Sabah Abouessalam-Morin : « À Edgar Morin, l’homme de ma vie »
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Edgar Morin et son épouse Sabah Abouessalam.
LTD/Boudlal Youssef/ABACA
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Edgar Morin et son épouse Sabah Abouessalam.
LTD/Boudlal Youssef/ABACA
Il est des êtres dont la présence dépasse le cercle intime de ceux qui les aiment. Des êtres qui, par leur pensée, leur regard sur le monde et leur humanité, laissent une trace durable dans la vie des autres. Edgar était de ceux-là. Il n’était pas seulement un époux, un ami ou un compagnon de route, il était une voix qui parlait à l’humanité tout entière.
Son humanisme, sa sagesse et son amour des hommes traversaient les frontières et les cœurs. Mais pour moi, il restera avant tout l’homme avec qui j’ai partagé dix-sept années de vie, de travail, de voyages, de projets et d’espérance. L’homme joyeux, tendre et profondément aimant, incapable de dureté envers quiconque.
Celui dont la présence donnait aux jours une intensité particulière et auprès duquel j’ai traversé les plus belles années de mon existence. Nous avions construit, au fil du temps, ce lien rare que seuls connaissent ceux qui ont véritablement avancé ensemble à travers la vie. Ces cinq dernières années, le temps avait commencé son œuvre silencieuse. Son corps s’affaiblissait peu à peu, mais son esprit demeurait libre, lumineux et tourné vers l’avenir.
Quand les épreuves devenaient plus lourdes, il me regardait avec cette confiance absolue qui nous unissait et me disait: «Sabah chérie, tu me sauves encore ?» Alors je me suis battue pour lui avec toute l’énergie que donne l’amour lorsqu’il devient une part de soi-même. Je l’ai accompagné sans relâche, portée par l’espoir obstiné de le garder encore auprès de moi.