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La diplomatie française en retrait en Ukraine

reuters.com

Publié le 22 mai 2014 à 11:34 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:12

La diplomatie française en retrait en Ukraine

La diplomatie française en retrait en Ukraine

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par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Concentrée sur d'autres conflits et alignée sur les Etats-Unis, la diplomatie française a manqué d'inspiration et d'initiative dans la crise ukrainienne, commettant des erreurs d'appréciation dans l'attitude à adopter face à Moscou, estiment les analystes.

A l'époque de la guerre russo-géorgienne de 2008, Nicolas Sarkozy, dont le pays assumait la présidence de l'Union européenne, avait négocié un cessez-le-feu et proposé un accord de paix qui avait mis fin au conflit entre Moscou et Tbilissi.

"On est frappé par le contraste, pas tant au niveau des résultats que dans la manière d'agir de la France, entre la crise géorgienne et la crise ukrainienne", souligne François Géré, spécialiste des questions de défense et président fondateur de l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS).

"Les contextes sont certes différents mais il manque dans le cas de la crise ukrainienne un souffle de dynamisme de la part de la diplomatie française", ajoute-t-il.

Même si le succès géorgien revendiqué par Nicolas Sarkozy est au final en demi-teinte puisque la Russie a fini par reconnaître l'indépendance de deux territoires séparatistes géorgiens pro-russes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, la médiation avait permis d'apaiser pour un temps les tensions.

"Nous sommes reconnaissants à Nicolas Sarkozy d'être venu et de nous avoir aidés à résoudre la crise", dit un diplomate russe. "Aujourd'hui, dans une situation similaire, personne n'est venu voir Poutine. Pourquoi François Hollande, Angela Merkel et Vladimir Poutine ne se sont-ils pas rencontrés ?"

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A l'Elysée, on émet des doutes sur la pertinence d'une telle rencontre, comme avait pu le faire à l'époque Nicolas Sarkozy. Un tel déplacement en Russie n'était récemment jugé possible qu'en cas de garanties sur certains points, notamment sur la tenue des élections du 25 mai en Ukraine.

SECOND PLAN

Depuis le début de la crise ukrainienne, la France n'a jamais été en première ligne, concentrée sur son intervention en Centrafrique lancée début décembre quelques jours après les premières manifestations pro-européennes place Maïdan.

Laurent Fabius a certes fait partie de la troïka France-Allemagne-Pologne dépêchée à Kiev début février pour trouver une issue à la crise ouverte entre pro-russes et pro-ukrainiens et qui a débouché sur l'accord du 21 février.

Mais depuis, en dehors des appels au calme, des menaces de sanctions et de la suspension de la coopération militaire avec Moscou, aucune initiative française, ni européenne, n'a vu le jour ni permis de renouer le dialogue entre Kiev et Moscou.

"On a une diplomatie française qui a mis du temps à se mettre en place et qui a pâti du manque de ressources diplomatiques allouées ces dernières années à l'Ukraine", souligne Thomas Gomart, de l'Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de la Russie. "Il y a toujours eu un intérêt limité de Paris pour le partenariat oriental, à l'inverse de la Pologne ou de l'Allemagne".

D'où la difficulté pour la France, accaparée par d'autres crises internationales (RCA, Mali) dans lesquelles elle joue un rôle de premier plan, d'élaborer une dynamique et d'endosser un rôle de leadership dans le dossier ukrainien.

Les intérêts économiques de la France, dont les relations se sont substantiellement enrichies avec Moscou ces dernières années, ont également pesé dans ce retrait diplomatique.

Le contrat de livraison de deux navires de type Mistral conclu avec Moscou pour 1,2 milliard d'euros, première livraison de matériel militaire à la Russie par un pays de l'Otan, pourrait aussi avoir incité Paris à rester au second plan.

Une rupture de contrat, prônée par les Etats-Unis et d'autres partenaires de la France, enverrait en effet un message négatif aux pays clients de l'industrie d'armement française, et porterait un coup à la crédibilité internationale de la France à l'étranger, soulignait en mars une source proche du dossier.

Mi-mai, Paris a assuré que le contrat serait honoré étant donné qu'il n'était pas couvert par un éventuel train de nouvelles sanctions contre Moscou.

MARGE DE MANOEUVRE

Ces intérêts économiques, conjugués à une relation politique dégradée depuis la crise en Syrie et le soutien sans faille de la Russie au régime syrien de Bachar al Assad, ont considérablement réduit la marge de manoeuvre de la France.

Prudent sur le plan économique, Paris a toutefois commis des erreurs d'appréciation dans son attitude à l'égard de Moscou, pointe Jean-Christophe Rufin, ancien ambassadeur de France.

"Très - trop - alignée sur les Etats-Unis, la France croit judicieux de traiter la Russie avec mépris. Ses relations avec le président Poutine sont exécrables", soulignait-il en février dans les colonnes du Figaro Magazine.

"Le résultat est très négatif tant en termes de respect des droits humains (l'Allemagne plus conciliante avec Moscou est en position d'obtenir plus, y compris dans ce domaine) que comme éventuel médiateur de la crise ukrainienne dont la solution, chacun le sait, est au Kremlin."

A Moscou, certains milieux regarderaient désormais Paris avec condescendance.

"La lecture dominante à Moscou et dans certains milieux, c'est que l'Europe est engagée dans un déclin inexorable et que la France est elle minée par le multiculturalisme et le lobby gay", souligne Thomas Gomart. "À cela s'ajoute l'étroitesse des relations avec les États-Unis qui est vue de manière négative."

"Moscou constate que Paris n'est plus en pointe avec son positionnement passé, comme ce fut le cas lors de l'axe Paris-Berlin-Moscou lors de l'opposition à la guerre en Irak en 2003 et qu'il s'est alignée sur Washington et a perdu sa singularité", ajoute-t-il.

(Avec Yves Clarisse et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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