John Kerry prie les Kurdes de ne pas lâcher Bagdad
reuters.com

John Kerry prie les Kurdes de ne pas lâcher Bagdad
reuters.com
reuters.com

John Kerry prie les Kurdes de ne pas lâcher Bagdad
reuters.com
par Lesley Wroughton
ERBIL Irak (Reuters) - En visite au Kurdistan irakien, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a prié mardi les dirigeants de la région autonome de faire corps avec le gouvernement central face aux djihadistes qui menacent l'intégrité territoriale du pays.
L'offensive de l'Etat islamique en Irak et au levant (EIIL) et de ses alliés sunnites dans le Nord et l'Ouest a permis aux Kurdes, qui rêvent d'indépendance depuis des années, de redessiner à leur guise les limites de la région.
Tandis que les miliciens de l'EIIL progressaient vers Bagdad, ils ont pris possession entre autres de l'intégralité de Kirkouk et de ses gisements pétroliers, à même d'assurer à elles seules la viabilité d'un Etat souverain. En quelques jours, leur territoire a gagné pas moins de 40%.
"S'ils décident de se retirer du processus politique à Bagdad, cela accélérera un grand nombre de tendances négatives", a déclaré à la presse un responsable du département d'Etat qui accompagne John Kerry dans sa tournée.
Lundi à Bagdad, le secrétaire d'Etat avait promis au gouvernement irakien le soutien "intense et durable" de Washington face à la progression de l'EIIL mais avait aussi plaidé avec force pour la formation d'un "gouvernement qui représente les intérêts des Irakiens".
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Or, pour les dirigeants kurdes, les succès des djihadistes, qui tiennent une grande partie du nord et de l'ouest de l'Irak ainsi que la frontière avec la Syrie, mettent en péril l'existence même des institutions étatiques irakiennes. Les forces gouvernementales se sont aussi retirées ces derniers jours de la frontière avec la Jordanie.
"Nous sommes face à une nouvelle réalité et un nouvel Irak", a ainsi déclaré Massoud Barzani, président de la région autonome, au début de ses entretiens avec Kerry.
GOUVERNEMENT ÉLARGI
Le secrétaire d'Etat a quant à lui rendu grâce à l'administration kurde pour la "coopération" dont elle a fait preuve ces derniers jours face aux extrémistes sunnites. Les peshmergas ont, selon lui, "joué un rôle vraiment essentiel en contribuant à contenir l'EIIL".
En privé, les dirigeants kurdes disent toutefois ne plus se sentir liés à l'Irak. Dans une interview accordée à CNN, Massoud Barzani a réitéré la menace d'organiser un référendum d'autodétermination au Kurdistan irakien, dont la constitution irakienne de 2005 reconnaît déjà l'autonomie.
Barzani a en outre imputé aux "mauvaises décisions" du Premier ministre chiite Nouri al Maliki la responsabilité des violences en cours et a demandé sa démission.
Au pouvoir depuis mai 2006, le chef du gouvernement est de plus en plus ouvertement accusé par ses partenaires d'avoir attisé les tensions confessionnelles en Irak par une politique jugée trop favorable à la majorité chiite du pays.
S'ils affirment ne pas avoir à se mêler de la désignation des dirigeants irakiens, Barack Obama et son administration plaident avec force pour la constitution d'un gouvernement représentatif de toutes les composantes de la société irakienne.
L'administration américaine a opportunément fait fuiter vendredi des informations selon lesquelles les services de renseignement américains se sont inquiétés à plusieurs reprises ces deux dernières années de la politique menée par Maliki.
L'Iran prône également la formation d'un gouvernement élargi, ce qui laisse supposer qu'il pourrait lâcher l'actuel Premier ministre.
UN MILLIER DE MORTS DEPUIS LE 5 JUIN
Les élections législatives d'avril n'ont toujours pas donné lieu à la formation d'un nouvel exécutif. Le scrutin a été remporté par la liste de Nouri al Maliki qui n'a toutefois pas obtenu la majorité. Lors de ses discussions avec John Kerry lundi, le Premier ministre s'est engagé à respecter la date-butoir du 1er juillet pour la formation de cette nouvelle équipe.
"Si nous avons une chance d'exploiter ce processus de formation d'un nouveau gouvernement pour réinitialiser la fondation politique irakienne, les Kurdes devront être une composante cruciale de ce processus, et nous pensons qu'ils le seront", a ajouté le responsable du département d'Etat cité plus haut.
Sur le terrain, des miliciens sunnites épaulés par des combattants de l'EIIL se sont attaqués à la base aérienne d'Al Bakr, également appelée "Anaconda", qui se trouve à 90 km au nord de Bagdad, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité et auprès des autorités locales.
Des affrontements sont également signalés dans la région des monts Himrine, un fief djihadiste. Les combats se poursuivent en outre à la raffinerie de Baïdji, la plus importante d'Irak, située à 200 au nord de la capitale. Les djihadistes, qui l'assiègent depuis mercredi, avaient annoncé sa prise lundi, mais des renforts y ont été héliportés et l'assaut a pu être repoussé, dit-on de sources gouvernementales.
Selon le Haut Commissariat de l'Onu aux droits de l'homme, combats et actes de guérilla ont fait un millier de morts et autant de blessés, essentiellement parmi les civils, entre le 5 et le 22 juin en Irak.
"Ce chiffre, qui doit être considéré comme un minimum, tient compte d'un certain nombre d'exécutions sommaires et extrajudiciaires de civils, de policiers et de militaires qui étaient hors de combat", a déclaré à la presse Rupert Colville, porte-parole de l'organisation, évoquant les exactions commises par l'EIIL, mais aussi par les forces gouvernementales.
(avec Ned Parker à Bagdad et Stephanie Nebehay à Genève; Bertrand Boucey, Henri-Pierre André et Jean-Philippe Lefief pour le service français)
reuters.com