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Pas de groupe pour Marine Le Pen au Parlement européen

reuters.com

Publié le 24 juin 2014 à 04:57 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:04

Pas de groupe pour Marine Le Pen au Parlement européen

Pas de groupe pour Marine Le Pen au Parlement européen

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PARIS (Reuters) - Le Front national n'a pas réussi à constituer un groupe au Parlement européen, une illustration des divisions qui traversent le fort contingent eurosceptique désormais présent à Strasbourg, mais se dit convaincu d'y parvenir prochainement.

Après sa victoire aux élections européennes du 25 mai dernier, qui avait permis à la formation d'extrême droite de frôler les 25% des voix, Marine Le Pen se disait confiante.

"Nous n'avons absolument aucune inquiétude sur l'existence future de notre groupe", avait déclaré la présidente du FN le 28 mai dernier à Bruxelles lors d'une conférence de presse.

Il lui fallait pour cela réunir 25 députés issus de sept pays, ce qui paraissait à portée du main grâce aux 24 élus FN.

Marine Le Pen pouvait compter sur ses quatre alliés - Parti de la Liberté (PVV) néerlandais, Vlaams Belang belge, FPÖ autrichien et Ligue du Nord italienne - et ne devait donc rallier à sa cause que quelques députés de deux autres pays.

Mais elle n'y est pas parvenue avant la date-butoir du 24 juin, qui précède la session inaugurale du nouveau Parlement européen le 1er juillet prochain à Strasbourg.

"Nous n'avons pas de groupe, pour le moment en tout cas", a dit mardi à Reuters le vice-président du FN, Florian Philippot.

Le Front national ajoute dans un communiqué que les cinq alliés ont "fait le choix de privilégier la qualité et la cohérence plutôt que la facilité et la précipitation".

Le parti "se donne plus de temps pour constituer un groupe" mais se dit "convaincu" qu'il sera possible de former "très prochainement" une alliance "solide, puissante et crédible".

PAS DE VICE-PRÉSIDENCE

Un groupe donne à ses membres de puissants moyens financiers - de 20 à 30 millions d'euros par an pour une coalition de la taille de celle que Marine Le Pen espère constituer.

Les "non-inscrits", où siègeront donc le FN et ses alliés tant qu'ils n'auront pas réussi à trouver des alliés, ne peuvent ni être rapporteurs, ni présenter des amendements en plénière.

D'ores et déjà, d'autres avantages lui échappent définitivement: l'obtention d'une vice-présidence du Parlement et d'une présidence de commission parlementaire est réservée aux groupes qui auront été constitués avant le 24 juin.

Deux raisons expliquent cet échec.

Le Front national a d'abord souffert de la rivalité de Nigel Farage, le chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), qui s'est payé le luxe de former un groupe dès la semaine dernière en débauchant une députée FN.

Baptisé "Europe de la liberté et de la démocratie", le groupe qu'il a réussi à former rassemble le Mouvement 5 étoiles de l'humoriste italien Beppe Grillo, le parti lituanien Ordre et justice, les Démocrates suédois ainsi qu'un élu tchèque, un Letton et une Française dont l'arrivée a donc été décisive.

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Cette division illustre les difficultés que les eurosceptiques éprouveront dans leur tentative de peser sur la politique européenne pour bloquer toute avancée vers plus d'intégration malgré leur succès le 25 mai dernier.

Seul un groupe réunissant tous les tenants de cette ligne aurait permis de troubler le jeu des sociaux-démocrates et des conservateurs, qui se partagent les postes à Strasbourg.

L'autre raison de cet échec tient à la volonté de Marine Le Pen de poursuivre la "dédiabolisation" de son parti, face à son père, président d'honneur du mouvement, avec lequel elle est actuellement engagée dans un bras de fer.

"CHOIX MORAL ET POLITIQUE"

Elle a appelé Jean-Marie Le Pen à cesser sa "mauvaise querelle" après ses propos controversés sur une "fournée" d'artistes, une expression qualifiée d'antisémite par ses opposants, et n'exclut pas des sanctions si les critiques contre sa ligne politique persistent.

Dans ce contexte, elle avait déjà exclu de s'allier avec les néonazis d'Aube dorée (Grèce) ou du Parti national-démocrate (Allemagne), qu'elle juge infréquentables.

Mais il lui était aussi impossible de s'allier avec le Congrès de la nouvelle droite polonais, qui a effectué une percée inattendue à 7,06% des voix, ses dirigeants ayant tenu des propos jugés antisémites.

Le Front national affiche dans son communiqué son refus d'une alliance "avec des mouvements dont certains membres avaient affiché des positions incompatibles avec nos valeurs".

"Nous le regrettons à court terme mais nous l'assumons comme choix moral et politique juste de long terme", écrit le parti.

Le dirigeant du PVV néerlandais Geert Wilders a expliqué lundi que coopérer avec un parti polonais taxé d'antisémitisme et de misogynie était aller "trop loin".

Jean-Marie Le Pen n'a pas caché mardi qu'il aurait fait un autre choix que celui effectué par sa fille.

"J'ai constaté que selon les critères que la présidente du FN avait établis elle-même, il n'y avait pas de possibilité de faire de groupe", a-t-il dit sur Sud Radio. "Il y a un certain nombre de gens qui sont considérés comme plus ou moins sulfureux d'après certains critères qui ne sont pas les miens, mais enfin c'est comme cela."

(Gérard Bon et Yves Clarisse, édité par Sophie Louet)

reuters.com

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