Le Pakistanais Sharif à l'investiture de Modi en Inde
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par Sheree Sardar
ISLAMABAD (Reuters) - Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif sera présent à la cérémonie d'investiture de Narendra Modi, futur chef du gouvernement indien, une première depuis l'indépendance des deux Etats en 1947.
Mohyuddin Wani, un des responsables du cabinet de Nawaz Sharif, a annoncé samedi que le Pakistan avait accepté l'invitation de la partie indienne.Les deux puissances nucléaires se sont livrés trois guerres depuis 1947. Leurs relations sont particulièrement tendues depuis l'attaque lancée à Bombay en novembre 2008 par un commando basé, selon les autorités indiennes, au Pakistan.
"Il y aura une rencontre bilatérale en marge de la cérémonie entre le Premier ministre Nawaz Sharif et M. Modi", a précisé Mohyuddin Wani.
De retour l'an dernier à la tête du gouvernement pakistanais, Sharif a promis d'améliorer les relations avec l'Inde, en particulier sur le plan commercial, mais se heurte aux radicaux pakistanais, notamment au sein de l'appareil militaire.
Pour de nombreux officiers, toute amélioration des relations bilatérales est conditionnée par un retrait préalable de l'Inde de la partie du Cachemire dont elle revendique la possession.
MODI INQUIÈTE L'ARMÉE PAKISTANAISE
En Inde également, la question est particulièrement sensible, d'autant que le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindou de Narendra Modi qui a triomphé aux législatives, milite de longue date pour une attitude de fermeté à l'égard du Pakistan et que Modi lui-même fait plutôt figure de "faucon" sur les questions liées à la sécurité nationale.
A Islamabad, les services pakistanais du renseignement et de la sécurité le considèrent comme un adversaire potentiel. "Modi a toujours pris parti contre le Pakistan. La politique indienne va être beaucoup plus musclée avec lui", rappelait un haut responsable de la défense après l'annonce de sa victoire.
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Mais des responsables gouvernementaux disent espérer que le futur chef du gouvernement indien saura saisir l'occasion d'un rapprochement et soulignent que sa stature et ses prises de position l'exposent moins aux accusations de faiblesse qui ont entravé l'action de son prédécesseur, Manmohan Singh.
"Il nous faut encore évaluer ce que sera la politique du gouvernement de Modi sur de nombreux sujets qui restent en suspens entre le Pakistan et l'Inde. Son discours d'investiture donnera nous l'espérons le ton des relations et nous travaillerons sur cette base", dit un responsable du ministère pakistanais de l'Information.
LE PRÉCÉDENT DE 1998-99La priorité que Modi s'est donné - une relance de l'économie - devrait passer par une plus grande ouverture du marché indien et une normalisation de ses relations avec ses voisins. Cette évolution peut être de nature à favoriser un rapprochement avec Sharif qui milite pour le libéralisme économique.
Sous la précédente administration BJP, en 1998, alors que Sharif dirigeait déjà le gouvernement pakistanais, les relations entre les deux Etats avaient déjà connu un réchauffement symbolisé par le déplacement en bus jusqu'à Lahore du chef du gouvernement indien de l'époque, Atal Bihari Vajpayee, en février 1999.
Moins d'un an après leurs essais nucléaires, la "Déclaration de Lahore" alors signée par les deux chefs de gouvernement soulignait que la dimension nucléaire de la sécurité de l'Inde et du Pakistan les obligeait à une responsabilité accrue pour éviter un conflit
Trois mois plus tard, l'armée pakistanaise avait torpillé les efforts de Sharif en s'emparant de postes avancés de l'armée indienne dans le nord du Cachemire. Et en octobre 1999, le général Pervez Musharraf, chef d'état-major des forces armées, déposait Sharif et le contraignait à un exil en Arabie saoudite.
Musharraf est le dernier dirigeant pakistanais à s'être rendu en Inde. C'était en 2005. L'an dernier, Manmohan Singh avait refusé lui l'invitation de Sharif à assister à sa propre investiture.
(avec Mehreen Zahra-Malik; Henri-Pierre André pour le service français)
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