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La défense de Bonnemaison veut ouvrir le débat sur l'euthanasie

reuters.com

Publié le 11 juin 2014 à 07:12 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:07

Ouverture du procès du docteur Bonnemaison

Ouverture du procès du docteur Bonnemaison

reuters.com

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par Claude Canellas

PAU Pyrénées-Atlantiques (Reuters) - La défense de l'ancien urgentiste Nicolas Bonnemaison, accusé d'avoir empoisonné sept patients en fin de vie, entend transformer son procès qui s'est ouvert mercredi en véritable débat de société sur l'euthanasie.

L'ex-médecin de l'hôpital de Bayonne, qui s'est présenté libre devant la cour d'assises de Pau (Pyrénées-Atlantiques), a toutefois dû justifier de son équilibre psychologique.

"Je voudrais dire que je pense aux patients aujourd'hui. J'ai vécu avec ces patients des moments qui marquent", a-t-il dit à la cour. "C'est quelque chose qui va au-delà de la vie du médecin. Je pense aux familles."

"Il est serein", a dit l'un de ses avocats, Me Benoît Ducos-Ader. "On va avoir un véritable débat de société que tout le monde a voulu, que ce soit l'accusation ou la défense. Ce qu'on espère c'est qu'on va enfin sortir de cette hypocrisie et faire avancer les choses."

Nicolas Bonnemaison avait été mis en examen en août 2011 et en janvier 2012 pour avoir abrégé la vie par injection létale de cinq femmes et deux hommes âgés de mars 2010 à juillet 2011.

Ces actes ont déjà valu au médecin d'être radié par le Conseil national de l'ordre des médecins, une décision contre laquelle il a introduit un recours devant le Conseil d'Etat.

"C'est une décision lourde de conséquences pour moi", a-t-il expliqué en précisant que "comparaître devant une cour d'assises comme un criminel, un assassin, un empoisonneur, c'est quelque chose qui est violent".

Il est reproché à l'urgentiste de n'avoir pas respecté la loi Léonetti qui encadre depuis 2005 la fin de vie en évitant l'acharnement thérapeutique sans autoriser l'euthanasie.

La loi prévoit que la décision doit être prise de manière collégiale avec le personnel soignant, le malade ou sa famille, et que seule la suspension des soins et l'administration de médicaments soulageant la souffrance est permise.

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UNE LOI A VENIR

Ce protocole, qui semble insuffisant aux yeux de nombre de médecins, pourrait être complété dans une nouvelle loi promise par François Hollande durant la campagne présidentielle.

En janvier dernier, le président a indiqué que ce texte devait permettre "à toute personne majeure atteinte d'une maladie incurable provoquant une souffrance psychologique, physique, insupportable et qui ne peut être apaisée, de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité".

Aucune date n'a été fixée pour le vote de ce texte qui permettrait à la France de se rapprocher des législations de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg, qui autorisent l'euthanasie, et de la Suisse, où le suicide assisté est légal.

Nicolas Bonnemaison avait été dénoncé par des infirmières et une aide-soignante et signalé au procureur de la République par le directeur de l'hôpital.

L'homme, qui assume ses actes sans vouloir jouer le rôle de militant favorable à l'euthanasie qu'il n'est pas, ne veut pas se glisser dans l'habit de l'empoisonneur que l'accusation représentée par Marc Mariée et Michaël Ohayon, respectivement procureur-adjoint et vice-procureur au tribunal de grande instance de Bayonne, a taillé pour lui.

ÉPISODES DE DÉPRESSION

Le président et le ministère lui ont demandé s'il pensait être "apte à diriger" un service hospitalier compte tenu des épisodes de dépression, des hospitalisations provisoires et des arrêts de travail qu'il a connus.

"Oui, je me suis senti apte", a-t-il dit, ajoutant que "tous les patients ont bénéficié de l'avis collégial des médecins à l'entrée aux urgences", ce à quoi le président a rétorqué que "ça n'apparaît pas clairement dans le dossier".

C'est un des points sur lequel s'appuie l'accusation, celui de la décision prise seul, ce qu'interdit la loi Léonetti.

L'ancien médecin a reçu le soutien d'une pétition signée par 60.000 personnes. Mercredi matin, une trentaine de membres de son comité de soutien sont venus assister aux débats.

Patricia Dhooge, la femme d'une des sept personnes décédées, témoignera durant le procès en sa faveur.

"Pour moi, c'est quelqu'un de bon qui m'a aidée à ce moment-là, qui a été présent, et j'aimerais vraiment que tous les médecins soient comme lui, avec de l'amour pour les autres. C'est un procès injuste, j'ai beaucoup de mal à le comprendre", a-t-elle déclaré à la presse.

Elle reconnaît n'avoir pas formellement demandé au médecin de mettre fin à la vie de son mari "mais je l'ai supplié : 'Arrêtez ces souffrances, je vous en prie'".

Bien qu'aucune des familles n'ait porté plainte, deux seulement s'étant portées partie civile, l'ancien médecin risque la réclusion criminelle à perpétuité.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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