Des miliciens exigent la suspension du Parlement libyen
reuters.com

Des hommes armés envahissent le Parlement libyen à Tripoli
reuters.com
reuters.com

Des hommes armés envahissent le Parlement libyen à Tripoli
reuters.com
par Ahmed et Elumami et Ulf et Laessing
TRIPOLI (Reuters) - Des miliciens alliés à une grande figure du soulèvement de 2011 en Libye contre Mouammar Kadhafi ont fait irruption dans l'enceinte du Parlement à Tripoli et proclamé dimanche la suspension de ses travaux.
Ces hommes armés seraient des fidèles du général Khalifa Haftar, en rupture avec le pouvoir et qui prétend purger le pays de la présence des groupes islamistes armés.
Vendredi, ils ont lancé une offensive sanglante à Benghazi, la grande ville de l'Est, contre des miliciens islamistes; dimanche, ils ont poursuivi leur mouvement à Tripoli, où ils ont brièvement occupé le siège du Conseil général libyen (CGN), le Parlement mis en place après la chute de Kadhafi.
Haftar, qui dirige une autoproclamée "Armée nationale libyenne" (ANL), et ses alliés exigent que le pouvoir soit transféré à l'assemblée constituante dont les membres ont été élus en février dernier.
"Nous proclamons la suspension du Conseil général libyen", a déclaré à la télévision le colonel Mokhtar Fernana, ancien officier de la police militaire de la région de Zentane rallié au général Haftar.
Il a affirmé que l'initiative ne relevait pas d'un coup d'Etat mais a ajouté que le Parlement libyen n'avait aucune légitimité et qu'il devait remettre le pouvoir aux membres de la commission chargée de réécrire la Constitution.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

De la fumée s'élevait tard dimanche soir du bâtiment du Parlement, dont les assaillants se sont retirés. Des fusillades ont ensuite été entendues dans plusieurs quartiers de la capitale où des milices rivales se sont affrontées. Jusque tard dans la nuit, coups de feu et explosions ont retenti le long de la route menant à l'aéroport.
Tôt lundi matin, le ministère de la Justice faisait état d'un bilan de deux morts et 55 blessés dans la capitale.
L'assaut de dimanche a été condamné par le ministre de la Justice, Saleh al Mergani, qui a également rejeté les revendications des assaillants. "Le gouvernement exige un arrêt immédiat de toute action militaire et du recours à la force pour exprimer des opinions politiques", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.
LE POUVOIR DES BRIGADES
Il est difficile de déterminer avec précision qui a mené l'opération contre le Conseil général libyen. Difficile aussi de mesurer le soutien dont le général Haftar bénéficie dans les rangs des nouvelles forces armées libyennes, encore embryonnaires, ou parmi les brigades des ex-rebelles anti-Kadhafi.
Ancien allié de Kadhafi, Haftar s'est opposé au "Guide" dans les années 1980, rejetant l'intervention militaire de la Libye au Tchad. Exilé aux Etats-Unis, il est revenu en Libye en plein "printemps arabe" et a pris le commandement d'une des brigades rebelles.
En février dernier, déjà, il avait semé le trouble en apparaissant, en uniforme, à la télévision pour réclamer la mise en place d'un gouvernement provisoire au nom, ajoutait-il, du "commandement national de l'armée libyenne".
Le chef du gouvernement d'alors, Ali Zidane, avait balayé son appel, évoquant l'initiative d'un homme dépourvu de la moindre autorité et promettant qu'une procédure juridique dans le cadre du droit militaire serait engagée contre lui.
Depuis le renversement et la mort de Kadhafi, en octobre 2011, les ex-milices rebelles, dont les deux brigades les plus puissantes, celles de Zentane et de Misrata, font la loi en Libye, exploitant le vide et le chaos politique.
Un autre ancien commandant rebelle, Ibrahim Jathran, a occupé l'été dernier des installations pétrolières de Cyrénaïque.
En plus d'une plus grande autonomie pour la région de l'Est, lui aussi exige la suspension du parlement et le transfert du pouvoir à la commission constitutionnelle élue fin février. La production pétrolière libyenne, qui était de 1,4 million de barils par jour avant l'été 2013, a chuté à 200.000 barils par jour.
(avec Feras Bosalum; Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français)
reuters.com