION

Dans un rapport publié en 2012, une mission de l'Onu chargée d'évaluer l'impact de la crise libyenne dans le Sahel faisait déjà état d'un lien entre Boko Haram et Aqmi et rapportait que certains de ses membres du Nigéria et du Tchad avaient été formés dans les camps d'Al Qaïda au Mali à l'été 2011.

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Fondé en 2002, Boko Haram, dont le nom en langue haoussa signifie "l'éducation occidentale est un péché", prône l'application stricte de la charia et réclame la création d'un Etat islamique dans le nord-est du pays.

Depuis le début de l'insurrection, le groupe, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, s'en est essentiellement pris aux forces de sécurité nigérianes et aux écoles, faisant plusieurs milliers de morts.

Ses actions ont désormais franchi les frontières nigérianes et deux pays limitrophes, le Cameroun et le Tchad, "se retrouvent contaminés", souligne-t-on à Paris où l'on fait état d'une "pénétration croissante des mouvements nigérians dans le nord du Cameroun".

"Le risque implicite, qui est théorique pour l'instant mais qui fait partie des craintes, c'est qu'au moment où la Centrafrique est très largement divisée sur une base confessionnelle depuis plusieurs mois, ces mouvements de type extrémistes continuent peu à peu leur progression, finissent par faire leur jonction avec d'autres mouvements en RCA et créent un continuum de mouvement terroriste qui relierait toute la zone qui part du nord du Nigeria jusqu'au nord et à l'est de la RCA et, au-delà, le Soudan.".

"Là, il y aurait une jonction particulièrement problématique pour les intérêts de la France et de l'Europe", estime-t-on.

CAMPS D'ENTRAÎNEMENT

Spécialiste de Boko Haram et du Nigeria, Marc-Antoine Pérouse de Montclos se montre pour sa part prudent sur l'existence de liens entre Boko Haram et Al Qaïda, dans un entretien publié à la mi-mars dans Le Monde.

"D'une part, nous n'en avons pas de preuve. D'autre part, il existe des divergences doctrinaires très importantes entre les deux mouvements. Le coeur de cible de Boko Haram, ce sont les forces de sécurité nigérianes et les 'mauvais' musulmans, alors qu'Al Qaida cible les Occidentaux", soulignait-il.

Un rapprochement entre Boko Haram et Ansaru, branche dissidente de la secte davantage liée à Al Qaïda, serait plus de l'ordre du possible même si aucun élément n'est venu pour l'heure confirmer un tel rapprochement, selon le chercheur.

En dépit du coup porté au mouvement en 2009 avec la mort de son fondateur Mohamed Youssouf lors d'une intervention de l'armée nigériane, Boko Haram a gagné du terrain et est jugé capable de mener des actions de grande ampleur contre des installations militaires.

Très structuré, le mouvement, dont le nombre de militants reste difficile à définir avec précision, a mis en place des camps d'entraînement de 200 à 300 personnes, formés au maniement des armes et à la formation tactique dans un encadrement religieux, susceptibles d'être démontés en quelques heures avant l'arrivée des forces nigérianes, dit-on de source militaire.

Le mouvement, qui s'alimente en kalachnikovs, mitraillettes, explosifs et roquettes via la Libye, bénéficie en outre d'une grande complicité au Tchad et au Niger, les deux axes principaux d'acheminement du trafic régional d'armes.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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